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Bienvenue sur la «Coke-Nord»

Exclusif QMI-Plus d'argent, plus de drogue

Jean-Luc Lavallée

La création de la richesse liée au boom minier et à l'arrivée massive de travailleurs sur la Côte-Nord a entraîné une recrudescence du trafic de stupéfiants dans cette immense région.

Plusieurs intervenants consultés par Le Journal sur le terrain jugent que le problème a pris de l'ampleur dans les dernières années et risque de s'intensifier avec le Plan Nord. En 2011, la SQ a traité 388 dossiers liés aux stupéfiants alors qu'elle en avait ouvert 295 en 2010 et 259 en 2009. Il s'agit d'un indicateur parmi d'autres.

Les impacts du chantier de la Romaine, annoncé bien avant le Plan Nord, donnent un avant-goût de ce qui s'en vient avec les nombreux projets miniers. «Ça amène autant de richesse que sont lot de problèmes, tant chez les autochtones que les blancs», confie un ex-toxicomane de Uashat, communauté enclavée dans la ville de Sept-Îles.

La «coke des pauvres»

«Les consommateurs sont de plus en plus jeunes. Les cas sont de plus en plus lourds. Le speed, c'est la coke des pauvres et des jeunes qui n'ont aucun pouvoir d'achat. Ça coûte juste 3 $ pour une pilule. Les jeunes développent des tics nerveux. Les séquelles sont graves, ils sont sous-alimentés et leurs dents se détériorent», a-t-il observé.

Jean-François Albert, du Rond-Point, centre d'intervention dédié en partie à la lutte à la toxicomanie, constate que la cocaïne revient aussi en force. «J'ai entendu dire qu'elle n'était pas chère, à 20 $ du quart de gramme; c'est à peu près 20 % du marché de ce qu'on entend. Mais c'est l'amphétamine qui prend la plus grosse part du marché et qui fait énormément de ravages. Le cannabis est rendu banalisé comme ça se peut pas. Les jeunes nous disent : j'ai "slaqué" les speeds, je prends juste du pot!»

Pire qu'à Montréal?

«Il y a vraiment un changement au niveau du profil de la clientèle et on ne prévoit pas qu'il va y avoir une amélioration», tranche pour sa part la Dr Isabelle Gingras, responsable du département de psychiatrie à l'hôpital de Sept-Îles, dont les 24 lits sont toujours occupés.

Toutes proportions gardées, le problème des drogues de synthèse serait plus important sur la Côte-Nord qu'à Montréal. «Ça se détériore au fil des années. Il y a six ans, quand je suis arrivée, ce n'était pas comme ça.»

«Recrudescence»

Le député fédéral innu, Jonathan Genest-Jourdain, qui a dénoncé récemment un nouveau phénomène de prostitution sur la Côte-Nord, croit lui aussi que les grands projets miniers et le chantier de la Romaine ont provoqué une hausse du trafic de stupéfiants.

«Oui, bien entendu, ça vient avec le reste, avec les annonces de grands projets sur la Côte-Nord. L'histoire nous apprend qu'il y a une recrudescence marquée du trafic. Il y a même de nouvelles drogues de synthèse qui circulent. Le problème, c'est le faible coût du produit et la clientèle qui est ciblée; on parle souvent de jeunes qui ne disposent que de quelques dollars au fond d'une poche et décide d'aller s'acheter un comprimé.»

La « Romaine Coke »

«De la drogue, il y en a dans les bars, il y en a partout», estime pour sa part Bernard "Rambo" Gauthier, le désormais célèbre représentant de la FTQ-Construction sur la Côte-Nord, selon qui il n'y a pas de problème de drogue sur le chantier de La Romaine.

«La seule drogue qui circule là-bas, c'est les mouches noires ! Les gars se font piquer à mort (l'été), c'est débile...», a-t-il répondu à la blague en entrevue, démolissant à sa façon le «mythe» de la «Romaine Coke» (Rhum & Coke), surnom donné par les Nord-Côtiers au mégachantier.

Il y a un an, le président de la CSN-Construction, Aldo Miguel Paolinelli, déclarait que le problème était «grave» puisque des revendeurs «très actifs» imposaient leur loi.

Un an plus tard, M. Paolinelli ne tient plus le même discours et affiche une grande prudence. «Je ne veux pas m'étendre là-dessus. Je ne veux pas contribuer à alimenter toutes sortes de rumeurs. Oui, nous avions sonné l'alarme. Maintenant, Hydro-Québec ne nous a jamais fait rapport et on n'a pas eu d'autres commentaires de travailleurs à ce sujet; donc, j'imagine que les choses sont beaucoup plus surveillées et que, par le fait même, il y a eu un effet positif.»