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Les entreprises se font tirer l'oreille sur la vie privée

TVA Nouvelles

Photo : Reuters

Michel Munger
Argent

De l'exigence d'un numéro d'assurance sociale par un câblodistributeur aux paramètres trop permissifs des réseaux sociaux, les entreprises se font encore tirer l'oreille en matière de respect de la vie privée au Canada.

Ces points sont soulevés, mardi, par la Commissaire à la vie privée, Jennifer Stoddart. Elle publie son rapport annuel 2011 concernant la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques.

Le nombre de plaintes sur la vie privée a augmenté de 35% à 281 en 2011. Cependant, 90% des dossiers ont été réglés avec satisfaction.

Le document est par contre truffé de cas où le manque de prévention est à l'honneur.

Par exemple, des fournisseurs de télécoms ont déjà exigé le numéro d'assurance sociale de nouveaux abonnés afin de les identifier, au lieu d'utiliser d'autres renseignements valables.

En 2010, Google Street View a collecté des renseignements sur des réseaux sans fil non protégés, sans autorisation. L'erreur a été attribuée à l'initiative d'un ingénieur et à l'absence de processus de contrôle.

Dans certains cas, une divulgation incomplète heurte le consommateur. Le propriétaire d'une voiture usagée a pleinement remboursé son prêt auto. Il a toutefois été incapable d'emprunter pour une maison parce que son dossier de crédit n'a pas été mis à jour avec les changements favorables.

Les réseaux sociaux Facebook et Nexopia se sont aussi fait pincer pour leurs paramètres de confidentialité «ouverts» par défaut.

Manque de sérieux

«Les entrepreneurs ne prennent pas assez au sérieux les règles de protection de la vie privée, déplore la commissaire Jennifer Stoddart au téléphone. Ils ne veulent pas toujours les suivre, à moins d'y être obligés. La bonne nouvelle, c'est qu'ils le sont de plus en plus.»

Il faut encore serrer la vis, ajoute Mme Stoddart. «Je pense que la loi doit inclure des sanctions pour attirer davantage l'attention des entreprises».

«Il y a une tendance de l'industrie à adopter des paramètres qui les avantage, indique Éloïse Gratton, avocate-conseil en droit des technologies de l'information au sein du cabinet McMillan. C'est dans leur intérêt économique de le faire. C'est ce que Facebook faisait et elle s'est fait taper sur les doigts.»

Malgré les avertissements répétés, l'obtention d'un consentement éclairé à une politique de vie privée demeure donc d'actualité, ajoute l'avocate.

«Ce qui me dérange, dit-elle, c'est que l'on avance que les utilisateurs ne sont pas suffisamment informés. Les entreprises ajoutent ensuite des détails dans leurs politiques. Cependant, les jeunes qui visitent un réseau social ne les lisent pas toujours. Les compagnies seront mieux protégées parce qu'elles se conformeront aux lois, mais les gens le seront-ils ?»

L'obligation de publier une politique facile à lire mérite d'être intégrée à la loi, croit Jennifer Stoddart. «Nous ne pouvons plus accepter les documents incompréhensibles. Avec la venue de la téléphonie mobile, nous voulons voir un langage clair, qui explique à quoi l'on doit consentir.»

La publicité localisée sur téléphone intelligent est un enjeu en émergence, fait savoir Éloïse Gratton. «Le ciblage commence à être précis. Certains consommateurs sont contents, d'autres se sentent surveillés.»

michel.munger@tva.ca