/regional/quebec/quebec

La cage de «la Corriveau» retrouvée

Salem

Diane Tremblay

La cage ayant servi à exhiber le corps de «la Corriveau» est à Salem. La Société d'histoire régionale de Lévis a trouvé la cage en fer ayant servi à exhiber le corps de «la Corriveau», en 1763. Si tout va bien, l'artefact, qui est en excellente condition, sera rapatrié au Québec juste à temps pour commémorer le 250e anniversaire de sa pendaison, l'an prochain.

Marie-Josephte Corriveau, mieux connue sous le surnom de «la Corriveau», est née à Saint-Vallier à l'époque de la Nouvelle-France au moment de la Conquête. elle a été condamnée à mort par une cour martiale britannique pour le meurtre de son second époux et pendue à Québec le 18 avril 1763.

Son cadavre a été exposé dans une cage pendant 40 jours à Pointe-Lévy, sur ordre des autorités militaires, ce qui a durablement marqué l'imaginaire de la population et engendré de nombreuses légendes véhiculées par la tradition orale.

À la Société d'histoire régionale de Lévis, on n'hésite pas à parler d'une «découverte majeure».

Claudia Mendez, vice-présidente de la Société d'histoire régionale de Lévis. (Agence QMI)

«Nous avions cru la cage de la Corriveau disparue à jamais, détruite probablement par le feu aux États-Unis», a expliqué Claudia Méndez, vice-présidente de l'organisme.

En décembre dernier, Mme Méndez s'est rendue au Peabody Essex Museum, à Salem, en compagnie d'un autre membre de la société d'histoire, pour constater que la cage, dont on avait perdu la trace depuis 1839, existe toujours.

C'est à la suite d'une recherche approfondie sur Internet que Mme Méndez est tombée sur une photo de la collection de la bibliothèque de New York. De fil en aiguille, elle a remonté au Peabody Essex Museum.

Deux lapsus peuvent expliquer pourquoi la cage est tombée dans l'oubli. Dans les documents de l'époque, rédigés en anglais, on parle d'un gibet utilisé à «St-Vadier» pour le corps de «Mme Dodier», le nom du mari mort assassiné. Or, au Québec, on la connaît sous son nom de jeune fille, soit Marie-Josephte Corriveau.

Pratique barbare

Au Peabody Essex, la cage n'est pas présentée au public. Elle est rangée avec des objets en fer forgé.

«Ça nous a donné un choc! C'est tout petit. Elle ne mesurait pas plus de 5 pieds», a dit Mme Méndez.

L'objet a été fabriqué avec précision après la mort de la Corriveau. Selon Mme Méndez, on distingue le profil de la tête et des membres qui étaient fixés aux barreaux par des vis.

Son cadavre resté suspendu pendant 40 jours à un carrefour fréquenté de Lévis a provoqué l'épouvante au village.

Les gens étaient prêts à faire de grands détours pour éviter de croiser le corps de la femme, ballottant au vent.

L'exhibition post mortem pour «donner l'exemple» était un rite pratiqué par les Anglais, mais peu commun en Nouvelle-France.

Le Peabody Essex Museum se dit prêt à remettre la pièce à un musée québécois.

«On n'a pas les moyens comme société d'histoire de prendre en charge cet artefact. C'est un objet qui a beaucoup de valeur et qui est fragile. Ça nécessite un transport particulier», a poursuivi Mme Méndez.

Au cours des prochaines semaines, la société d'histoire compte créer un comité pour entreprendre des démarches formelles de rapatriement.

Le procès de Marie-Josephte Corriveau aurait été réévalué par des historiens.

«On a fait venir d'Angleterre les documents écrits concernant son procès et celui de son père. On a déterminé qu'elle n'était pas coupable. C'est son père qui aurait tué [son mari]», a ajouté Mme Méndez.

Son père, Joseph Corriveau, a aussi été pendu. Il ne s'entendait pas du tout avec son gendre qui était marié en secondes noces avec sa fille.