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Vente de Provigo à Loblaws: «un désastre»

Selon Gaétan Frigon

La Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) aurait-elle dû empêcher la vente de Provigo en refusant de déposer ses actions à Loblaw en 1998? La transaction de 1,74 G$ a-t-elle été néfaste pour l'économie québécoise?

Ces questions sont de retour dans l'actualité depuis que Jean Charest, dans le cadre d'un face à face diffusé à TVA mardi soir, a attaqué son adversaire François Legault sur la prise de contrôle survenue il y a près de 15 ans.

Le premier ministre a affirmé que le chef de la Coalition Avenir Québec (CAQ), à l'époque ministre non élu du Parti Québécois (PQ) et ancien administrateur de Provigo, a manqué à ses responsabilités au moment de la vente de l'épicier, lui qui veut utiliser la CDPQ pour empêcher des étrangers d'acheter des entreprises québécoises.

Les années ont passé mais les détracteurs de la transaction demeurent nombreux. C'est le cas de Gaétan Frigon, ancien membre de la haute direction de Metro. «Ça c'est avéré un désastre pour Provigo! Toutes les décisions ont été centralisées à Toronto alors que dans l'alimentation tout est question de proximité», a-t-il dit à Argent.

Un ancien chef politique, bien en vue à Québec, qui préfère demeurer anonyme pour ne pas nuire au déroulement de la présente campagne soutient que la Caisse a fait une erreur en vendant la chaîne d'alimentation.

«La création de Provigo, né de l'union de quelques grossistes dans les années 1970, était l'un des plus beaux coups de la Caisse. L'entreprise était devenue une grande chaîne qui faisait des achats au Québec. Aujourd'hui, Loblaw a fermé le siège social montréalais et des centres de distribution», a exprimé l'ancien politicien, déplorant que des milliers d'emplois aient été perdus.

Michel Nadeau, qui était vice-président de la CDPQ lors de la vente de Provigo, reconnaît que la transaction n'a pas été profitable pour le Québec. «Nous aurions peut-être dû être plus patient. Ça faisait quand même une vingtaine d'années que la Caisse tenait Provigo à bout de bras», a rappelé M. Nadeau, soulignant que l'action de l'entreprise n'allait nulle part.

En acceptant une offre de 1,74 G$, ou 15,62$ par action, la Caisse qui possédait 35% de Provigo a tout de même pris soin d'imposer des balises à Loblaw. «On a essayé de sauver les meubles. Loblaw avait pris l'engagement de maintenir ses achats dans la province et de conserver le siège social à Montréal», a expliqué Michel Nadeau, déplorant que les promesses n'aient pas été maintenues.

Charest contre Legault

La vente de Provigo a donné lieu à une belle joute oratoire mardi entre le premier ministre et le chef caquiste. Jean Charest a confronté François Legault sur la vente de Provigo après que ce dernier l'ait attaqué sur la perte de nombreux sièges sociaux, comme celui d'Alcan, au cours des dernières années.

«Vous étiez au gouvernement du Québec, un ministre dans le gouvernement du Québec au moment ou Provigo a été vendue à Loblaws», a lancé Jean Charest.

«Je l'ai dit à l'époque, je l'ai dit à monsieur [Lucien] Bouchard à l'époque, je l'ai dit au conseil d'administration de Provigo que j'étais contre la vente. Tout le monde qui me connaît sait que j'étais contre», a répondu l'aspirant au poste de premier ministre.

Le premier ministre croit que François Legault, aurait dû démissionner de son poste de ministre lors de la vente. Mais son opinion ne reçoit pas l'aval ne notre ancien politicien. «On en gagne et on en perd dans la vie», a-t-il confié à Argent, suggérant que la démission de M. Legault n'aurait rien changé.

La carrière politique de l'ancien patron d'Air Transat en était à ses premiers balbutiements en 1998. Lucien Bouchard l'avait nommé ministre non élu de l'Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie en septembre, moment où il a quitté le conseil d'administration de Provigo, mais il est devenu député lors de l'élection du 30 novembre, le jour où la Caisse a accepté de céder ses actions de l'épicier.

Lorsque Provigo a reçu l'offre d'achat de Loblaw, le 30 octobre 1998, le chef de la CAQ avait quitté son poste d'administrateur depuis déjà quelques semaines.