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Des Québécois plus endettés que jamais

Jusqu'à 42 cartes de crédit

Autrefois, déclarer une deuxième faillite était exceptionnel. Aujourd'hui, les syndics sont confrontés, quotidiennement, à des clients qui en sont à leur troisième, quatrième et même cinquième faillite.

Incroyable, mais vrai: de plus en plus de gens font de multiples faillites. «J'ai un cas, c'est un champion. Il en est à une cinquième faillite», a souligné le syndic de faillite Stéphane Leblond. «Il a fait cette faillite au début des années 2000. C'est une personne, vous ne serez pas surpris, qui fait partie du milieu de la vente,» a illustré le syndic.

Travailleur autonome

Selon les syndics, tout le monde est à risque de faire une faillite. Il n'existe pas de portrait type. Reste que les multirécidivistes sont, la majorité du temps, des travailleurs autonomes.

«Tu es dans la vente, tu fais 90 000$ de revenu par année, mais tu ne fais pas tes rapports d'impôt pendant des années, a décrit M. Leblond. Ça monte vite 25 000 à 30 000 dollars de dettes d'impôt par année.»

De fait, les travailleurs autonomes ne reçoivent pas de talons de paye et l'impôt ne peut être déduit des chèques qu'ils reçoivent. Ils doivent donc être plus vigilants et prévoir un montant afin de payer leurs impôts à la fin de l'année.

De plus, certains d'entre eux achètent des biens avec de l'argent qu'ils n'ont pas. «Il y en a qui abusent du crédit à la consommation, mentionne M. Leblond. Le salaire d'un salarié est saisissable, mais pas celui d'un travailleur autonome.»

Comment est-ce possible ?

Comment est-ce possible de pouvoir tout recommencer autant de fois? «En principe, le système est censé réprimander ces gens», convient Stéphane Leblond.

Dans les faits, une note au dossier de crédit est inscrite, lors de la première faillite, pour une durée de 7 ans. C'est 14 ans pour la deuxième. Pourtant, «la première faillite, tu peux bénéficier d'une libération automatique de tes dettes après 9 ou 21 mois», explique M. Leblond.

«C'est l'écoulement du temps et le fait de remplir tes obligations face au syndic qui vont faire que tu seras libéré.»

Par contre, après ces deux premières taches, il est beaucoup plus difficile de se remettre sur pied financièrement.

«Lors d'une troisième faillite, tu n'as plus le droit à la libération automatique. Il faut que tu passes devant le registraire des faillites», résume M. Leblond.

Néanmoins, une grande partie des récidivistes réussissent à renaître de leurs cendres. «Ça m'épate toujours que ces gens-là puissent refaire leur crédit.»

Portrait de multirécidivistes

42 cartes de crédit

C'est un gars intelligent, selon le syndic André Champagne. «Il paraissait bien, l'air sérieux. Toutefois, il avait un total de 42 cartes de crédit pour des dettes de 275 000 $.»

L'homme avait réussi à abuser du système en faisant des tonnes de demandes. «Il en avait une de l'équipe de hockey du Wild du Minnesota, ricane M. Champagne. Celle-là, je ne l'avais jamais vue. » Quelqu'un lui a offerte alors qu'il était en voyage. «Il avait un formulaire à remplir et on lui donnait une avance de 3 000 $.»

«Le gars avait le nez dans la poudre, reconnaît-il. Mais ce sont des cas de fraudeurs et c'est exceptionnel.»

M. Champagne estime que pour réussir ce genre de fraude, il faut être brillant. «Il faut connaître le système et savoir en abuser.»

Le cacher aux proches

Un client du syndic André Champagne lui a demandé de ne rien envoyer cher lui. L'homme avait peur que sa femme découvre sa situation. Il a réussi à passer dans le système sans se faire prendre par sa conjointe.

Ce cas n'est pas unique, selon M. Champagne. «Ça marche, dit-il. Si la conjointe ou le conjoint ne va pas chercher le courrier, il se peut fort bien que ça marche.» Les personnes font leurs paiements au syndic de faillite au lieu des compagnies de crédit.

D'ailleurs, ces personnes vivent un stress énorme. «Dès que le téléphone sonne à la maison, elles ont peur que des membres de leur famille répondent, explique le syndic. Elles ont toujours peur qu'il s'agisse d'une compagnie de recouvrement à qui elles doivent de l'argent.»

L'entrepreneur

«Un gars dans la cinquantaine, millionnaire plusieurs fois, a fait deux faillites avec nous. Dans son cas, le syndic lui a sauvé sa vie. À sa deuxième faillite, il pleurait comme un bébé lorsqu'il est arrivé dans mon bureau, se rappelle M. Champagne. Pourtant, c'est un entrepreneur dans l'âme.»

Pour le calmer, le syndic lui a souligné ses bons coups. « Je lui ai dit qu'il avait permis à 30 et même à 40 familles de bien vivre, d'avoir un salaire. C'est ça qu'il avait fait en réalité.

«L'homme avait certes eu un échec, mais durant les 20 dernières années, avec deux commerces, il avait permis à plusieurs personnes de bien gagner leur vie.»

En réalité, selon M. Champagne, les faillites servent à aider ces personnes qui ont manqué leur coup en affaires. «La Loi sur les faillites permet à ces gens-là de recommencer à zéro et d'avoir une deuxième chance», croit-il.

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