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Des hommages posthumes sur Facebook

Nouvelle pratique

Kate Tremblay

Les réseaux sociaux sont omniprésents dans nos vies et leurs utilités sont multiples. Qu'elles soient connues ou non, les personnes décédées y occupent de plus en plus de place.

Stéphane Gagnon a perdu son ami d'enfance le 4 septembre 2010. Ce dernier ne possédait pas de compte Facebook.

«C'était une personne qui était tout sauf techno», précise son grand ami.

Il a choisi, malgré tout, d'immortaliser sa mémoire sur le cyberespace, trois jours seulement après sa mort.

«Plusieurs personnes y ont adhéré rapidement, explique-t-il. C'est assez spécial de voir le lien que les gens entretiennent avec lui même dans la mort».

La page Facebook est inondée de salutations et de pensées de toutes sortes.

Certains de ses amis lui font encore parvenir des messages personnels.

«Sa mère m'a déjà dit que ç'a été comme un baume pour elle, confie M. Gagnon. Elle est sur Facebook, donc elle écrit parfois à son fils et voit à quel point il était apprécié de ses amis. Je n'ai jamais été critiqué pour ce geste, au contraire, les gens me disent à quel point ça leur fait du bien.»

La psychologue et enseignante Josée Jacques explique que «souvent les gens ont besoin de poursuivre une communication avec le défunt et que dans ce cas-ci c'est une façon actuelle de le faire».

Elle ne voit rien d'immoral dans cette nouvelle tendance.

«Je pense que c'est acceptable, tant que ça fait sens pour les gens. Souvent ,quand vient le temps des rituels funéraires, on a tendance à vouloir évaluer, mais en soi il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises choses à faire et si les gens y trouvent un sens, pourquoi pas?»

Le phénomène du deuil à l'ère 2.0 est encore peu discuté au Québec.

L'Europe a eu bonne longueur d'avance comme l'explique la spécialiste des médias sociaux, Michelle Blanc.

«En Angleterre, certaines pierres tombales commencent à être affublées de flash code ou mieux connu sous le nom de code barre 3D. Quand vous avez un téléphone intelligent, vous pouvez lire le pictogramme qui va vous amener sur un site bâti à la mémoire du défunt.»

Mme Blanc suggère aux internautes de prévoir la désactivation de tous leurs comptes web avant leur décès.

«Au moment où on se parle, le plus gros cimetière mondial c'est Facebook, souligne-t-elle. Le plus simple c'est de faire un document avec ses mots de passe surtout si vous êtes en phase terminale et que vous voyez votre mort arriver.»

Elle a déjà rédigé son testament numérique et croit que cette façon de faire pourrait devenir coutume dans l'avenir.

«Ce que je trouve triste, c'est que beaucoup de personnes ne se sont jamais penchées sur ces questions-là et malheureusement, une fois qu'elles seront décédées, les risques que des actions allant à l'encontre de leur volonté soient posées sont grands», prévient-elle.