Le cauchemar judiciaire de Rémy Couture a finalement pris fin samedi. Acquitté de corruption de mœurs, le maquilleur de l'horreur pourra enfin se concentrer sur son art plutôt que sur son procès.
La tension était à son comble samedi dans la salle d'audience. Au terme d'une deuxième journée complète de délibération, le jury en est finalement arrivé à un verdict.
«Non coupable», a répété à trois reprises le juré numéro un, soit une fois pour chaque accusation.
«Yes!» a alors lancé Couture en guise de soulagement, lui qui était accusé de production, possession et distribution de matériel obscène.
C'est qu'entre 2005 et 2009, le spécialiste en effets spéciaux d'horreur âgé de 35 ans avait mis en ligne deux vidéos et 1000 photos de son portfolio, sous forme de «faux journal d'un tueur en série».
On y voyait ainsi des images d'une extrême violence, mettant en scène des femmes violées, torturées et mutilées. Sauf que tout était faux, Couture voulait seulement montrer ses talents de maquilleur, avait-il témoigné.
«Mon site (InnerDepravity) n'est pas dédié à exciter, c'est de l'horreur, avait-il dit. Je fais de l'horreur, je ne suis pas pornographe.»
Ça ne l'aura cependant pas empêché d'être arrêté et accusé le 29 octobre 2009.
Fin du «cauchemar»
Avec un verdict en sa faveur à la suite de deux semaines de procès au palais de justice de Montréal, Rémy Couture a tenu à remercier le jury et le juge Claude Champagne.
«C'est un soulagement total, a-t-il dit. Pour moi, c'est la fin d'un cauchemar qui a duré trois ans. Je suis juste soulagé d'être passé à travers cette étape-là.»
Mais il s'agit aussi d'une bonne nouvelle pour «tout le monde qui trouvait ces accusations dangereuses pour la liberté artistique», croit-il.
Ses avocats, Mes Robert Doré et Véronique Robert, partagent cet avis.
«La liberté artistique prime sur les accusations criminelles», a commenté Me Robert à la sortie du tribunal.
Mais le débat était important, a-t-elle poursuivi. «Il s'agissait d'images violentes, on peut avoir une opinion, mais c'était un procès criminel, il était question de savoir si Rémy Couture avait agi comme un criminel (...) et le jury a décidé que non», a ajouté l'avocate.
Se consacrer à l'art
Maintenant qu'il a été acquitté, Couture pourra enfin se concentrer pleinement à son travail de maquilleur. «Peu importe le projet sur lequel je travaillais, j'avais tout le temps le nuage noir des accusations qui était au-dessus de ma tête», a-t-il dit.
Ça ne l'aura pas empêché de décrocher des contrats de pigistes, notamment comme maquilleur sur les plateaux des films La Momie 3, Screamer 2 ou La nuit au musée 2, mais il sentait quand même une épée de Damoclès au-dessus de sa tête.
«Ça mettait quand même un frein à ma créativité, mais maintenant, je vais pouvoir m'investir à 100% dans ce que j'aime», a-t-il conclu, un sourire aux lèvres.
Une poursuite justifiée
Rémy Couture a beau avoir été acquitté, le débat sur la légalité des images qu'il avait produites sur internet devait être mené, soutient la Couronne. Malgré un verdict défavorable, les deux procureurs de la Couronne ne se sont pas défilés, samedi. Ils ont ainsi défendu la mise en accusation du spécialiste en effets spéciaux.
«On a considéré que ces images-là - pas juste nous, les policiers, d'autres procureurs - étaient suffisamment affreuses, considérant les experts et la nature des images, pour que nous soumettions cette affaire au jury», a commenté Me Geneviève Dagenais quelques minutes après l'annonce du verdict au palais de justice de Montréal.
Les 1000 images et deux vidéos produites par Couture étaient d'ailleurs si réalistes qu'un internaute autrichien avait été confondu en 2006.
Un pathologiste aurait dit ne pas être en mesure d'écarter la thèse du véritable homicide, avait soutenu un témoin policier lors du procès.
Un psychiatre et un psychologue étaient d'ailleurs venus témoigner, affirmant que les images violentes pouvaient inciter un déviant sexuel à passer à l'acte.
Un criminologue avait de son côté affirmé qu'il n'existe pas de lien reconnu entre ¬pornographie et passage à l'acte, mais il avait été durement contre-interrogé par Me Michel Pennou, de la Couronne.
«Nous ne sommes pas la censure des années 1950, avait d'ailleurs dit Me Dagenais lors des plaidoiries. Ce n'est pas une question de goût et de morale, c'est une question qui touche la sécurité du public.»
Cause similaire gagnante
Samedi, Me Dagenais a également rappelé qu'il ne s'agissait pas du premier cas de ce genre. En Ontario, la Cour d'appel avait tranché en faveur de la poursuite.
«Les images étaient moins violentes que celles que nous avions», a-t-elle ajouté.
Quant à savoir si la poursuite envisageait de faire appel, Me Dagenais n'a pas voulu dévoiler ses cartes, préférant dire que la situation allait être analysée. Elle a 30 jours pour déposer son avis d'appel.
«Nous avons fait notre travail, du mieux que nous avons pu», a conclu la procureure.
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