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La Nationale profite de l'endettement du Québec

Jean-François Cloutier
Argent

Profitant de l'appétit du gouvernement du Québec pour l'endettement, la Banque Nationale est la championne de la vente de titres de dette obligataire publique au pays, une activité qui s'avère très payante, selon un expert.

D'après ce que rapporte l'agence Bloomberg, la Banque Nationale, sixième en taille au pays, a vendu en 2012 pour 25,5 G$ de dette en provenance des provinces, des villes et des agences gouvernementales.

Le fédéral vend lui-même sa dette en procédant à des enchères auprès de gros investisseurs.

Cela confère à la Banque Nationale 25,5% du marché, comparativement à 25,1% en 2011, et permet à la banque de devancer toutes les grandes banques, même la Banque Royale et la Banque TD, quand vient le temps de vendre des titres de dette gouvernementale.

Monopole

Un expert qui n'a pas voulu être nommé a expliqué que la Banque Nationale jouissait d'un quasi-monopole sur l'émission de titres de dette québécois, la province privilégiant des institutions « purement québécoises » pour ce genre de transactions.

L'information a été confirmée par Ronald Monet, porte-parole de la Banque de Montréal. Selon M. Monet, la décision de confier la quasi-totalité des émissions de dette québécoise à la Banque Nationale date d'une vingtaine d'années, à l'époque d'un gouvernement péquiste.

« Ça fait partie des choses que nous tentons de faire changer », a-t-il dit.

La porte-parole du Mouvement Desjardins, Nathalie Genest, a expliqué que le mouvement coopératif était absent de ce marché. « Nous ne vendons que des obligations d'épargne du Québec au détail », a-t-elle dit.

En 2012, le gouvernement du Québec a procédé à 24 émissions de dette obligataire avec la Nationale. La Nationale a aussi vendu de la dette pour le compte de Société canadienne d'hypothèque et logement et a participé à des émissions pour d'autres provinces comme l'Ontario et le Manitoba.

Joint en fin de journée, le directeur général pour les revenus fixes à la Nationale, Jason Stewart, a catégoriquement nié que la banque profitait d'un traitement de faveur du gouvernement, et a souligné que le Québec avait choisi la Nationale sur la base de critères commerciaux. « Le marché est très concurrentiel », a-t-il dit.

Lucratif

Malgré une situation financière difficile, la dette du Québec est jugée très attrayante auprès des investisseurs institutionnels, selon l'expert avec qui Argent s'est entretenu.

Le taux d'intérêt offert est plus élevé que celui de la plupart des autres obligations provinciales, et le risque est jugé moindre qu'avec plusieurs pays d'Europe.

« C'est pas comme la dette du Zimbabwe, où le banquier qui doit faire la vente doit faire beaucoup d'appels téléphoniques pour trouver un acheteur », a-t-il imagé.