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Une bien maigre pêche

Giuseppe Borsellino à la commission Charbonneau

Hugo Bourgoin

Le témoignage de Giuseppe Borsellino devant la commission Charbonneau aura été marquant, mais pas forcément pour les bonnes raisons.

Devant le refus du président de Construction Garnier de rencontrer les enquêteurs avant de se présenter à la barre, le procureur de la commission, Me Simon Tremblay, a littéralement été forcé d'aller à la pêche avec le témoin, se butant souvent à des réponses évasives et à des trous de mémoire.

L'entrepreneur en construction aura mis, au cours des cinq jours de son témoignage, la patience de la commission à rude épreuve irritant autant la présidente, France Charbonneau, que le procureur chargé de l'interroger.

Malgré tout, le témoignage de Giuseppe Borsellino aura permis d'y voir un peu plus clair dans ce système de collusion et de corruption que s'affairent à décrire les témoins depuis le début des audiences publiques. Loin d'utiliser ces termes, le témoin a plutôt parlé d'activités de «réseautage» et de cadeaux pour des «amis».

Des preuves d'écoute électronique obtenues dans le cadre de l'opération Diligence ont notamment permis d'établir une relation de proximité entre M. Borsellino et le l'ex-directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis (qui a obtenu de nombreux cadeaux dont la clé d'un appartement en copropriété du prestigieux 1000 de la Commune, dans le Vieux-Montréal), ainsi qu'avec l'ancien ministre de la Famille, Tony Tomassi.

Giuseppe Borsellino a même été jusqu'à dépenser plus de 50 000$ pour inviter en Italie Jocelyn Dupuis, Robert Marcil (directeur du service de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal), Yves Lortie (GENIVAR) et Daniel Toutant (pdg de Concession A25) à l'automne 2008.

Le président de Construction Garnier a aussi été longuement interrogé sur l'infiltration du milieu de la construction par le crime organisé. Le témoin s'est toutefois fait très peu loquace à ce sujet, même si la commission a laissé sous-entendre que la sauvage agression dont il a été victime en 2009 pourrait être reliée au monde interlope.

Finalement, M. Borsellino a reconnu la présence d'un système de collusion dans l'île de Montréal, mais à la surprise générale a déclaré que ce système avait été mis en place non pas par les entrepreneurs, mais plutôt par l'ingénieur Gilles Surprenant.

À la fin de son témoignage, lundi après-midi, Giuseppe Borsellino a quitté la salle d'audience sans que les commissaires s'adressent à lui.

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