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Trépanier, un «ouvreur de portes»

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin | TVA Nouvelles

Le témoignage de Bernard Trépanier devant la commission Charbonneau s'annonce long et fastidieux alors que le procureur en chef adjoint, Me Denis Gallant, a passé tout l'après-midi à démêler le curriculum vitae du témoin et à suggérer des réponses à ce dernier pour pallier ses trous de mémoire.

D'entrée de jeu, M. Trépanier a raconté avoir été organisateur politique pour des élections municipales à Saint-Jérôme, Boisbriand, Rosemère, Le Gardeur, Repentigny, Ville Saint-Laurent, Longueuil, ainsi que pour l'ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt. Il a du même coup affirmé qu'avant 2004 il s'agissait souvent d'élections «clés en main».

L'ancien directeur du financement d'Union Montréal a expliqué que son rôle consistait généralement à recruter des bénévoles, à établir des stratégies et à organiser des opérations de porte-à-porte. Il a d'ailleurs juré ne «jamais» avoir fait de financement politique avant son embauche à Union Montréal, en 2004.

Relations avec Frank Zampino

En plus des autres municipalités, Bernard Trépanier a travaillé pour Frank Zampino, à Saint-Léonard, en 1990. C'est un certain Claude Dumont qui a présenté Trépanier à Zampino.

Une relation d'amitié s'est ensuite développée entre les deux hommes si bien que Zampino a lui-même contacté Trépanier en 2001 pour qu'il organise sa campagne électorale avec Tony Tomassi.

Questionné à savoir s'il avait été payé en tant qu'organisateur politique, celui qu'on a surnommé «Monsieur 3%» a affirmé avoir été payé dans toutes les municipalités (toujours en argent comptant, à l'exception de Rosemère), sauf à Laval et à Saint-Léonard, où il a agi en tant que bénévole.

Cette réponse a semblé surprendre Me Gallant. «Vous n'avez jamais été remboursé pour des dépenses à Saint-Léonard?» a-t-il demandé à Trépanier. «Un chum, c'est un chum!» a répondu ce dernier. «C'était une affaire de famille. On allait là pour s'amuser».

«Ouvreur de portes»

Le procureur s'est ensuite affairé à décortiquer le rôle de l'entreprise de Trépanier, Bermax (que le témoin a nommé ainsi pour «BERnard au MAXimum»), qui s'occupait de faire du lobbying. «J'étais l'ouvreur de portes», a expliqué le témoin.

Appelé à nommer certains de ses clients, Bernard Trépanier a énuméré Omni (une compagnie qui se spécialisait dans l'affichage), la compagnie de construction Nepcon, ainsi les firmes de génie-conseil Dessau, Groupe SM et Tecsult.

Me Gallant s'est particulièrement attardé aux relations du témoin avec Dessau, à laquelle il a facturé des honoraires de 906 427,02$ de 2002 à 2010. Alors qu'une lettre de la firme de génie-conseil datée de 2004 faisait référence à un mandat de «représentations» auprès de municipalités pour des honoraires de 500 dollars l'heure, le témoin a affirmé ne pas se souvenir de cette entente.

«Je n'ai jamais fait de représentations pour Dessau dans d'autres municipalités!» s'est exclamé Bernard Trépanier.

«Nous sommes ici pour connaître la vérité. Sur une période d'environ sept ou huit ans, vous avez facturé pour plus de 900 000 dollars à Dessau; ce qui fait environ 100 000 dollars par année. Ce qu'on veut savoir, c'est quel travail on vous demandait de faire pour 100 000 dollars par année», lui a alors dit le procureur en chef adjoint.

Le témoin a répondu avoir été mandaté pour que Dessau puisse se «classifier» auprès d'Aéroports de Montréal (ADM) afin d'y obtenir des contrats, mais Me Gallant n'en a pas cru un mot.

«C'était seulement pour ADM?» a-t-il demandé en exhibant le résumé des factures totalisant plus de 900 000 dollars. «Exact! Je ne connais personne chez ADM, mais je connaissais LA personne capable de remplir la proposition», a dit Trépanier pour se justifier.

«Est-ce que ça vaut 100 000$ par année?» a rétorqué le procureur, l'accusant d'avoir fraudé Dessau. «Regardez le chiffre d'affaires que je lui ai fait avoir! [...] Je n'ai peut-être pas grand-chose à faire, mais c'est moi qui ai ouvert la porte!»

Bernard Trépanier, qui était particulièrement nerveux cet après-midi, a refusé de rencontrer les procureurs de la commission avant de s'amener à la barre. Il poursuivra son témoignage demain matin.

Selon plusieurs ingénieurs qui ont défilé devant la commission Charbonneau, Bernard Trépanier réclamait une ristourne de 3% en argent comptant de la valeur des grands travaux d'infrastructures octroyés par la Ville de Montréal.

Il aurait aussi réclamé d'importantes sommes d'argent - jusqu'à 200 000 dollars - aux firmes de génie-conseil pour la campagne électorale de 2005.

 

Dessau ne savait pas

 

Dessau a publié mardi une «mise au point» concernant les honoraires professionnels versés à M. Trépanier et à son entreprise, Bermax.

L'entreprise, incluant son président et chef de la direction Jean-Pierre Sauriol, dit avoir pris connaissance de ces paiements à M. Trépanier lors du témoignage de Rosaire Sauriol le 21 mars.

«Toute la direction de Dessau, à l'exception de M. Rosaire Sauriol, ignorait tout de l'existence de ces paiements, de même que de la nature des services rendus», a affirmé la compagnie dans un communiqué, ajoutant avoir pris connaissance «de l'ampleur des paiements» en faisant les recherches demandées par la Commission le 22 mars.

Rosaire Sauriol, qui occupait le poste de vice-président principal, a démissionné le 25 mars, soit le jour où les documents ont été transmis à la Commission par Dessau.

MISES À JOUR

16h35 - Les audiences sont ajournées jusqu'à demain matin. La présidente accorde, en terminant, le statut de participant à Dessau.

16h34 - Entre 2004 et 2006, Trépanier recevait un salaire annuel de 86 000$ d'Union Montréal.

16h33 - Trépanier payait son contact en argent comptant. «Je lui envoyais quelque chose une fois au deux mois à peu près.» Il parle de 5000$ ou 10 000$.

16h32 - «Me Gallant, j'aimerais voir les factures!» «Parfait, on va commencer avec ça demain matin.»

16h25 - Trépanier ne se souvient pas combien il a payé son contact qui a rempli la proposition pour la classification chez ADM. Me Gallant dit qu'il a vu des chèques de «6000$ ou 8000$» pour le contact de Trépanier. «Vous avez fraudé Dessau?» «Je n'ai peut-être pas grand-chose à faire, mais c'est moi qui a ouvert la porte!»

16h20 - «Le travail que j'ai fait, ça a été de la classifier.» «Est-ce que ça vaut 100 000$ par année?» «Ben, regardez le chiffre d'affaires que je lui ai fait avoir!»

16h16 - Procureur dépose un résumé des factures transmises à Dessau par Trépanier de 2002 à 2010. Toutes les factures ont été approuvées par Rosaire Sauriol. Grand total de 906 427,02$. «C'était uniquement pour ADM?» «Exact.» Me Gallant n'en croit rien. «Je ne connais personne chez ADM, mais je connaissais LA personne capable de remplir la proposition.»

16h14 - Procureur a de la difficulté à croire que Trépanier a reçu 900 000$ pour un seul mandat relatif à ADM.

16h09 - Me Gallant cherche à savoir qu'elles sont les «représentations» dont il est question. «Je n'ai jamais fait de représentations pour Dessau dans d'autres municipalités.» «Nous sommes ici pour connaître la vérité. Sur une période d'environ 7 ou 8 ans, vous avez facturé pour plus de 900 000$ à Dessau, ce qui fait environ 100 000$ par année. Ce qu'on veut savoir, c'est quel travail on vous demandait de faire pour 100 000$ par année», dit le procureur. Trépanier évoque mandat pour se classer et obtenir des mandats auprès d'Aéroports de Montréal.

16h02 - On parle de Dessau. Qu'est-ce que Bermax fait pour Dessau? «Je n'ai pas été capable de trouver l'offre de services que j'avais chez Dessau.» Procureur lui montre une lettre signée par Rosaire Sauriol et qui date du 20 janvier 2004. Il est question de faire «les représentations nécessaires» pour plusieurs villes. Honoraires de 500$ par jour de travail, dépenses remboursées également. «Je ne me souviens pas de cette entente», tranche Trépanier. «Quand je vois 500$ par jour de travail, il y a quelque chose qui va pas.»

16h01 - On ajoute Tecsult dans les clients. Octane communications aussi. C'est Me Gallant qui doit suggérer les noms.

15h52 - En plus d'Omni, Dessau a été client de Bermax (possiblement depuis 2002). Parmi les autres clients: Nepcon (compagnie qui fabrique du mobilier urbain) et Groupe SM (firme de génie-conseil).

15h50 - Comment Trépanier travaillait-il? Il allait manger avec les élus, notamment.

15h43 - Bermax faisait du lobbying, mais ne faisait pas partie du registre. «J'étais l'ouvreur de portes.» Il a notamment facilité les contacts entre la Ville de Saint-Jérôme et Omni pour l'installation de panneaux publicitaires en bordure de l'autoroute 15. Omni l'a donc mandaté pour discuter avec les élus. Il facture des honoraires (100$ et plus de l'heure) et une commission sur le contrat.

15h40 - Reprise des audiences. On revient à partir de 2001. L'équipe Tremblay gagne les élections. Zampino devient président du comité exécutif. Entre 2001 et 2004, Trépanier est «travailleur autonome» pour Omni, qui sera acheté par Astral Média.

15h16 - PAUSE

15h11 - «Jamais de dépenses remboursées dans Saint-Léonard?» demande Me Gallant. «Un chum, c'est un chum!» répond Trépanier. «C'était une affaire de famille. On allait là pour s'amuser.»

15h10 - Dans toutes les municipalités, sauf celles où il a été bénévole, Trépanier était payé en argent comptant, sauf Rosemère, dit-il.

15h07 - Dans Saint-Léonard, témoin dit que c'était du bénévolat. À Laval aussi. Trépanier ne se souvient pas à combien d'élections il a participé à Laval.

15h06 - Trépanier dit ne jamais avoir été payé par des firmes de génie-conseil lorsqu'il organisait des campagnes dans des municipalités avant 2002. Il était payé par le parti.

15h00 - Poste permanent à Union Montréal au printemps 2004. Il devient directeur du financement. «J'ai accepté le poste moyennant certaines conditions. Je ne faisais aucun dépôt, je ne faisais aucun chèque et je ne siégeais pas à l'exécutif du parti.»

14h59 - Au début des années 2000, Trépanier était propriétaire de Bermax qu'il décrit comme «Bernard au maximum».

14h55 - C'est Robert Church qui s'occupait du financement en 2001, dit le témoin.

14h51 - En 2001, est contacté par Frank Zampino pour qu'il s'occupe de sa campagne dans Saint-Léonard avec Tony Tomassi.

14h48 - A connu Paul-Aimé Sauriol, fondateur de Dessau, en 1984.

14h45 - Témoin a travaillé pour la campagne de Frank Zampino, à Saint-Léonard. Possiblement vers 1989 ou 1990. C'est Claude Dumont qui introduit Trépanier à Zampino. Il s'est développé une relation d'amitié.

14h42 - On revient sur le concept d'élections clés en main. «L'organisateur n'a pas de finance à aller chercher.»

14h40 - Le témoin a aussi été organisateur à Boisbriand, Rosemère, Le Gardeur, Repentigny, Ville Saint-Laurent et Longueuil.

14h39 - Trépanier dit avoir «deux vies». Il évoque des problèmes de boisson avant 1979. «J'ai perdu des bouts.»

14h36 - Trépanier dit qu'avant 2004, il y avait des élections «clés en main» dans les municipalités. Il explique ce concept. «Il y a des batailles entre avocats, ingénieurs et contracteurs pour obtenir des mandats de la ville.»

14h34 - Témoin dit qu'il n'a jamais fait de financement politique avant 2004, année de son arrivée à Union Montréal.

14h32 - Trépanier a été organisateur politique à Saint-Jérôme (notamment pour le maire actuel, Marc Gascon). Il recrute des bénévoles, il prépare les stratégies, il organise le porte-à-porte.

14h30 - Me Gallant tente de «diriger» le témoin pour le «mettre à l'aise». Trépanier est très nerveux.

14h28 - Trépanier a notamment travaillé à l'élection de Gilles Vaillancourt, à Laval.

14h19 - On trace le portrait du témoin. Il se définit comme un «bon vendeur». Parle de la politique comme un «hobby». Il s'implique comme bénévole en 1983 pour le Parti conservateur du Canada.

14h18 - Bernard Trépanier s'amène à la barre et est assermenté. Il sera interrogé par Me Denis Gallant, procureur en chef adjoint.

14h17 - La présidente rendra sa décision concernant Dessau demain.

14h06 - La firme Dessau désire obtenir le statut de participant. L'avocat de la firme plaide sa cause devant les commissaires.

14h05 - Reprise des audiences après un avant-midi complet sous une ordonnance de non-publication.

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