/news/politics

Guerre d'usure avec Bernard Trépanier

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin | TVA Nouvelles

La commission Charbonneau s'est lancée dans une véritable guerre d'usure, aujourd'hui, avec Bernard Trépanier pour soutirer la moindre petite information à l'ancien directeur du financement d'Union Montréal qui a nié en bloc les affirmations faites à son sujet par d'autres témoins.

Tour à tour, le témoin a nié avoir réclamé une ristourne de 3% (d'où son surnom «Monsieur 3%») sur les grands contrats octroyés par la Ville, être le maître d'œuvre du système de partage des contrats et avoir réclamé des montants d'argent supplémentaires aux firmes de génie-conseil pour les élections de 2005. Ne se contentant pas de nier, Bernard Trépanier a même trouvé des explications pour justifier chacune des allégations formulées à son endroit.

Aucune ristourne

Concernant la mise sur pied d'une ristourne de 3% évoquée par plusieurs ingénieurs devant la commission, le témoin a expliqué qu'il travaillait avec une liste des entreprises ayant bénéficié des contrats publics et qu'il les sollicitait pour des activités de financement en prenant en considération l'importance de l'entreprise et sa capacité de payer.

«On regardait les montants obtenus en contrats et on se disait, lui, il est bon pour deux tables; lui, il est bon pour 5 tables», a raconté Trépanier.

Questionné à savoir s'il établissait le nombre de billets en fonction d'un certain pourcentage, l'ancien grand argentier a tenu à s'éloigner de tout chiffre s'apparentant à 3%.

Argent comptant des firmes

Bernard Trépanier a aussi trouvé une explication à fournir au sujet des dirigeants de firmes de génie-conseil qui ont raconté avoir été sollicitées pour d'importantes sommes en argent comptant (jusqu'à 200 000 dollars) en vue des élections de 2005.

Le témoin a reconnu que les sommes «ont été demandées», mais qu'il s'agissait d'un montant à répartir sur «quatre ans» et non d'un montant supplémentaire aux contributions habituelles pour participer aux événements.

Il a ajouté ne jamais avoir reçu d'argent comptant de la part d'une firme, à l'exception de 40 000 dollars remis par Yves Cadotte de SNC-Lavalin.

Système de collusion

L'explication la plus loufoque aux yeux de la commission est venue lorsqu'a été abordé le sujet du système de partage des contrats.

Alors que plusieurs témoins l'avaient identifié comme étant l'auteur du système, Bernard Trépanier a plutôt raconté que ce sont les ingénieurs, en 2004 et 2005, qui lui fournissaient des listes concernant le partage des contrats.

«J'ai essayé de faire une répartition juste et équitable pour tout le monde», a-t-il expliqué, ajoutant qu'il n'y est finalement pas arrivé puisqu'il n'avait pas les connaissances nécessaires en génie et que c'est à ce moment que Michel Lalonde, du Groupe Séguin, lui aurait offert son aide.

L'implication de Trépanier aurait finalement pris fin en 2005 lorsque ce dernier aurait été invité par Rosaire Sauriol, de Dessau, et Michel Lalonde à manger dans un restaurant de Laval. Lalonde lui aurait alors dit: «À partir de là, tu ne t'occupes plus de rien au niveau des ingénieurs. Les gars ont mis assez d'argent et rien n'a fonctionné. Ne pose pas de questions parce que ça pourrait te faire mal.»

Le témoin a indiqué avoir perçu ses propos comme une menace, mais le procureur en chef adjoint, Me Denis Gallant, a déposé en preuve des relevés téléphoniques démontrant que Trépanier et Lalonde ont continué de se parler presque chaque jour jusqu'en mai 2010.

De plus, malgré l'avertissement, «Monsieur 3%» a admis avoir par la suite mangé avec le directeur de la réalisation des travaux, Robert Marcil, pour s'informer des contrats à venir et des résultats des comités de sélection.

«Middleman» et «bagman»

Plus tôt en journée, celui qui s'était lui-même qualifié d'«ouvreur de portes», hier, s'est vu attribué de nouveaux qualificatifs par Me Gallant qui lui a donné le rôle de «middleman» et de «bagman».

S'il a accepté le premier terme, l'ancien directeur du financement d'Union Montréal s'est montré plutôt mal à l'aise devant le deuxième, affirmant que c'était «trop gros».

Pendant de longues minutes, Me Gallant s'est affairé à dresser un tableau démontrant que Trépanier entretenait des liens étroits avec les entrepreneurs et les firmes de génie-conseil. Selon lui, le carnet de contacts du témoin était un avantage autant pour les partis politiques que pour les acteurs du monde de la construction.

«Vous avez autant les numéros des élus, des personnes clés, que des entrepreneurs et des professionnels et ça joue dans les deux sens. Vous êtes intéressant pour un parti politique parce que vous connaissez beaucoup de gens qui vont pouvoir contribuer à sa campagne et, à l'inverse, vous êtes intéressant pour ces entreprises pour pouvoir leur ouvrir des marchés dans les municipalités», a lancé le procureur en chef adjoint.

Pour étayer sa thèse, Me Gallant a déposé une série de registres téléphoniques prouvant que le témoin a échangé, au cours des années, plus de 7000 appels avec une vingtaine de ces gens.

MISES À JOUR

12h45 - PAUSE DU DÎNER. Retour à 14h15.

12h42 - Trépanier reconnaît avoir mangé avec Robert Marcil au sujet des contrats à venir et pour savoir qui remportait les contrats.

12h36 - Me Gallant soumet que le système de collusion ne pouvait pas fonctionner sans Trépanier, car c'est lui qui avait les contacts. Témoin nie.

12h34 - «Michel Lalonde se vantait souvent qu'il avait un bon voisin», dit Trépanier en référence à Nicolo Milioto.

12h30 - Trépanier dit avoir perçu les propos de Lalonde comme une menace. Les relevés téléphoniques démontrent toutefois que les deux hommes se parlaient presque quotidiennement jusqu'au 25 mai 2010.

12h26 - «J'ai essayé de faire une répartition juste et équitable pour tout le monde.» Il n'avait toutefois pas les connaissances en génie et Michel Lalonde serait venu lui dire que ça ne marchait pas et pour lui offrir son aide.

12h20 - Témoin dit qu'en 2004 et 2005, les ingénieurs lui fournissaient des listes concernant le partage des contrats et ce qui devait arriver. C'est Michel Lalonde qui lui aurait introduit cela et qui lui aurait expliqué comment procéder.

12h19 - «Qu'est-ce qu'ils voulaient que nous ne fassiez plus?» demande France Charbonneau. «Justement, je ne faisais rien!»

12h14 - Témoin nie tout relativement à la mise sur pied d'un système de collusion et de trucage de contrats. Il raconte qu'en 2005, Rosaire Sauriol et Michel Lalonde l'ont invité à manger et lui ont dit ceci: «À partir de là, tu ne t'occupes plus de rien au niveau des ingénieurs. Les gars ont mis assez d'argent et rien n'a fonctionné. Ne pose pas de questions parce que ça pourrait te faire mal.»

12h12 - Trépanier dit qu'il sollicitait les firmes selon leur grosseur et leur capacité de payer. Témoin rappelé à l'ordre. Me Gallant perd patience face à l'attitude du témoin qui ne répond pas aux questions.

12h11 - Me Gallant et la présidente sont toujours engagés dans une guerre d'usure avec le témoin au sujet du 3% et des sommes pour les élections de 2005.

12h05 - Témoin dit que le nombre de billets n'étaient pas décidé en fonction d'un pourcentage et se distancie de tout ce qui s'approche de 3%.

12h03 - Trépanier avait une liste des gens qui obtenaient des contrats et la valeur de ces derniers. «On se disait, lui, il est bon pour 2 tables. Lui, il est bon pour 5 tables.»

12h00 - Les firmes de génie «arrivaient avec leurs chèques» dit Trépanier au sujet des sommes d'argent reçues à son bureau. «Moi, je vous dis que M. Lalonde n'a pas donné l'argent qu'il a dit!»

11h57 - Me Gallant revient à la charge avec sa question, Trépanier nie encore la mise sur pied d'une ristourne. «Vous jurez ne pas avoir participé à un système de collusion?» «C'est exact», dit Trépanier en précisant qu'il s'occupait seulement de vendre des billets pour des événements.

11h54 - Témoin nie la théorie de la ristourne du 3%.

11h53 - «Les montants ont été demandés, mais répartis sur cinq ans», dit Trépanier au sujet des sommes pour les élections de 2005.

11h50 - Nie que François Perreault de Génivar et Michel Lalonde de Groupe Séguin lui aient remis des sommes en argent.

11h48 - Témoin qu'Yves Cadotte lui a remis 40 000$ en argent comptant et que ce dernier lui a dit qu'on lui avait demandé de payer la facture de Morrow. «Tous les ans, il contribuait au parti en achetant des billets.»

11h46 - Trépanier dit ignorer qui a demandé à SNC-Lavalin de payer une facture de 75 000$ à Morrow Communications.

11h42 - Reprises des audiences. Trépanier affirme que les firmes de génie contribuent généreusement, mais qu'elles n'obtiennent rien en retour. «À Montréal, c'est le principe des appels d'offres publics», dit-il. «Vous me dîtes ça sérieusement?» demande Me Gallant.

11h11 - PAUSE

10h56 - Procureur dépose en preuve une série de registres téléphoniques. Ils seront analysés après la pause.

10h52 - Me Gallant fait remarquer qu'en plus du 200 000$, les firmes contribuaient aussi. Trépanier dit que les sommes n'ont pas toutes été reçues en argent comptant.

10h49 - On parle des sommes considérables que Trépanier aurait réclamées aux firmes pour les élections de 2005. «Qu'est-ce qui s'est passé? Qu'est-ce qui est arrivé avec cet argent-là?» Trépanier confirme avoir réclamé 200 000$ à SNC-Lavalin et Dessau, mais dit que cette somme était pour 4 ans. Trépanier qualifie Michel Lalonde de «menteur».

10h44 - Trépanier a été engagé par Jean-François Saint-Onge, DG du parti. Ne se souvient pas s'il avait un contrat. Au moment de son embauche, le témoin n'a pas parlé de sa compagnie et des contrats avec les firmes de génie.

10h42 - Procureur suppose que Trépanier était «intéressant» pour Union Montréal, car il pouvait contacter les gens de son carnet pour contribuer. Témoin nie.

10h37 - On arrive à Union Montréal. A été approché alors qu'il faisait partie de l'association de Saint-Léonard. Me Gallant lui demande pourquoi on l'approche pour être directeur du financement alors qu'il n'en a jamais fait. «C'est quoi l'intérêt d'embaucher une personne qui n'a aucune expérience en matière de financement?» «On me l'a demandé.» «Ce n'est pas plus exact de dire que vous aviez une très grande expérience du financement politique et que c'est pour ça qu'on vous a engagé? Pour remplir les coffres du parti!» «C'est faux!»

10h34 - Témoin dit ne jamais être allé au Cosenza.

10h32 - Trépanier explique que la procédure était de contacter les entrepreneurs qui avaient des contrats à Montréal pour leur offrir des billets pour les activités de financement.

10h31 - Trépanier refuse le rôle de «bagman» que lui attribue Me Gallant. «Le mot est trop gros», dit-il.

10h29 - «Vous avez un beau carnet d'adresses! Vous avez autant les numéros des élus que des entrepreneurs. Vous êtes intéressant pour les partis politiques et vous êtes intéressants pour les entrepreneurs», explique Me Gallant.

10h23 - Le procureur passe en revue une liste d'entrepreneurs et demande au témoin quel était son contact dans chacune d'elles. Parmi les noms donnés, le témoin répond ne pas connaître plusieurs.

10h20 - Le procureur passe en revue une liste de firmes et demande au témoin quel était son contact dans chacune d'elles.

10h15 - A parlé à Antonio Accurso la semaine passée. Ils ont discuté du témoignage de Trépanier. A aussi parlé à Bernard Poulin la semaine dernière. Même discussion. Pas vu Rosaire Sauriol «depuis un bout». Plusieurs autres dirigeants de firmes nommés.

10h14 - Me Gallant demande au témoin si Bermax a eu Écolosol, de Normand Trudel, comme client. «Pas à ma connaissance.» Confirme toutefois que Trudel est un «très bon ami». Il lui a parlé hier soir. Trudel est au Mexique.

10h13 - «Avez-vous fait du démarchage dans les municipalités pour Groupe SM ou n'importe quelle autre firme?» «Jamais!» «À quoi ça servait, Bermax?» «Au développement des affaires.»

10h12 - Bernard Poulin est aussi «un grand chum».

10h11 - «Quels services professionnels ont été facturés à SM?» demande à nouveau le procureur. Trépanier revient sur l'histoire de la copropriété. «Êtes-vous qualifié pour faire de la surveillance de travaux?» l'interrompt Me Gallant.

10h06 - Procureur tente d'éclaircir les honoraires reçus de Groupe SM. Trépanier dit qu'il a reçu de l'argent pour surveiller les travaux d'une copropriété appartenant à SM à Miami. «Je peux prendre n'importe quel chiffre et il va y avoir une histoire derrière ça?» demande Me Gallant qui ne croit visiblement pas les explications du témoin.

10h02 - On parle de Groupe SM. Trépanier dit avoir été rémunéré par Bernard Poulin pour des «affaires personnelles». Honoraires de 45 000$ à Groupe SM en 2008. «Bernard m'a rémunéré pour m'occuper d'un certain problème que j'ai déjà déclaré ici [pour aider quelqu'un qui a un problème d'alcool].»

10h01 - «Est-ce que Bermax a encore des activités?» «En ce moment, non.»

9h56 - Bermax a reçu 75 000$ de Nepcon en 2010-2011. Dit qu'il aidait à vendre du mobilier urbain. «Est-ce que Nepcon vous sollicite pour faire du démarchage dans des municipalités?» «Surtout dans la fabrication de panneaux publicitaires.» Trépanier confirme qu'il faisait du lobbying auprès d'élus, de directeurs généraux, etc.

9h54 - Trépanier reconnaît qu'il se servait de ses contacts acquis en politique dans le cadre des opérations de sa compagnie.

9h49 - «Faut que ça vaille la peine de vous donner cet argent-là, donc je suppose qu'il y a des résultats», dit Me Gallant. «On s'informe pour voir s'il y aurait des ouvertures pour la compagnie auprès de municipalités. J'ai tâté le terrain à Lachute, Mirabel via peut-être le bureau du maire que je n'ai pas été capable de voir.» «Ça n'a pas été un succès.»

9h45 - «Qu'est-ce que vous avez fait pour cette entreprise qui a versé à votre entreprise 30 000$ en 2010? Qu'est-ce que vous avez fait précisément?» demande la présidente. «J'ai fait du maraudage sur le marché. Je me suis informé un peu partout.»

9h42 - Me Gallant suggère aussi Inspec-Sol comme client. Honoraires de plus de 36 000$ en 2010. «C'est possible», dit Trépanier. Nature des travaux? «Développement des affaires. Je sais qu'il était à la recherche d'employés. Il m'avait aussi parlé d'acquisitions.» «Je suis peut-être dur de la feuille ce matin, mais je ne comprends pas», dit Me Gallant. «Il avait peut-être besoin de mon réseau.»

9h40 - Me Gallant revient sur les clients de Bermax. Il suggère au témoin que Constructions Louisbourg aurait pu faire partie de ses clients. «Je ne me rappelle pas.» Me Gallant dit qu'un chèque de 12 000$ a transité en septembre 2007.

9h38 - Début des audiences pour la journée. Bernard Trépanier s'amène à la barre et est assermenté.

Dans la même catégorie