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Trépanier voulait «retourner l'ascenseur»

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin | TVA Nouvelles

Lorsqu'il pilotait le système de partage des contrats entre les firmes de génie-conseil en 2004 et 2005, Bernard Trépanier cherchait à «retourner l'ascenseur» aux entreprises qui avaient contribué à la caisse électorale d'Union Montréal.

C'est ce qu'il a déclaré, cet après-midi, devant la commission Charbonneau qui tentait d'obtenir plus d'informations au sujet des révélations faites plus tôt par celui qu'on appelle aussi «Monsieur 3%».

Appelé à préciser son rôle précis, l'ancien directeur du financement d'Union Montréal a expliqué qu'il organisait les firmes en fonction de leur spécialité, leur demandait de former un consortium et de participer à l'appel d'offres pour «que le meilleur gagne».

Questionné à savoir ce qu'il en retirait, le témoin a répondu la «satisfaction de retourner l'ascenseur». La présidente France Charbonneau lui a alors fait remarquer qu'il y avait une certaine contradiction entre la volonté de retourner l'ascenseur et le souhait que le meilleur l'emporte.

Bernard Trépanier a quand même qualifié le marché d'«ouvert» en précisant que presque toutes les firmes de génie-conseil contribuaient au parti, donc qu'elles étaient éligibles aux contrats.

Congédiement sans raison

Lorsqu'est venu le temps de discuter de son congédiement d'Union Montréal en février 2006, Bernard Trépanier n'a pas été en mesure d'apporter bien des éclaircissements à ce départ qui a souvent été qualifié de «mystérieux».

L'ancien directeur du financement a raconté avoir été rencontré par le maire Gérald Tremblay qui l'a alors avisé que son poste serait aboli. «On ne m'a pas donné de raison. J'ai demandé s'il y avait une raison spéciale et il m'a dit qu'on se reverrait», a affirmé Trépanier.

Le témoin a par la suite abordé les deux hypothèses avancées plus tôt cette semaine par la commission pour expliquer son congédiement. Il a admis qu'on lui avait reproché sa relation de proximité avec Frank Zampino, mais a fermement nié avoir tenté d'extorquer un promoteur immobilier pour un million de dollars. Trépanier a d'ailleurs donné sa version des faits relativement à cette affaire et a affirmé avoir été victime d'une rumeur non fondée.

«Qui avait intérêt à raconter ça? Qui étaient vos ennemis à Union Montréal?» a demandé Me Gallant au témoin. «Je ne sais pas», a-t-il répondu avant d'ajouter que le cabinet juridique Fasken Martineau pourrait être en cause.

Bernard Trépanier a confirmé le témoignage de Marc Deschamps, représentant officiel d'Union Montréal, à savoir que le parti lui a versé quatre mois de salaire et une indemnité de départ de 25 000 dollars lors de son congédiement. Il a aussi admis avoir poursuivi son travail de solliciteur jusqu'en 2008.

Liens avec Robert Marcil

Pour conclure la deuxième journée du témoignage de Bernard Trépanier, le procureur a commencé a exposé les liens de ce dernier avec Robert Marcil, ancien directeur de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal.

Il a été établi que les deux hommes mangeaient non seulement ensemble, mais qu'ils échangeaient aussi de nombreux appels.

«Je voulais connaître les projets à venir ou des résultats de projets sortis», a expliqué «Monsieur 3%» pour justifier la fréquence des contacts. Lorsque Me Gallant a voulu savoir à quoi lui servaient ces informations alors qu'il ne s'occupait plus du partage des contrats, Trépanier lui a répondu qu'il voulait simplement se «tenir au courant».

Le témoin a juré ne jamais avoir rémunéré Marcil pour les informations ainsi transmises. Il a même ajouté qu'il ignorait que le fonctionnaire participait à des comités de sélection.

Sortant un lapin de son chapeau, Me Gallant a déposé en preuve un tableau regroupant les appels de Bernard Trépanier «lors de la période entourant les rencontres de comités de sélection». Le procureur en chef adjoint a alors expliqué que chaque fois que Marcil siégeait à un comité, Trépanier l'appelait la veille, le jour même ou le lendemain de la rencontre. Il semble que le témoin appelait aussi Frank Zampino et l'ingénieur Michel Lalonde au même moment.

Bernard Trépanier sera confronté à ces faits demain matin alors qu'il reviendra à la barre des témoins pour une troisième journée.

MISES À JOUR

16h34 - Les audiences sont suspendues jusqu'à demain matin.

16h31 - Procureur dépose un tableau regroupant les appels de Bernard Trépanier lors de la période entourant les rencontres de comités de sélection. Me Gallant explique que chaque fois que Marcil siégeait, Trépanier l'appelait la veille, le jour même ou le lendemain. Il appelait aussi Zampino et Lalonde. Me Gallant en fera la démonstration demain.

16h28 - Trépanier dit qu'il ignorait que Marcil participait à des comités de sélection. Il n'a jamais donné d'argent à Marcil pour les informations qu'il lui donnait.

16h26 - On parle de Robert Marcil. Beaucoup d'appels au bureau et sur le cellulaire aussi. «Je voulais connaître les projets à venir ou des résultats de projets sortis», dit Trépanier pour justifier. Pourquoi obtenir ces informations alors qu'il ne s'occupe plus du partage? «C'est moi qui voulais me tenir au courant.»

16h22 - Procureur dépose en preuve des registres téléphoniques pour «préparer la journée de demain». Il est question des appels avec: Zampino (1808 appels entre 26 janvier 2005 et 19 janvier 2011), Marcil (195 appels).

16h18 - Le 19 février 2008, rencontre entre Trépanier, Zampino et Marcil. Il y a quelques minutes, Trépanier disait être certain qu'il n'avait jamais rencontré Marcil en compagnie de Zampino. Témoin ne se souvient pas de la nature de la rencontre.

16h17 - Autre séjour en Floride du 27 décembre 2007 au 10 janvier 2008. Trépanier dit que Zampino n'est pas venu chez lui.

16h13 - Séjour en Floride pour Trépanier et Zampino du 10 au 17 novembre 2007.

16h05 - Trépanier ne parlait jamais de financement avec Zampino.

16h00 - En juin 2006, rencontre entre Trépanier, Bernard Poulin et Frank Zampino au bureau de ce dernier. «Qu'est-ce que M. Poulin faisait là?» Trépanier l'ignore.

15h56 - On regarde des passages de l'agenda électronique de Zampino. Il est question de plusieurs rencontres et repas entre Trépanier et Zampino.

15h54 - Trépanier dit ne jamais avoir rencontré Marcil en compagnie de Zampino.

15h51 - On revient à Robert Marcil, évoqué ce matin.

15h47 - Reprise des audiences. Dès le début 2006, on prépare le financement des élections de 2009. Me Gallant demande s'il y avait des objectifs de financement pour les firmes pour 2009. Trépanier répond par la négative. Témoin nie une fois de plus la ristourne de 3%.

15h28 - PAUSE de 15 minutes

15h25 - Le cabinet d'avocats Fasken Martineau pourrait être à l'origine de la rumeur sur le million de dollar, dit Trépanier. «Qui avait intérêt à raconter ça? Qui étaient vos ennemis à Union Montréal?» demande Me Gallant. «Je ne sais pas.»

15h19 - Témoin admet avoir poursuivi son travail de solliciteur pour Union Montréal jusqu'en 2008. Semble-t-il que le maire ne s'est jamais excusé, mais qu'il l'a remercié lors d'activités de financement.

15h14 - Trépanier admet finalement qu'on lui a reproché sa proximité avec Frank Zampino. Il dit aussi avoir reçu un appel d'un conseiller de Saint-Michel pour une rencontre avec un promoteur. «Le monsieur m'a dit qu'il voulait ouvrir dans la carrière Miron un centre d'achats et qu'il voulait la volonté politique.» Le promoteur devait semble-t-il débourser un million de dollars pour les infrastructures. «Apparemment qu'il a été répété que j'aurais demandé un million de dollars au monsieur pour prendre son dossier.» Trépanier serait allé voir le maire pour clarifier les choses. Zampino l'aurait finalement cru.

15h13 - Dit qu'on lui a donné 4 mois de salaire plus une prime de 25 000$ lors de son congédiement.

15h10 - On parle du congédiement de Trépanier en février 2006. Gérald Tremblay l'a avisé que le poste allait être aboli. Personne d'autre lors de la rencontre. «On ne m'a pas donné de raison. J'ai demandé s'il y avait une raison spéciale et il m'a dit: on se reverra!»

15h07 - Témoin est catégorique: Michel Lalonde n'a jamais donné 100 000$. «Peut-être 50 000$ répartis.» Lalonde payait à «95%» par chèque.

14h55 - Trépanier admet être souvent allé au hockey dans des loges et avoir été invité dans des tournois de golf. Il ignore si cette pratique est la même dans d'autres municipalités.

14h51 - La bisbille entre les firmes aurait commencé avant les élections de 2005. «Peut-être au début de 2005», dit-il. Les projets sont annoncés longtemps à l'avance, «mais si les projets sortent pas», les gens posent des questions.

14h49 - Chaque arrondissement avait son objectif de financement. Trépanier donnait parfois un «coup de main».

14h47 - Témoin dit ignorer que des firmes se partagent aussi les territoires.

14h41 - Frank Zampino et Christian Ouellet (DG du parti) n'étaient pas au courant du système, dit Trépanier.

14h37 - «Si c'était à refaire, jamais je ne le prendrais pas... Je gagnais ma vie, je n'avais pas besoin de ça!»

14h35 - Trépanier dit qu'il communiquait avec les firmes pour leur dire si c'était à leur tour ou non d'obtenir un contrat.

14h33 - Témoin dit que le marché était «ouvert» parce que presque toutes les firmes contribuaient au parti, donc elles pouvaient obtenir des contrats.

14h28 - La présidente soulève une contradiction dans le témoignage de Trépanier: «que le meilleur gagne» ne peut pas fonctionner avec le fait de vouloir «retourner l'ascenseur».

14h21 - Témoin dit qu'il n'y avait pas de collusion à Montréal. Il organisait les firmes en fonction de leur spécialité respective, leur demandait de former un consortium et de participer à l'appel d'offres. Trépanier dit que cela ne lui donnait rien. Il en tirait une «satisfaction de retourner l'ascenseur» en donnant de l'ouvrage à ceux qui avaient contribué au parti.

14h18 - Reprise des audiences. Me Gallant revient sur ce qu'a dit Trépanier au sujet de la rencontre avec Lalonde et Sauriol.

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