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Des voyages qui soulèvent des questions

Commission Charbonneau

Le combat de la commission Charbonneau contre Frank Zampino aura été fastidieux, mais l'ancien président du comité exécutif de la Ville de Montréal a finalement été poussé dans les câbles, aujourd'hui, au quatrième jour de son témoignage, sa crédibilité étant mise à mal.

Alors qu'il soutient depuis le début ne jamais avoir eu de signe d'un système de partage des contrats alors qu'il était à l'emploi de la Ville, le témoin a été forcé d'admettre qu'il a eu un indice bien précis, et ce, dès 2006.

Cette année-là, le vérificateur interne de la Ville a produit un rapport au sujet de la gestion des contrats dans lequel il évoque clairement des signes de collusion. À la suite de ce rapport, les conclusions ont été transmises au directeur général Claude Léger et Frank Zampino a reconnu en avoir discuté avec lui et même avoir demandé à ce que les recommandations du vérificateur soient mises en place, ce qui a fait sortir de ses gonds le commissaire Renaud Lachance.

«Vous avez menti tout à l'heure lorsque je vous ai demandé si vous aviez déjà entendu parler d'indices de collusion. Vous m'avez dit: Non, pas avant la commission. Donc, là, vous êtes en train de nous dire que vous en avez tellement bien entendu parler que vous avez posé de nombreux gestes pour tenter d'y répondre!»

L'ancien président du comité exécutif a tenté, en vain, de diminuer l'importance du document, affirmant qu'à ses yeux il ne s'agissait pas d'un «drapeau rouge». «Un instant! C'EST un drapeau rouge», l'a interrompu le commissaire Lachance.

Frank Zampino a par la suite tenté de rejeter la faute sur le DG de la Ville, affirmant que si la situation était si préoccupante, c'était à lui de prendre des mesures supplémentaires.

Entre amitié et responsabilités professionnelles

La Commission s'est aussi longuement attardée aux relations d'amitié qu'entretenait Zampino avec des entrepreneurs alors qu'il était le bras droit du maire Gérald Tremblay.

Après l'ingénieur Rosaire Sauriol (Dessau), l'ancien président du comité exécutif a aussi qualifié l'entrepreneur Antonio «Tony» Accurso de «très bon ami». Le témoin a ainsi confirmé avoir partagé de nombreux repas avec chacun d'eux, mais aussi avoir pris part à plusieurs sorties en leur compagnie.

Frank Zampino a admis qu'il discutait des dossiers de la Ville avec les deux hommes, mais a nié s'être placé en conflit d'intérêts. «Même si j'ai tissé des liens, pour moi j'ai toujours été capable de faire la distinction claire entre mes liens d'amitié et mes responsabilités d'élu», a-t-il juré.

Même s'il ne voyait aucun problème à entretenir ces relations, le témoin a affirmé ne jamais en avoir fait état au maire Tremblay parce qu'il «n'avait pas à le faire».

«N'aurait-il pas été approprié de dénoncer au maire cette situation pour faire preuve de la plus grande transparence?», a demandé la procureure en chef, Me Sonia LeBel. «C'est quelque chose que j'aurais pu faire. Ces relations ne m'ont jamais amené à transgresser quoi que ce soit», a répondu Zampino.

Compteurs d'eau

Dans le même ordre d'idée, Frank Zampino a juré que «jamais» ses amis Rosaire Sauriol et Tony Accurso n'ont tenté de profiter de sa position dans le cadre du contrat des compteurs d'eau.

«Je n'ai jamais influencé ou donné de l'information privilégiée à Accurso ou quiconque dans ce dossier», a-t-il lancé en réponse à une question de la procureure.

À l'époque, la firme de génie-conseil Dessau et l'entreprise Simard-Beaudry ont formé le consortium GÉNIeau, regroupement à qui a été octroyé le faramineux contrat qui a par la suite été annulé.

Par ailleurs, alors que Me LeBel allait à la pêche en demandant au témoin s'il avait voyagé, outre ses deux séjours sur le Touch, avec son ami Accurso, Frank Zampino a admis être allé une première fois sur le bateau en 2005.

L'ancien président du comité exécutif a raconté ne jamais avoir fait part de cet événement, car il s'y était rendu avec sa famille, en l'absence du propriétaire. «Moi, je suis allé sur le bateau d'un ami, ça n'a rien à faire avec un contrat», a-t-il expliqué.

Voyages à Las Vegas

Frank Zampino a aussi admis être allé à Las Vegas avec Accurso et leur conjointe respective en 2003 ou 2004. Or, Me LeBel a suggéré au témoin que ce voyage aurait plutôt eu lieu en février 2006, ce que Zambino a qualifié de «probable».

Lorsque la procureure a demandé si une autre personne avait participé au voyage, Frank Zampino a réfléchi de longues secondes avant de répondre que le directeur général, Robert Abdallah, était aussi présent.

Le président du comité exécutif, le DG et l'entrepreneur auraient donc voyagé ensemble alors que se déroulait le processus entourant le contrat des compteurs d'eau.

«À ma connaissance, j'ai payé mon voyage. Le tour d'hélicoptère [au Grand Canyon], c'est fort probablement M. Accurso qui l'a payé. Pour les nuits à l'hôtel, à ma connaissance, c'était moi», a résumé le témoin.

La Commission prétend que Zampino et Accurso sont retournés ensemble dans la ville du vice en septembre de la même année, mais le témoin a affirmé ne pas se souvenir de ce séjour.

Séjours à «prix d'ami»

Le témoin a finalement été questionné au sujet des deux séjours auxquels il a participé sur le somptueux yacht d'Antonio Accurso, en 2007 et 2008, en compagnie de l'entrepreneur et de Rosaire Sauriol.

Lors de son témoignage, ce dernier a expliqué à la Commission qu'il avait formulé une réserve à Accurso concernant la présence de Zampino, jugeant la situation délicate. L'ancien président du comité exécutif, lui, n'y voyait aucun inconvénient.

«Je n'ai pas fait de lien au moment où j'ai accepté ce voyage. J'ai été invité par un ami. Je me rends sans aucune intention de discuter de quoi que ce soit», a-t-il dit, aujourd'hui.

Concernant les frais reliés à ces voyages, Frank Zampino a raconté avoir insisté auprès de son bon ami Accurso pour payer un certain montant afin de «régulariser la situation». Le numéro deux de la Ville a finalement payé 5000 dollars pour chacun des séjours; montant fixé par Accurso lui-même.

La Commission a alors fait remarquer au témoin qu'il s'agissait d'un «prix d'ami», considérant que Rosaire Sauriol a estimé la location du Touch à 75 000 dollars par semaine.

«J'aurais pu ne rien payer», a répondu Zampino, offusqué que Renaud Lachance ait employé le mot «cadeau» pour décrire ces voyages.

Frank Zampino poursuivra son témoignage demain matin.

MISES À JOUR

16h29 - Les audiences sont ajournées jusqu'à demain matin.

16h21 - Dans sa lettre au maire, Zampino se dit prêt à fournir les documents prouvant qu'il a payé la «totalité» de ses voyages sur le Touch. Il a par la suite refusé de le faire parce qu'il ne voulait pas que les documents soient rendus publics.

16h15 - «Je ne l'ai pas dit au maire parce que je n'ai pas cru opportun de le faire.»

16h11 - Commission fait remarquer qu'il s'agit quand même d'un «prix d'ami» le bateau coûte environ 75 000$ pour une semaine. «J'aurais pu ne rien payer!», dit Zampino.

16h05 - La Commission exige la totalité des factures (notamment pour les frais de déplacement) entourant les voyages de 2007 et 2008 sur le Touch.

16h01 - Procureure dépose une facture: Zampino a finalement payé 5000$ en guise de «quote-part» pour lui et sa conjointe pour son séjour sur le Touch en 2007.

15h57 - Zampino affirme avoir dit à Accurso qu'il voulait payer sa part et celle de sa conjointe. L'entrepreneur n'aurait pas voulu, mais Zampino aurait insisté pour «régulariser la situation».

15h55 - Sauriol a dit lors de son témoignage qu'il avait dit à Accurso que c'était délicat d'inviter Zampino. Ce dernier dit que son ami Sauriol ne lui a pas fait part de cette crainte.

15h52 - Concernant le voyage sur le bateau, Zampino dit ne pas y avoir vu de problème. «Je n'ai pas fait de lien au moment où j'ai accepté ce voyage. J'ai été invité par un ami. Je me rends sans aucune intention de discuter de quoi que ce soit.»

15h46 - Rencontre avec Sauriol et Pierre Lavallée (BPR), le 8 février 2007, au Club Saint-Denis. Zampino se souvient de la rencontre. Il était question du campus Outremont, dit-il.

15h42 - Reprise des audiences. On poursuit avec l'agenda. Déjeuner chez Pacini le 22 décembre 2006 avec Sauriol. «Possible», dit Zampino.

15h09 - PAUSE

14h54 - Rencontre avec Frank Minicucci, chez Pacini, le 3 novembre 2006. «Possible», dit le témoin.

14h52 - On passe au voyage de septembre 2006: Accurso et Zampino à Las Vegas. «Faudrait que je vérifie, je n'ai pas souvenir», répond le témoin.

14h48 - «À ma connaissance, j'ai payé mon voyage. Le tour d'hélicoptère [au Grand Canyon], c'est fort probablement M. Accurso qui l'a payé. Pour les nuits à l'hôtel, à ma connaissance, c'était moi.» La Commission demande les factures en guise de preuve.

14h44 - Procureure demande pourquoi Zampino n'a pas parlé de ce voyage lors de sa démission. Même réponse que ce matin: la question alors portait sur les voyages sur le bateau.

14h41 - Après de longues secondes de réflexion, Zampino ajoute que Robert Abdallah participait au voyage à Las Vegas (qui n'aurait pas eu lieu en 2003-2004 comme il se souvient, mais bien en février 2006 alors que Abdallah était DG et Zampino président du comité exécutif). «Si tel est le cas, nous étions le processus des compteurs d'eau», dit Me LeBel.

14h39 - Me LeBel affirme qu'il y a eu un autre voyage à Las Vegas pour Zampino et Accurso en février 2006.

14h36 - Procureure soumet au témoin que le voyage à Las Vegas a eu lieu en septembre 2006. Zampino n'a pas souvenir. Parle plutôt de 2003 ou 2004.

14h34 - Il est question d'une rencontre avec Sauriol dans un restaurant le 7 octobre 2006. «Ça ne me dit absolument rien.» Zampino ajoute qu'aucune des rencontres évoquées ne portait sur les compteurs d'eau.

14h32 - Il est question d'une rencontre avec Sauriol dans un «restaurant» le 29 septembre 2006. Témoin «ne peut pas exclure» que la rencontre ait eu lieu.

14h31 - Il est question d'une rencontre avec Accurso au St-James le 28 septembre 2006. Encore une fois, le témoin dit que l'événement n'a pas eu lieu.

14h30 - Pour une troisième fois, Zampino évoque le fait que son agenda a pu être falsifié.

14h27 - Il est question d'un déjeuner chez Pacini avec Accurso le 12 août 2006. Témoin n'a aucun souvenir de cette rencontre. Zampino ajoute qu'Accurso n'a jamais mis les pieds chez Pacini en sa compagnie.

14h20 - Me LeBel passe en revue des pages de l'agenda électronique de Zampino. Il est notamment question de rencontres avec Sauriol (15 mai 2006) et Accurso (8 juin 2006). Procureure demande si les rencontres étaient pour discuter du contrat des compteurs d'eau. Zampino dit que ça n'a rien à voir.

14h19 - On reprend sur les compteurs d'eau.

14h13 - Reprise des audiences.

12h34 - PAUSE DU DÎNER

12h12 - Outre les deux séjours sur le bateau de Tony Accurso, Zampino a voyagé avec ce dernier à Las Vegas en 2003 ou 2004. Il dit avoir payé son propre voyage. Témoin admet aussi s'être rendu sur le bateau d'Accurso, sans lui, en 2005. Il était alors avec sa famille en Floride et Accurso lui a proposé d'y aller. Zampino n'a jamais parlé de ce séjour, car on ne lui avait pas posé la question directement. «Moi, je suis allé sur le bateau d'un ami, ça n'a rien à faire avec un contrat.»

12h10 - Zampino dit que «jamais» Accurso et Sauriol (dont les entreprises étaient toutes deux impliquées dans le processus des compteurs d'eau) n'ont tenté d'obtenir des informations privilégiées de sa part. «Je n'ai jamais influencé ou donné de l'information privilégiée à Accurso ou quiconque dans ce dossier.»

11h57 - Me LeBel poursuit la chronologie du projet.

11h49 - Témoin contredit le témoignage de Claude Léger qui prétendait que c'est Zampino qui voulait un seul appel d'offres pour les deux volets des compteurs d'eau. «Quand j'entends dire que c'est M. Zampino qui a décidé ça: c'est complètement faux! C'est inexact!»

11h46 - On est toujours dans une discussion très technique concernant les compteurs d'eau.

11h37 - Dès 2002, discussions autour du projet.

11h32 - Reprise des audiences. On aborde le contrat des compteurs d'eau.

10h58 - PAUSE

10h52 - Témoin ne se souvient pas s'il a discuté du rapport de 2006 avec le maire.

10h43 - Zampino tente de mettre la faute sur le DG.

10h38 - Zampino persiste à dire que la lettre n'est «pas un drapeau rouge». «Un instant! C'EST un drapeau rouge», intervient Renaud Lachance. Témoin forcé d'admettre qu'il a eu un indice de la présence de collusion en 2006. «Vous avez menti, tantôt, quand je vous ai demandé si vous aviez eu des indices de la collusion!»

10h34 - Le DG de la Ville, Claude Léger, a fait part à Zampino des conclusions du rapport. Zampino dit qu'il a demandé à ce que les recommandations soient mises en place.

10h29 - Commission présente un résumé d'un rapport du vérificateur interne de novembre 2006 au sujet de la gestion des contrats qui recommande la mise en place d'un système de surveillance à la suite d'indices de collusion. «Je ne l'ai jamais vu [ce rapport].» Dit toutefois avoir pris connaissance des conclusions du rapport.

10h24 - Une fois de plus, Zampino dit qu'il n'a eu «aucun signe» ni au sujet de la collusion, ni au sujet d'une ristourne à Bernard Trépanier.

10h23 - Renaud Lachance émet clairement et à plusieurs reprises une réserve quant à la crédibilité du témoignage de Zampino.

10h21 - Sauriol et Accurso sont toujours des amis, dit Zampino. Il convient toutefois avoir été «trahi» par Sauriol qui ne lui a jamais parlé de la collusion. «Je suis extrêmement déçu de ce qu'il a dit...» «Vous dîtes que vous êtes déçu de ce qu'il a DIT et non de ce qu'il a FAIT», fait remarquer Renaud Lachance.

10h14 - Zampino parle de «maladresse» et d'«erreur» au sujet de ses séjours sur le bateau d'Accurso. «Vous étiez au moins conscient des apparences», dit la présidente. «C'était une erreur de jugement, une maladresse.»

10h13 - «N'aurait-il pas été approprié de dénoncer au maire cette situation pour faire preuve de la plus grande transparence?», demande Me LeBel. «C'est quelque chose que j'aurais pu faire. Ces relations ne m'ont jamais amené à transgresser quoi que ce soit.»

10h09 - «Je n'ai jamais parlé au maire de mes liens d'amitié, qui sont de ma vie personnelle, comme je ne lui ai pas demandé à lui.» «J'aurais pu lui dire, je l'admets, mais la discussion aurait été de lui dire que c'était des amis et j'imagine que le maire m'aurait dit de m'assurer de tracer la ligne.»

10h08 - «J'avais tissé des liens d'amitié, mais j'étais toujours capable de tracer la ligne. Moi, je ne voyais pas de problème tant que j'étais capable de tracer la ligne.»

10h04 - Accurso parlait souvent de son bateau; «c'était sa passion». «On parlait rarement de dossiers de la Ville.»

10h02 - Accurso est un «très bon ami». Rencontres fréquentes. Plusieurs repas. Il n'exclut pas qu'ils aient discuté des dossiers de la Ville.

10h00 - Zampino connaît Tony Accurso depuis une trentaine d'années; depuis les années 80.

9h59 - Me LeBel demande si le témoin a exposé au maire ses liens d'amitié avec Rosaire Sauriol. «Non, je n'avais pas à le faire.»

9h55 - Procureure demande au témoin s'il est capable de différencier lien d'amitié et lien professionnel. Zampino répond par l'affirmative. «On rencontre beaucoup de monde, on finit par tisser des liens et il y a des amis avec qui on finit par faire des sorties.» «Même si j'ai tissé des liens, pour moi j'ai toujours été capable de faire la distinction claire entre mes liens d'amitié et mes responsabilités d'élu.»

9h54 - Zampino admet aussi être ami avec Tony Accurso.

9h51 - Zampino n'est pas en mesure de certifier qu'il n'a pas parlé des grands enjeux de Montréal avec Sauriol. Il admet ensuite l'avoir «guidé» dans certains dossiers «d'autres arrondissements» que le sien.

9h50 - Au fil des ans, plusieurs rencontres avec Sauriol, qui est devenu son bon ami au début des années 2000. Des repas, des sorties en couple.

9h46 - Zampino ne se souvient pas s'il a avisé Gérald Tremblay de l'implication de Sauriol dans le processus d'embauche du DG Claude Léger.

9h39 - On revient brièvement sur la copie du discours du maire envoyé à Rosaire Sauriol.

9h38 - Début des audiences pour la journée. Frank Zampino est assermenté.

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