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La retraite est loin d'être rose pour plusieurs aînés

Benoît Chevalier

La retraite est loin d'être rose pour plusieurs aînés du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Louiselle Lavoie fait partie des deux millions de Québécois qui n'ont pas accès à un régime d'épargne-retraite. Âgée de 64 ans, elle vit avec un revenu de moins de 10 000$ par année.

Chaque semaine, elle fait son épicerie avec un budget de 50$. De ce montant elle ne dépense généralement pas plus de 35$. Ce qu'elle économise est réservé aux imprévus. Son panier ne contient donc que l'essentiel, donc rarement des fruits et légumes frais.

«S'il me reste des sous, les oranges sont en réclame. S'il me reste de l'argent, ça va être ça», nous dit-elle alors que nous l'accompagnons à l'épicerie.

Bien au fait de sa situation, elle marche tout de même la tête haute.

«Je le sais que je suis démuni, mais face aux autres, il ne faut pas que ça paraisse.»

Son panier laisserait certainement plusieurs personnes sur leur faim : du pain, du lait, des œufs... Elle y ajoutera aussi un paquet de viande en fondu à rabais et quelques condiments.
Tous les mois, elle parvient à économiser un peu plus d'une vingtaine de dollars. Elle utilise généralement une partie de cette somme pour ce qu'elle qualifie d'un luxe : une boîte de teinture à cheveux qu'elle se procure en pharmacie.

Plus difficile pour les femmes

Chez les femmes de 65 ans et plus vivant seules, huit personnes sur 10 disposent de moins de 13 500$ par année.

Ce constat découle en partie du fait qu'à une époque où les hommes étaient majoritairement sur le marché du travail, plusieurs femmes n'ont pas eu l'occasion de contribuer à des fonds de pension.

«Lorsque c'est jumelé avec la perte d'un conjoint, on tombe en situation d'extrême pauvreté», a indiqué le porte-parole de la FADOQ du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Patrice Saint-Pierre.

Et la situation est encore plus problématique au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les 55 ans et plus gagnent 3000$ en moins annuellement par rapport à la moyenne provinciale. Les emplois qu'ils occupaient offraient peu de possibilités de cotiser à des caisses de retraite privées, selon la FADOQ.

Avec des revenus aussi bas, il devient capital de se faire un budget. Le Service budgétaire Maria-Chapdeleine est venu en aide à plusieurs aînés au cours des dernières années. La plupart d'entre eux disposaient d'un revenu annuel de moins de 15 000$:

«Je vous dirais même que depuis quelques années il y en a beaucoup qu'on est obligé d'accompagner vers la faillite pour les libérer de leur dette», a affirmé la conseillère budgétaire Francine Lalancette.

Méconnaissance des programmes

Pour la FADOQ de la région, certaines dispositions gouvernementales accentuent les problèmes de pauvreté. «Ce qui est inadmissible, c'est qu'il y a actuellement des programmes gouvernementaux qui sont accessibles et dont les citoyens sont privés par une méconnaissance des mécanismes», a déploré Patrice Saint-Pierre de la FADOQ.

C'est notamment le cas du Supplément de revenu garanti. Quarante mille Québécois éligibles âgés de 65 ans et plus ne le reçoivent pas. La FADOQ souhaiterait qu'ils soient automatiquement inscrits.

«Il faut rappeler que les 65 ans et plus, il y en a qui sont en perte d'autonomie, qui ont des troubles cognitifs, qui sont analphabètes, qui ont la maladie d'Alzheimer, qui ne sont pas en mesure de faire cette demande-là», a ajouté M. Saint-Pierre.

En attendant l'an prochain

Pour ce qui est de Mme Lavoie, elle sera en mesure de réduire ses privations dès l'an prochain.
À l'âge de 65 ans, son revenu proviendra principalement de la Pension de vieillesse plutôt que de l'aide sociale. Elle vivra donc avec un peu plus de 12 000$ par année, une fortune pour la grand-mère de cinq enfants.

Elle envisage d'ailleurs de leur faire profiter pleinement d'une telle augmentation.