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Maison Tangente, la maison de la dernière chance

Auberges du cœur

Complètement dépourvus, des jeunes adultes trouvent refuge dans les Auberges du cœur du Québec. Le temps de quelques mois, ils y élisent domicile dans le seul but de s'en sortir.

Disputes familiales, dépendances, décrochage scolaire, pauvreté extrême: ces auberges miracles sont un havre de paix pour ces jeunes en quête de sens.

Il y a deux ans, plus rien n'allait pour Rose. Fraîchement sortie d'un centre de jeunesse de Québec, celle qui rêvait d'aventure et de liberté a heurté plusieurs obstacles. La dure réalité de la vie l'a alors frappée de plein fouet.

«J'étais dans la consommation et démunie, je ne savais pas où je m'en allais, a expliqué la femme de 21 ans, les poings serrés. J'ai réalisé que mes options étaient soit la rue, soit la prison ou soit la mort.»

Rose a frappé à la porte de la Maison Tangente du quartier Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal. Rencontres individuelles, lit et nourriture fournis, écoute attentive: Rose a trouvé un abri temporaire et des gens dédiés à la remettre sur le droit chemin.

«Atmosphère de chez soi»

Depuis 1983, la Maison Tangente du Regroupement des Auberges du cœur du Québec accueille des jeunes de 18 à 25 ans en difficulté ou en situation d'itinérance pour les amener vers l'autonomie et la responsabilisation.

Vu de l'extérieur, la bâtisse de trois étages ressemble à n'importe quel autre édifice à logements en ville. Toutefois, à l'intérieur, l'ambiance est survoltée. Les va-et-vient sont constants et les chambres à coucher se succèdent le long d'un long couloir. Une «atmosphère de chez soi quoi!», lance la dynamique Johanne Cooper, directrice générale de la Maison Tangente depuis plus de 20 ans.

«On fournit tout ici: les condoms, les rasoirs, la nourriture, etc. On leur laisse le temps de respirer et d'atterrir. Certains arrivent de la rue directement», dit Johanne Cooper.

Aujourd'hui, Rose est à l'école pour adultes et est en voie d'obtenir son diplôme d'études secondaires. «J'avais un rêve depuis toute petite : partir en Colombie-Britannique pour cueillir des cerises. J'avais un but précis en arrivant et on m'a aidé à faire un itinéraire, à concrétiser mon rêve, dit-elle, tout sourire. Je suis revenue et tout s'est enligné.»

Décrochage scolaire

La Maison Tangente offre 14 places en séjour, d'une durée maximale d'un an. La moitié des résidents sont âgés de 18 à 20 ans et 80% d'entre eux sont des hommes. Le décrochage scolaire demeure la raison principale de leur arrivée, 23% d'entre eux ayant quitté les bancs de l'école après le secondaire 2.

«Un gars qui était habitué d'être autonome, tout seul en appartement avec sa blonde, risque de trouver la vie très dure ici. On leur demande toujours quels sont leurs objectifs et leurs vrais besoins pour qu'ils n'aient pas l'impression de retourner vivre chez leur mère.»

En 20 ans, Johanne Cooper a vu défiler sous ses yeux des centaines de jeunes. «Quand j'ai commencé, je te jure, j'étais bonne pour faire un burn-out», lâche à la blague la maman de la maison.

Si les raisons des jeunes qui viennent habiter sous son toit diffèrent toujours, le constat, par contre, demeure le même. «Le plus difficile, c'est de voir le potentiel de ces jeunes et se dire : "Calisse, quand est-ce qu'ils vont se décider de faire de quoi?"»

Des règles strictes

Les maisons des Auberges du cœur ne sont pas des aires de détente, prévient d'entrée de jeu la directrice générale de la Maison Tangente, Johanne Cooper.

En effet, la vie n'est pas des plus luxueuses. Les garçons doivent partager leur chambre à trois personnes et les filles, à deux.

Des règles de conduite et de fonctionnement doivent également être suivies à la lettre si un jeune espère obtenir l'aide des intervenants. En plus d'un couvre-feu quotidien, une attention spéciale est accordée à la planification budgétaire. Chaque résident (qui possède un emploi) doit payer une pension mensuelle, respecter un budget hebdomadaire et épargner jusqu'à 80 % de son gagne-pain. Cet encadrement strict est un mal nécessaire, soutient Johanne Cooper.

Steve Hervieux, un résident actuel de la Maison Tangente, a toujours eu de la difficulté à gérer ses entrées d'argent. Il a d'ailleurs été renvoyé d'une Auberge du cœur parce qu'il n'a pas remis sa paie mensuelle. «Je savais ce que je faisais, je l'ai fait de plein gré», admet-il. Steve, qui entame son deuxième mois de séjour à la Maison Tangente, convient que les règles sont plus strictes, mais «tu es plus encadré et moins traité comme un enfant».

Il compte suivre les directives des intervenants pour «sortir» une fois pour toutes des auberges. «Je vais clencher mes affaires, finir mes études et faire un diplôme d'études professionnelles.»

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