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Roberge admet avoir participé à la collusion

Commission Charbonneau

Après s'être longuement attardée à la Ville de Montréal, la commission Charbonneau a commencé son examen du cas Laval, cet après-midi, en entendant le premier témoin de ce «nouveau chapitre» de l'enquête publique.

Jean Roberge, directeur général adjoint de la Ville de Laval actuellement suspendu de ses fonctions, est venu raconter comment il a pris connaissance du système de collusion auquel il a d'ailleurs admis avoir pris part.

«J'y ai moi-même participé», a-t-il lancé lorsque le procureur, Me Paul Crépeau, lui a demandé s'il avait eu connaissance d'un tel stratagème chez les professionnels.

C'est en 2002 ou 2003, selon les souvenirs du témoin, qu'il dit avoir rencontré le chef de cabinet de Gilles Vaillancourt, Jean-Marc Melançon. Alors à l'emploi de la firme de génie-conseil Équation Groupe Conseil, Jean Roberge souhaitait que sa compagnie obtienne davantage de contrats de la Ville.

«Je lui ai fait part de cette situation et lui ai demandé ce que je pouvais faire pour améliorer l'ampleur des mandats», a raconté le témoin. Melançon lui aurait alors fait comprendre que «si vous êtes bon avec le politique, le politique va être bon avec vous», avant de lui conseiller de faire une «visite de courtoisie» au maire Gilles Vaillancourt.

Cette rencontre aurait finalement eu lieu fin 2003 au bureau du maire à l'hôtel de ville.

«Ça a été un échange cordial, on a parlé de tout et de rien», a expliqué Roberge, ajoutant qu'il n'a fait aucune demande particulière au maire et que ce dernier ne lui a pas parlé de contrat.

(TVA Nouvelles)

«Ce projet-là est à toi»

Jean Roberge a par la suite longuement raconté le processus par lequel il apprenait que sa compagnie avait remporté un contrat truqué.

La firme de génie-conseil recevait d'abord et avant tout une invitation à participer à l'appel d'offres alors que seulement deux compagnies étaient invitées par contrat.

Claude Deguise, directeur de l'ingénierie, appelait ensuite la firme gagnante pour convoquer son représentant à une rencontre. «Ce projet-là est à toi», disait alors Deguise précisant à la firme qu'elle devait communiquer avec sa concurrente pour «s'arranger» avec elle.

Questionné à savoir si le directeur disait quel montant devait apparaître sur la soumission gagnante, le témoin a répondu par la négative, ajoutant qu'il donnait toutefois le montant estimé par la Ville pour donner une idée du montant en question.

«Comment vous faisiez pour perdre?», lui a alors demandé le commissaire Renaud Lachance. «Il y avait moins d'effort sur la qualité et le prix était plus élevé que celui qui devait l'emporter», lui a répondu Roberge.

En guise d'exemple, la Commission a examiné un contrat de 2004 qualifié de truqué par le témoin. Équation Groupe Conseil remportait alors un contrat contre Génivar.

Lorsqu'on lui a demandé comment son contact chez Génivar, François Perreault, avait réagi à l'appel pour conclure une entente, Jean Roberge a tout simplement dit qu'il ne semblait pas surpris.

De 2002 à 2007, la firme de Roberge a ainsi remporté une quinzaine de mandats sur invitation alors qu'elle avait soumissionné sur une vingtaine.

Financement politique

Jean Roberge a aussi admis que sa firme de génie-conseil a contribué à deux reprises en argent comptant à la caisse du PRO des Lavallois, le parti du maire Vaillancourt, en plus de participer à des événements comme des tournois de golf.

«On n'était pas un bureau très actif politiquement, mais c'est sûr que si tu t'en tiens trop loin, il y a un prix à payer et c'est de ne plus avoir de contrats», a raconté Roberge.

C'est après s'être vu octroyer «quelques contrats» qu'Équation Groupe Conseil a décidé de verser une première somme de 10 000 dollars en argent comptant au PRO; argent généré par une falsification de comptes de dépenses.

Cette somme aurait été remise personnellement par Jean Roberge au notaire Jean Gauthier, arrêté lors de la frappe de l'UPAC la semaine dernière. Le mystère persiste toutefois quant à la façon dont le notaire a été identifié comme intermédiaire du parti.

«Les bruits de corridors étaient persistants à cet effet. Ce n'était pas une instruction. Je suis allé à la pêche un peu», a confié le témoin.

La méthode utilisée pour en arriver à une somme de 10 000 dollars demeure tout aussi obscure.

«Comment avez-vous fait pour établir la somme de 10 000 dollars?», a demandé Me Crépeau. «Sur l'ensemble de ce qu'on avait eu comme contrat. On n'a pas établi de pourcentage, c'est une somme qui nous semblait correcte... [...] Le bruit de fond qu'on entendait, c'était 2 ou 3% de la valeur des contrats, mais on ne nous a jamais dit ça clairement.»

Même s'il n'a jamais contribué personnellement au parti puisqu'il n'était pas résidant de Laval, Jean Roberge a reconnu avoir demandé à une associée de la firme de servir de prête-nom alors que ces dons lui ont été remboursés par son compte de dépenses.

«Nouveau chapitre»

Lors de son discours d'introduction, Me Crépeau a parlé d'un «nouveau chapitre» s'ouvrant pour la commission. Le procureur a expliqué qu'il sera question d'un «système de ristourne en argent comptant chez les entrepreneurs en construction et les firmes de génie-conseil».

On devrait voir défiler à la barre des témoins, au cours des prochaines semaines, des élus, des gens d'affaires, des fonctionnaires et des professionnels.

Jean Roberge poursuivra son témoignage demain matin.

MISES À JOUR

16h32 - Les audiences sont suspendues jusqu'à demain matin.

16h31 - «Comment avez-vous fait pour établir la somme de 10 000$ ?», demande le procureur. «Sur l'ensemble de ce qu'on avait eu comme contrat. On n'a pas établi de pourcentage, c'est une somme qui nous semblait correcte... Est-ce que ça représentait 1, 2, 3%? Sans doute quelque chose comme ça. Mais quand même pas 10%, c'est impossible.»

16h25 - Rencontre d'une dizaine de minutes avec le notaire. On jase de tout et de rien. On ne dit pas pour quel contrat on remet de l'argent. «Vous ne décidez pas spontanément de donner de l'argent là...», dit France Charbonneau. «Oui.»

16h23 - Après «quelques contrats», Roberge dit avoir versé 10 000$ en argent comptant au notaire Jean Gauthier pour le PRO. Argent généré par comptes de dépenses. «Les bruits de corridors sont persistants à cet effet. Ce n'est pas une instruction. Je suis allé à la pêche un peu.»

16h22 - Une associée de la firme a contribué à hauteur de 1000$ pour le PRO à la demande de Roberge. Remboursée via le compte de dépenses.

16h19 - Roberge n'a jamais contribué personnellement au PRO, il n'était pas résidant. «On n'était pas un bureau très très actif politiquement. Mais c'est sûr que si tu t'en tiens trop loin, il y a un prix à payer et c'est de ne plus avoir de contrats.»

16h17 - La firme de Roberge a contribué deux fois en argent comptant à la caisse du PRO, en plus de participation à des événements comme des tournois de golf. «Le bruit de fond qu'on entendait, c'était 2 ou 3% de la valeur des contrats, mais on ne nous a jamais dit ça clairement.»

16h15 - Roberge dit que le marché de Laval est ouvert depuis 2010. Notamment grâce à l'escouade Marteau et à des mesures internes.

16h10 - Chez Génivar, Roberge parlait avec François Perreault. Dit que ce dernier ne semblait pas surpris au téléphone.

16h05 - La Commission examine un dossier de 2004 pour lequel Équation Groupe Conseil a obtenu un contrat contre Génivar. Témoin confirme que c'est un contrat truqué.

15h55 - Deguise ne disait pas quel montant devait être sur la soumission, mais pouvait donner l'estimation faite par la Ville.

15h52 - «Comment vous faisiez pour perdre?», demande Renaud Lachance. «Il y avait moins d'effort sur la qualité et le prix était plus élevé que celui qui devait l'emporter.»

15h49 - Les rencontres avec Deguise étaient brèves. Roberge devait appeler l'autre firme pour «s'arranger avec».

15h48 - De 2002 à 2007, une quinzaine de mandats sur invitation gagnés par Équation Groupe Conseil. Sur une vingtaine environ.

15h42 - Après l'invitation à soumissionner, appel de Claude Deguise qui l'invite à une rencontre. «Ce projet-là est à toi», lui dit Deguise au moment de la rencontre.

15h35 - Reprise des audiences.

15h14 - PAUSE

15h08 - Melançon lui conseille de faire une «visite de courtoisie au maire». Elle a eu lieu vers fin 2003 au bureau de Vaillancourt à l'hôtel de ville. «Ça a été un échange cordial, on a parlé de tout et de rien.» Roberge dit ne pas avoir fait de demande spécifique et le maire ne lui parle pas de contrat non plus.

15h04 - Roberge dit avoir rencontré Jean-Marc Melançon, à ce moment chef de cabinet du maire, pour «améliorer [son] sort» en 2002 ou 2003. Voulait que sa firme ait plus de contrats. «Je lui fais part de cette situation et lui demande ce que je peux faire pour améliorer l'ampleur des mandats.» Melançon lui aurait fait comprendre que: «si vous êtes bon avec le politique, le politique va être bon avec vous».

14h55 - Roberge dit qu'il y a eu un système de collusion des professionnels entre 2002 et 2007. «J'y ai moi-même participé.»

14h53 - Procureur demande dans quel état est le service de l'ingénierie à son arrivée. Il parle d'un «régime de terreur». Selon lui, peu de place pour l'imagination et le développement de nouveaux processus. «Presque l'ensemble des activités était confié au privé.»

14h48 - En février 2009, Roberge quitte son poste d'assistant au directeur de l'ingénierie. Il devient adjoint au directeur général jusqu'au début de l'année 2011. Il devient ensuite directeur général adjoint. Il a appris sa suspension le 2 mai dernier.

14h44 - Il y a finalement des entrevues pour remplacer Deguise. Le maire Vaillancourt participe au comité de sélection. Selon Roberge, le fait que le maire ne le connaissait pas lui a nui.

14h41 - Le 28 avril 2008, Roberge devient employé de la Ville, mais comme assistant au directeur du service de l'ingénierie. Roberge sentait qu'il y avait «urgence» de remplacer le directeur, Claude Deguise. «Il n'y avait aucune affinité entre les deux hommes [Turbide et Deguise].»

14h38 - Fin été 2007, Roberge reçoit un appel de Gaétan Turbide pour lui offrir un poste comme directeur du service de l'ingénierie. «Je n'y croyais pas vraiment. Je n'ai qu'un diplôme de technicien en génie civil.»

14h14 - Jean Roberge est assermenté. On trace un portrait personnel et professionnel du témoin. Roberge a notamment travaillé pour une firme de génie-conseil: Plante et associés. La firme a eu des contacts avec la Ville de Laval.

14h11 - Me Paul Crépeau fait une déclaration d'ouverture. Le procureur fait référence à un «nouveau chapitre» qui s'ouvre aujourd'hui à la commission. Il sera question d'un «système de ristourne en argent comptant chez les entrepreneurs en construction et les firmes de génie-conseil». Le procureur dit aussi que des élus, des gens d'affaires, des fonctionnaires et des professionnels viendront témoigner.

14h05 - Début des audiences pour la journée. Le DPCP présente une requête.

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