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Vaillancourt était le «boss»

Commission Charbonneau

Rarement a-t-on vu jusqu'à maintenant un témoin pouvant en dire autant sur la collusion devant la commission Charbonneau. Jean Roberge a connu ce système autant comme participant que comme gestionnaire et c'est toute cette expérience qu'il a dévoilé au cours des deux derniers jours.

Le témoin a ainsi raconté avoir hérité des responsabilités de Claude Deguise au sein du système de collusion lors de son embauche à la Ville de Laval, en avril 2008.

C'est donc lui qui choisissait la firme de génie-conseil qui allait remporter le contrat et qui s'occupait de communiquer avec elle.

«Quand vous arrivez là, est-ce quelqu'un vous explique comment faire le travail de collusion?», a-t-on demandé au directeur général adjoint actuellement suspendu de ses fonctions. «Pas du tout. Pour y avoir participé, ce n'était pas extrêmement compliqué à comprendre», a-t-il répondu.

Jean Roberge a raconté que, même si on ne lui avait donné aucun critère pour choisir les firmes gagnantes, il a parfois reçu des pressions pour choisir une compagnie en particulier.

«Il est arrivé à quelques occasions que le représentant d'une firme se présentait pour réclamer un contrat en disant que c'était arrangé avec le boss. C'était qui le boss? Le maire Gilles Vaillancourt», a lâché le témoin.

Par ailleurs, Roberge a identifié Roger Desbois, ingénieur pour Tecsult, comme étant le «principal opérateur» du système de collusion chez les entrepreneurs. Le témoin a admis avoir remis à Desbois, ainsi qu'à l'entrepreneur René Mergl, des listes pour faciliter le partage des contrats.

«Pourquoi vous faisiez ça?», a alors demandé la présidente France Charbonneau. «Je me sentais tout à fait seul. Fallait voir la puissance et l'emprise dégagées par Gilles Vaillancourt. Il y a des gens qui ont mis 20 ans à dénoncer. Je ne crois pas que moi seul j'aurais levé la main et que les gens seraient accourus», a-t-il expliqué en guise de réponse.

La fin de la récréation

Jean Roberge a aussi affirmé avoir pris plusieurs mesures pour rétablir l'ordre dans l'octroi des contrats. Il a entre autres expliqué avoir annulé une centaine de contrats en 2008 et 2009, notamment en raison d'un «dépassement important de l'estimation».

Loin de s'arrêter là, le directeur général adjoint a raconté avoir sollicité une rencontre avec Gilles Vaillancourt, à l'extérieur de l'hôtel de ville, au printemps 2010. «Je ne voulais pas être sur son territoire», a-t-il dit.

Les deux hommes se seraient donc rencontrés au Carrefour Laval et c'est à ce moment que le fonctionnaire aurait dit au maire que «c'était terminé», qu'il n'acceptait plus de participer au système. Le premier magistrat aurait alors évoqué la possibilité de trouver un remplaçant à Roberge, mais ce dernier aurait dit qu'il n'en était «pas question» et que plus personne à l'interne n'accepterait de collaborer à pareille machination.

Malgré tout, Jean Roberge a reconnu avoir été «acheté», en 2009, après avoir reçu de Roger Desbois une somme de 20 000 dollars en argent comptant.

C'est que, lors de son arrivée à la Ville, Roberge a été nommé assistant au directeur de l'ingénierie alors qu'il assumait du même coup les fonctions de directeur sans être rémunéré en conséquence. Gaétan Turbide lui aurait alors promis que le manque à gagner salarial de 20 000 dollars serait éventuellement comblé.

Plus d'un an plus tard, alors que Turbide n'était plus à la Ville, Gilles Vaillancourt aurait validé l'entente avec Roberge et lui aurait dit: «Roger Desbois va te voir.» Le témoin a accepté l'argent et a affirmé qu'à l'époque il voyait cette somme comme le respect de l'entente. Il admet toutefois avec le recul avoir été acheté.

Argent au PRO des Lavallois

Plus tôt, le procureur Me Paul Crépeau avait repris où il avait laissé mercredi alors que le témoin avait confié avoir versé un premier montant de 10 000 dollars au PRO des Lavallois, le parti du maire Gilles Vaillancourt.

N'ayant pas eu de réponse satisfaisante hier, la Commission a de nouveau tenté de savoir comment la firme de génie-conseil de Roberge, Équation Groupe Conseil, s'y était pris pour établir la somme à verser.

«Il n'y a pas eu de calcul. C'est basé sur l'historique de ce qu'on avait eu. [...] On est allé d'instinct. On pensait que c'était un montant approprié et il devait l'être parce qu'on n'a eu aucun commentaire et les contrats ont continué.»

Le témoin a raconté avoir fait un «deuxième et dernier» versement en argent comptant, mais cette fois de «6000 à 8000 dollars».

«N'ayant pas eu de commentaires la première fois, on a évalué et on a tenté notre chance avec un montant moindre», a-t-il expliqué pour justifier la somme remise. Une fois de plus, l'enveloppe aurait été remise au notaire Jean Gauthier.

Des milliers de dollars en cadeaux

Jean Roberge a aussi admis avoir offert des milliers de dollars en cadeaux à des fonctionnaires lavallois alors qu'il œuvrait auprès de sa firme de génie-conseil. Il a notamment fait état de bouteilles de vin et de cartes-cadeaux d'une valeur «de 50 à 100 dollars».

Le témoin a toutefois offert à deux reprises des cartes-cadeaux d'une valeur totale de «3000 ou 4000 dollars» à Claude Deguise, alors directeur de l'ingénierie.

«Il était bien évident pour nous qu'il était le principal intervenant dans les dossiers. On pensait qu'il avait un mot à dire et qu'il pouvait intervenir dans le choix des gagnants», a-t-il expliqué pour justifier ces cadeaux.

Questionné à savoir s'il avait offert d'autres types de faveurs, Jean Roberge a raconté documents à l'appui avoir été approché par Claude Deguise en 2004 pour savoir si Équation Groupe Conseil pouvait faire une fondation hydrofuge pour la résidence personnelle du DG Claude Asselin.

La firme a finalement fait une proposition de 700 dollars alors que la valeur était estimée à un peu plus de 1000 dollars. Pourquoi avoir fait un meilleur prix?

«Il faut comprendre que c'était le DG à l'époque. C'était un donneur d'ouvrage intéressant pour l'entreprise», a répondu Jean Roberge.

Équation Groupe Conseil n'a jamais été payée pour le travail exécuté et n'a pas entrepris de démarche en ce sens pour éviter de se mettre à dos l'administration de la Ville, a raconté le témoin.

MISES À JOUR

16h39 - Fin du contre-interrogatoire par Me Houle. Les audiences sont suspendues jusqu'au mardi 21 mai. La Commission refuse de dire qui sera le prochain témoin pour des raisons de sécurité.

16h15 - Contre-interrogatoire par Me Denis Houle, de l'ACRGTQ.

16h10 - Fin du contre-interrogatoire par Me Rochefort.

15h40 - Fin de l'interrogatoire en chef. Me Daniel Rochefort, de l'ACQ, entame un contre-interrogatoire.

15h39 - Reprise. Me Crépeau revient pour une précision.

15h06 - Fin de l'interrogatoire en chef. PAUSE.

15h00 - Me Crépeau pose quelques questions soumises par l'Ordre des ingénieurs.

14h55 - Me Crépeau revient sur la suspension de Roberge. Lors de la rencontre avec Turbide et Roberge, le maire Duplessis s'est présenté avec 3 des 4 membres du comité exécutif. Les cellulaires sont restés hors de la pièce.

14h40 - Roberge fait quelques recommandations à la commission.

14h22 - Me Crépeau veut revenir sur certains détails.

14h04 - Reprise des audiences. On analyse certains points techniques.

12h23 - PAUSE DU DÎNER

12h15 - Roberge dit avoir reçu une quarantaine de bouteilles de vin à Noël 2008. Presque pas en 2009. Quelques lunchs offerts.

12h12 - Asselin se serait plaint au maire que Roberge ne faisait pas avancer le dossier assez rapidement. Le maire est par la suite venu s'informer auprès de Roberge pour savoir comment avançait le dossier.

12h08 - On parle du projet Comodore qui prévoit la construction de 2 tours d'habitation, boulevard Lévesque. C'est toujours Claude Asselin qui représentait le promoteur auprès de la Ville.

12h06 - Après 2010, reste les promoteurs en développement résidentiel qui défilent à l'hôtel de ville.

12h04 - Témoin dit ne pas avoir été victime de représailles après avoir annoncé au maire la fin du système.

12h01 - Roberge dit qu'à l'époque il voyait le 20 000$ comme un respect de l'entente. Admet maintenant qu'il a été «acheté».

11h49 - Tard en 2009, lors d'une rencontre avec le maire, ce dernier lui dit «Roger Desbois va te voir» au sujet de l'engagement pris lors de l'embauche puisque Roberge cumulait deux tâches. Il y avait un manque à gagner de 20 000$. Desbois lui a finalement remis 20 000$ en argent comptant.

11h43 - Printemps 2010, sollicite rencontre avec le maire. «Je ne voulais pas être sur son territoire.» Rencontre au Carrefour Laval. «Je lui ai indiqué que c'était terminé.» Même si le maire trouve un remplaçant, Roberge «a confiance» que personne de l'interne ne donnera de l'information. «Les portes étaient fermées.» L'emprise du maire diminuait en raison de Marteau et des médias.

11h42 - Roberge dit qu'en 2008, il n'avait pas peur de se faire prendre. Plus à partir de 2009.

11h35 - Reprise des audiences. Aussi des listes remisent à René Mergl. «Pourquoi vous faisiez ça?», demande la présidente. «Je me sens tout à fait seul. Faut voir la puissance et l'emprise dégagées par Gilles Vaillancourt. Il y a des gens qui ont mis 20 ans à dénoncer. Je ne crois pas que moi seul j'aurais levé la main et que les gens seraient accourus.»

11h02 - PAUSE

10h57 - Roberge dit avoir fait annuler une centaine de contrats à différentes étapes en 2008 et 2009 notamment en raison d'«un dépassement important de l'estimation».

10h53 - Roberge en a compris qu'il y avait un partage des contrats et une possible ristourne en argent.

10h47 - Roger Desbois, ingénieur chez Tecsult, est le «principal opérateur» du système de collusion chez les entrepreneurs. C'est Turbide qui lui apprend cela. Roberge rencontre Desbois. Tout ce que Desbois veut, c'est une liste à jour des entrepreneurs qui se procuraient les documents d'appel d'offres.

10h46 - Roberge dit qu'il se contente de choisir la firme gagnante en s'assurant que le budget est respecté.

10h39 - On n'a donné aucun critère à Roberge pour choisir la firme gagnante.

10h26 - «Il est arrivé à quelques occasions que le représentant d'une firme se présentait pour réclamer un contrat en disant que c'était arrangé avec le boss. C'était qui le boss? Le maire Gilles Vaillancourt.»

10h21 - Roberge dit qu'il a informé des firmes gagnantes comme le faisait Deguise.

10h19 - «Quand vous arrivez là, est-ce que quelqu'un vous explique comment faire le travail de collusion?» «Pas du tout. Pour y avoir participé, ce n'était pas extrêmement compliqué à comprendre.» Dit qu'il avait l'intention de «corriger la situation».

10h14 - On aborde l'arrivée de Roberge comme assistant au directeur de l'ingénierie le 28 avril 2008. Rappelle que le service traversait une mauvaise période. Deguise était imprévisible, voire «bipolaire».

10h11 - Selon Roberge, Deguise serait le seul fonctionnaire impliqué dans le système.

10h08 - La firme n'a finalement jamais été payée pour la fondation. Témoin ignore pourquoi. Ajoute qu'aucune démarche n'a été faite pour récupérer l'argent. Est-ce que le fait qu'Asselin est DG contribue à cette décision? «Définitivement.»

10h03 - Autres faveurs? Claude Deguise demande en 2004 si la firme peut faire une fondation hydrofuge pour la résidence personnelle de Claude Asselin. Équation Groupe Conseil fait une proposition pour 700$ alors que la valeur est peut-être de 1000$. Pourquoi lui faire un meilleur prix? «Faut comprendre que c'est le DG à l'époque. C'est un donneur d'ouvrage intéressant pour l'entreprise.»

9h57 - Roberge confirme cadeaux de Noël à des fonctionnaires de Laval. Bouteilles de vin, cartes-cadeaux, jamais d'argent comptant. Valeur de 50 à 100$. À deux reprises, des cartes-cadeaux pour des valeurs de 3000 ou 4000$ à Claude Deguise. «Il est bien évident pour nous qu'il est le principal intervenant dans les dossiers. On pense qu'il a un mot à dire et qu'il peut intervenir dans le choix des gagnants.» Aucune réaction de Deguise. Ni merci, ni retour.

9h56 - Un deuxième don au PRO «de moindre importance, entre 6000 et 8000$». «N'ayant pas eu de commentaire la première fois, on a évalué et on a tenté notre chance avec un montant un peu moindre.» Il procède de la même façon pour la remise de l'argent. «Identique. Copié, collé.»

9h55 - Lors de la rencontre chez le notaire, Roberge met l'enveloppe dans une chemise et ça se termine là.

9h52 - À la connaissance du témoin, aucune rencontre entre les participants du système.

9h50 - Autres firmes qui ont participé? Dessau, Groupe FMA.

9h45 - On fait le tour des firmes de génie impliquées à Laval. Procureur veut connaître le nom des contacts pour la collusion. MLC Associés: Claude Chagnon. Consultants Jobin Courtemanche: Guy Jobin. Génivar: François Perreault et Yannick Bouchard ensuite. Tecsult: Roger Desbois. CIMA+: Laval Gagnon, Louis Farley, Yves Théberge. Papko et Associés Consultants: le témoin n'est plus sûr du nom.

9h42 - Est-ce qu'il y a certains types de contrats qui n'étaient pas soumis au système? «En terme de mandat d'ingénierie, ça doit être tout près de 100%. Entre 90 et 100%, sûrement.»

9h36 - Procureur cherche encore à comprendre la méthode de calcul pour le versement d'un montant au PRO. «Il n'y a pas eu de calcul. C'est basé sur l'historique de ce qu'on avait eu. [...] On est allé d'instinct. On pensait que c'était un montant approprié et il devait l'être parce qu'on n'a eu aucun commentaire et les contrats ont continué.»

9h35 - Début des audiences pour la journée. Jean Roberge est assermenté.

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