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Les pathologistes se préparaient depuis longtemps

Exclusif - Identification des victimes de Lac-Mégantic

TVA Nouvelles

Le laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale qui a eu la lourde tâche d'identifier les victimes de la tragédie de Lac-Mégantic a ouvert ses portes hier à TVA Nouvelles pour démystifier le travail qui y est accompli.

Aujourd'hui, nous découvrons que ces experts ont trouvé chez les familles des victimes la force et la motivation d'accomplir ce travail colossal.

«On sentait qu'on était là pour les familles», comme l'affirme le Dr Caroline Tanguay, pathologiste judiciaire au laboratoire.

Laboratoire (capture d'écran, TVA Nouvelles)

Le Dr Tanguay et trois de ses collègues ont fait partie de l'équipe de première ligne qui s'est retrouvée dans la zone sinistrée, aussi appelée la zone rouge à faire de recherches pour retrouver les corps. Pendant 17 jours, ils ont retourné la terre et les débris afin de collecter précieusement tout élément qui permettrait éventuellement d'identifier une victime.

Cette partie du travail était émotive et très particulière. «Tant qu'on est sur le site, on sent... On est dedans! Puis on sent qu'on a une espèce de force, puis une espèce d'énergie qui nous est probablement transmise par ces familles-là», ajoute le Dr Tanguay.

Parfois, elle et ses collègues se rendaient à l'église Sainte-Agnès au centre-ville de Lac-Mégantic, à quelques mètres de la zone rouge pour se recueillir. C'est là qu'ils trouvaient le mémorial comptant de nombreuses photos des victimes et des lettres qui leur étaient adressées.

Recherches effectuées par les pathologistes dans la zone rouge (Photo, courtoisie)

«Là, on pouvait mettre un visage sur les corps qu'on avait récupérés et là, toute cette ampleur-là, toute cette tragédie-là prenait un côté humain.»

Mais surtout, le Dr Tanguay a pu rencontrer les familles des victimes avant de quitter la zone pour retourner travailler en laboratoire et elle décrit ce moment comme l'un des plus émouvants et importants de son expérience.

«On avait enfin le visage de pour qui on le faisait. Leur crainte était que, peut-être, on ne leur remettrait pas de corps.»

Retour en laboratoire

Tout ce qui a été amassé pendant cette première sélection a ensuite été transféré dans les locaux du laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale qui se trouvent au 12e et 13e étage de l'édifice abritant la Sureté du Québec à Montréal.

À cet endroit, c'est une équipe de 15 personnes qui ont travaillé d'arrache-pied, 14 heures par jour en pathologie afin de rendre un nom à chacun des corps analysés.

«Déjà, on était orientés à savoir comment on allait pouvoir éventuellement l'identifier, peut-être par ADN, peut-être avec des dents», l'explique le Dr André Bourgault, pathologiste judiciaire qui supervisait, lui, ce travail en laboratoire.

Sur les 42 victimes confirmées et les 5 personnes disparues, 39 ont pu être identifiées grâce à leur travail.

Le travail n'est pas complété

Et les efforts se poursuivent afin d'en identifier d'autres.

«Avec les ossements, avec l'ADN, avec l'odontologie, il n'y a rien qui nous dit qu'on n'en trouvera pas d'autre», assure par ailleurs Yves Bob Dufour, directeur du laboratoire des sciences judiciaires.

Depuis trois ans, le laboratoire de Montréal parfait son travail en achetant par exemple le matériel à la fine pointe de la technologie et en employant des pathologistes experts de renommée internationale.

Des membres de cette équipe se sont même rendus à New York l'an dernier pour rencontrer des pathologistes ayant travaillé dans les décombres de l'attentat du World Trade Center.

Dans ces conditions extrêmes, les pathologistes avaient à l'époque appris de nombreuses choses et même fait quelques erreurs qui ont permis à cette science de progresser notablement.

Équipe de recherches dans la zone rouge (Photo, courtoisie)

«On a pu bâtir sur la formation qu'on avait acquise à New York», comme l'explique le directeur de médecine légale et toxicologique, Pascal Mireault.

De l'espoir pour les familles

Dans le but de soulager les familles des victimes encore non identifiées, une anthropologue judiciaire de Toronto à l'expérience très pointue se joint maintenant à l'équipe de Montréal. Cette dame a travaillé à identifier des corps des charniers en Bosnie et à New York en 2001.

C'est le souhait de ces scientifiques qui contribuent aussi, à leur façon, à la guérison de la population de Lac-Mégantic.

Le Dr Caroline Tanguay conclue d'ailleurs: «Ce dont je vais me souvenir de Mégantic, c'est le soutien, l'entraide, la solidarité».

- d'après un reportage d'Harold Gagné

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