/news/homepage

Cocktail et prête-noms pour Fournier

Commission Charbonneau

L'ex-entrepreneur en maçonnerie Paul Sauvé a organisé un cocktail de financement pour l'ex-ministre Jean-Marc Fournier et son entreprise, L.M. Sauvé, a usé du stratagème de prête-noms à cette occasion.

C'est entre autres ce qu'est venu raconter l'ex-homme d'affaires, hier, lors de son témoignage devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction (CEIC) et dont la majeure partie reste frappée d'une ordonnance de non-publication.

L'événement serait survenu dans le cadre du projet de réfection de l'Église unie St-James, au centre-ville de Montréal, en 2003. L.M. Sauvé participait alors aux travaux et le gouvernement péquiste avait promis, avant les élections générales d'avril, des subventions de plus de 2,5 millions à l'Église.

Or, à la suite de l'arrivée au pouvoir du gouvernement Charest, le projet aurait été compromis puisque des rumeurs voulaient que Québec n'honore pas les promesses du gouvernement précédent.

Paul Sauvé s'est alors tourné vers Marc-André Blanchard, avocat de L.M. Sauvé, ami de Sauvé et président du Parti libéral du Québec (PLQ). Me Blanchard lui aurait alors conseillé de se tourner vers le cabinet de communication BCP pour tenter de se positionner.

Financement politique

L'homme d'affaires a alors suivi le conseil de son ami et est entré en contact avec Jean-Louis Dufresne, de BCP, lui demandant d'éclaircir la position du gouvernement Charest dans ce dossier. M. Dufresne aurait alors conseillé à L.M. Sauvé d'être plus actif dans les cocktails de financement et même d'organiser un tel événement pour le ministre Jean-Marc Fournier.

«Ça ne me surprend pas parce que dans les semaines suivant les élections, Bruno Fortier m'avait dit que j'étais perçu comme péquiste parce que j'avais déjà aidé André Boisclair», a raconté Paul Sauvé devant la Commission.

Le propriétaire de L.M. Sauvé a finalement participé à l'organisation d'un cocktail de financement pour Jean-Marc Fournier au Newtown, rue Crescent, en novembre 2003.

«Je ne l'ai pas organisé comme tel, mais on m'a demandé d'appeler du monde», a affirmé le 93e témoin à se présenter à la barre de la CEIC.

Selon les dires de Sauvé, une cinquantaine de personnes se sont présentées à l'événement, dont une quinzaine à son invitation. Plusieurs employés de L.M. Sauvé auraient d'ailleurs participé à l'événement, remettant un chèque que le témoin a évalué, de mémoire, à 1000$. Paul Sauvé a par la suite admis que sa compagnie a remboursé les employés en question.

«En avez-vous retiré un bénéfice?», lui a demandé le procureur, Me Paul Crépeau.

Le témoin a répondu avoir été «choqué» puisque, lors de cette soirée, le ministre lui aurait répondu qu'il bénéficiait d'une enveloppe de seulement 300 000$ pour les églises.

Dès le lendemain, Paul Sauvé a repris contact avec BCP pour la suite des choses. «Non, non, non... On organise une autre rencontre avec Jean-Marc puis, tu vas voir, ça va fonctionner. La subvention va se mettre en place», lui aurait-on alors répondu.

Dans les semaines suivantes, le dirigeant de L.M. Sauvé a été convoqué à une autre rencontre avec le ministre Fournier.

«Je suis allé à la Tour de la Bourse rencontrer le ministre et puis, tout à coup, il avait des crédits additionnels qui s'étaient dénichés puis l'engagement du gouvernement antécédent (sic) avait été repris de plus belle. Une lettre d'annonce a suivi quelque part au mois de décembre», a conclu Paul Sauvé.

Fournier nie tout privilège

En fin d'après-midi, Jean-Marc Fournier a convoqué la presse pour réagir aux propos tenus par Paul Sauvé devant la Commission.

M. Fournier a nié tout privilège pour le projet de l'Église unie St-James.

«Le gouvernement du Parti québécois avait engagé l'État dans ces projets sans se doter des crédits nécessaires pour les réaliser. Dans les mois qui ont suivi mon arrivée au ministère, nous avons travaillé à dégager les moyens financiers pour respecter la signature de l'État. La participation de M. Sauvé à un cocktail bénéfice n'a rien changé à cet égard», a-t-il affirmé.

Lors de son témoignage, Paul Sauvé s'est d'ailleurs dit incapable d'affirmer or de tout doute que ce sont ses démarches qui ont mené à l'octroi des subventions par le gouvernement.

Les propos de l'ex-entrepreneur ont aussi été démentis par l'agence de communication BCP qui a émis un communiqué de presse en début de soirée. «Il s'agit là de déclarations non factuelles et sans fondement», peut-on y lire.

BCP ajoute qu'elle a bel et bien travaillé pour L.M. Sauvé, mais seulement pour des «conseils en communication», niant toute activité de lobbying.

Incorrect or missing Brightcove Settings