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«Le placement syndical, c'est une force incroyable»

Commission Charbonneau

La Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction (CEIC) a entamé cet avant-midi le long interrogatoire d'un témoin qui devrait permettre de démontrer la puissance des syndicats.

Kenneth - communément appelé Ken - Pereira, ex-représentant syndical de la FTQ-Construction, a longuement raconté son parcours professionnel ainsi que ce qui l'a mené à s'impliquer dans la vie syndicale.

Parmi les rôles qu'il a occupés, Pereira a raconté son expérience en tant que syndic pour le local 2182 du Conseil provincial au milieu des années 2000. Il devait alors faire la vérification des allocations de dépenses des agents d'affaires du local syndical.

Une vérification qui dérange

La détermination de Pereira à vouloir faire son travail de vérificateur (qui, selon lui, n'avait jamais été accompli auparavant) a toutefois bousculé les choses. «Si je ne te connaissais pas, je te crisserais de l'autre bord de la fenêtre», lui aurait répondu le gérant d'affaires du 2182, Réjean Mondoux, alors qu'il a demandé l'accès aux livres.

«On a découvert des anormalités. Ça faisait des années qu'on savait qu'il y avait des choses qui ne fonctionnaient pas dans nos comptes de dépenses», a expliqué le 95e témoin à comparaître devant la CEIC.

Ken Pereira a finalement occupé le poste de syndic pendant seulement un an avant de se faire offrir un emploi ailleurs. Le procureur Me Simon Tremblay lui a alors demandé pourquoi, selon lui, on l'avait muté à un autre poste.

«Parce que je vérifiais les livres. C'est ce que je me suis fait dire par l'exécutif. Ça se voyait, ça les achalait que je regarde les livres», a répondu Pereira.

Le placement syndical, pouvoir ou de vie ou de mort

Le témoin a aussi expliqué avoir fait du placement syndical autant lors de son passage au Conseil provincial qu'à la FTQ-Construction, mais a surtout mis l'accent sur tout le pouvoir dont dispose la personne chargée de cette tâche.

«Le placement syndical, c'est une force incroyable. On devient une personne très, très importante parce qu'on peut faire que le contrat va bien ou que le contrat va très mal. Si je vous envoie les moins bons, je peux vous garantir que je vais savoir si ça va bien aller ou pas. C'est pour ça que, des fois, les contracteurs veulent avoir une bonne relation avec les agents d'affaires», a-t-il expliqué.

Ken Pereira a d'ailleurs reconnu qu'on lui avait déjà demandé d'envoyer des «pas bons» (qu'il a aussi appelé «fonds de baril) sur certains chantiers pour nuire à des compétiteurs. Il a toutefois juré ne jamais avoir reçu d'avantages d'entrepreneurs pour leur fournir la meilleure main-d'œuvre disponible.

Relation avec Jocelyn Dupuis

La Commission a aussi commencé à éclaircir les circonstances entourant la relation entre Pereira et l'ex-directeur général de la FTQ-Construction, Jocelyn Dupuis.

À un certain moment, ce dernier lui aurait offert de retourner à la FTQ pour relancer le local 1981. «Je suis flatté. Mon orgueil, c'est sûr... C'est le DG d'une grande centrale qui vient me voir», a confié le témoin.

Pereira a finalement accepté l'offre de Dupuis qui lui avait alors promis tout le soutien légal et financier réclamé.

On devrait toutefois en apprendre plus à ce sujet au cours des prochains jours puisque Ken Pereira devrait être à la barre pour le reste de la semaine et que le procureur Me Simon Tremblay a affirmé en fin de journée en avoir fini avec le «survol» du témoin, désirant entrer dans le vif du sujet dès demain matin.

Ken Pereira est celui qui a dénoncé les allocations de dépenses élevées de Jocelyn Dupuis. Ses révélations faisant grand bruit, le syndicat a finalement acheté son silence pour 500 000$.

MISES À JOUR

16h28 - Les audiences sont ajournées jusqu'à demain matin.

16h24 - Pereira explique que dans tous les locaux de la FTQ-Construction, le directeur de local est aussi secrétaire financier. «Ça nous donne un pouvoir incroyable.» Il a séparé les pouvoirs lors de son passage au 1981.

16h21 - «Chaque local a sa propre gérance», répond Pereira au procureur qui lui demande si le central a une mainmise sur les sections locales.

16h12 - On parle maintenant de la structure locale du syndicat.

16h10 - On est toujours dans une discussion très technique au sujet de la structure du syndicat.

15h59 - On discute de la structure de la FTQ-Construction.

15h54 - Témoin dit avoir fait du placement autant pour la FTQ-Construction que pour le Conseil provincial. Dit que les autres syndicats ne font pas de placement, seulement du référencement. Encore là, le placement touche surtout les «métiers mécaniques», dit Pereira.

15h52 - Me Tremblay dit en avoir terminé avec le «survol» du parcours du témoin. Maintenant, on revient sur plusieurs points.

15h50 - Le témoin a quitté son poste de directeur du local 1981 en 2008 ou 2009, selon ses souvenirs. «J'ai eu des offres pour me placer en Alberta et depuis ce temps-là je suis on and off sur les chantiers des champs bitumineux.»

15h49 - Pereira dit avoir fait du maraudage illégal lors du retour du local 1981.

15h42 - Reprise des audiences. Le local 1981 est réactivé en septembre 2006, mais dès l'automne 2005 Pereira est de retour à la FTQ-Construction.

15h13 - PAUSE

15h06 - Deux ou trois semaines plus tard, Dupuis le convoque au restaurant Mikes de la Place Versailles. «C'est à ce moment-là que mon idée change. Il me confronte, il me dit qu'il veut reprendre des nouveaux locaux et qu'ils ont besoin de moi.» Pereira dit qu'il est prêt à le faire, mais qu'il a besoin d'un appui légal et financier. Dupuis lui répond qu'il aura tout ce qu'il veut. «C'est moi la FTQ, c'est moi qui gère ça et je vais tout te donner ça», lui aurait dit Dupuis. Salaire d'environ 80 000$ par année pour trois ans.

15h03 - On revient à Dupuis. Pereira a été approché par Dupuis pour retourner au 1981. «Je suis flatté. Mon orgueil, c'est sûr... C'est le DG d'une grande centrale qui vient me voir. Je le remercie.» Dupuis ne lui dit toutefois pas pourquoi il veut relancer le 1981.

14h55 - L'avocat de la FTQ-Construction manifeste une objection. Trouve qu'on parle beaucoup trop du travail interne du syndicat. Me Tremblay répond qu'il tisse sa toile: le manque de transparence dans le syndicat peut être attrayant pour le crime organisé.

14h53 - On revient à la relation Pereira/Dupuis.

14h48 - Pereira dit que Jocelyn Dupuis ne voulait pas donner ses justifications de dépenses à l'International au moment du Conseil conjoint.

14h37 - Devait devenir DG du 2182 en 2005, mais il y a eu des pressions de la part du 711 et n'est finalement jamais entré en poste. Relations plus tendues avec Mondoux. C'est à ce moment que Jocelyn Dupuis va entrer en scène.

14h34 - L'emploi d'agent d'affaires est beaucoup plus un travail de relations publiques, explique le témoin. Il se fait inviter au restaurant par des entrepreneurs qui veulent avoir les meilleurs.

14h32 - Témoin reconnaît qu'on lui a demandé d'envoyer des «pas bons» (que Pereira appelle «fonds de baril») sur certains chantiers pour nuire à certains compétiteurs.

14h27 - Pereira dit ne jamais avoir reçu d'avantages de la part d'entrepreneurs. Dit cependant avoir eu des pressions de la part de son directeur pour placer des employés.

14h25 - Devient agent d'affaires au local 2182, dans la région de Montréal. Il s'occupe du placement des syndiqués sur les chantiers. «Le placement syndical, c'est une force incroyable. On devient une personne très très importante parce qu'on peut faire que le contrat va bien ou que le contrat va très mal. Si je vous envoie les moins bons, je peux vous garantir que je vais savoir si ça va bien aller ou pas. C'est pour ça que des fois les contracteurs veulent avoir une bonne relation avec les agents d'affaires.»

14h22 - Pereira a été syndic peu de temps. Devient agent d'affaires après moins d'un an. Le procureur demande pourquoi. «Parce que je vérifiais les livres. C'est ce que je me suis fait dire par l'exécutif.» «Ça se voyait, ça les achalait que je regarde les livres.»

14h19 - «Je découvre qu'en vérifiant les livres tu deviens d'une importance capitale parce que money is power.»

14h14 - À son arrivée comme syndic, personne auparavant n'avait vérifié les comptes de dépenses. Demande à avoir accès aux livres. «Si je ne te connaissais pas, je te crisserais de l'autre bord de la fenêtre», lui répond Réjean Mondoux. Pereira a finalement accès aux documents. «On a découvert des anormalités. Ça faisait des années qu'on savait qu'il y avait des choses qui ne fonctionnaient pas dans nos comptes de dépenses.»

14h08 - Reprise des audiences. Pereira a été délégué sur les chantiers jusqu'en 2005 avant de devenir syndic du local 2182. Le syndic doit notamment s'occuper de la vérification des comptes de dépenses des agents d'affaires.

12h34 - PAUSE DU DÎNER

12h28 - Pereira est devenu délégué syndical pour le local 2182. Affirme qu'il allait régulièrement voir les entrepreneurs pour recommander un travailleur (au nom de l'agent d'affaires) sur un chantier. Généralement, ça fonctionnait. «À part les 12-12 (les permanents), on imposait tout le monde.»

12h25 - Me Tremblay veut s'en tenir à mettre la table pour l'instant et rappelle le témoin à l'ordre. «On va commencer par faire le solage», lui dit le procureur. On est à décrire le conflit entre deux locaux syndicaux. En 1991, tous les membres du 1931, insatisfaits de la FTQ-Construction, passe au 2182 (International).

12h20 - On est toujours dans l'historique syndical du témoin.

12h05 - «Le côté penchant syndical, tu l'as ou tu l'as pas. C'est quelque chose qui est noble. Moi, j'ai toujours trouvé que ça allait aider mes confrères.»

12h02 - À ses débuts, Pereira est syndiqué du local 1981 de la FTQ-Construction.

11h58 - Témoin a commencé à travailler sur des chantiers vers 1986. «Je ne passe pas par le local pour me place», explique Pereira, dont le père est dans l'industrie.

11h54 - Peirera parle plus précisément du métier de mécanicien industriel.

11h49 - Il est question de la formation requise pour travailler sur les chantiers. Pereira affirme que le local syndical a son mot à dire pour choisir quels travailleurs auront droit à la formation continue. Ce sont eux qui gèrent le fonds de formation. «On essayait de donner un atout à ceux qui étaient près du local syndical.»

11h43 - On trace un portrait du témoin, qui est mécanicien industriel. Il a notamment été représentant syndical pour le local 1981 de la FTQ-Construction.

11h42 - Reprise des audiences. Kenneth Pereira s'amène à la barre et est assermenté. Il sera interrogé par Me Simon Tremblay.

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