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«On m'a dit clairement: Tu vas fermer ta gueule!»

Commission Charbonneau

L'ex-directrice générale de l'Association des entrepreneurs en maçonnerie du Québec (AEMQ) a connu un véritable «cauchemar» lorsqu'elle a voulu s'attaquer au marché noir et qu'elle a annoncé son intention de collaborer avec la commission Charbonneau.

«On m'a muselée. On m'a empêchée de collaborer avec les enquêteurs. On m'a dit clairement: Tu vas fermer ta gueule!», a raconté Stéphanie Bérard lors de son témoignage, cet avant-midi, devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction (CEIC).

Mme Bérard, visiblement encore ébranlée par ce qu'elle a vécu au cours de la dernière année, a expliqué qu'elle a rapidement constaté que le travail au noir était «très problématique» lors de son arrivée à l'AEMQ. Comme l'Association avait mis en place un système anonyme de dénonciation, plusieurs entrepreneurs se plaignaient quotidiennement de ce qu'ils vivaient.

Des entrepreneurs «vulnérables»

Au cours de son témoignage, l'ex-DG a expliqué que les entrepreneurs en maçonnerie étaient particulièrement «vulnérables» puisqu'ils étaient parmi les derniers à être payés pour un projet et qu'ils devaient parfois attendre de 60 à 90 jours pour recevoir leur dû.

Dans la même veine, Mme Bérard a expliqué qu'il était «pratiquement impossible» pour un entrepreneur en maçonnerie d'obtenir un prêt d'une banque et que certains se tournaient vers du financement «illégitime» faute d'autres choix. «Ils sont pris à la gorge. C'est ça ou la faillite», a-t-elle lancé.

«Quelles sont les conséquences du financement illégitime», lui a demandé la procureure en chef, Me Sonia LeBel. «Selon les exemples dont j'ai été mise au parfum, c'est une mainmise sur l'entreprise et ensuite c'est l'infiltration qui peut se faire au niveau du blanchiment d'argent.»

Des éditoriaux qui dérangent

Arrivée à l'été 2011, c'est au printemps 2012 que les problèmes ont véritablement commencé pour Stéphanie Bérard.

Lors d'un éditorial dans la revue La voie du maçon, la directrice générale dénonce la corruption et se réjouit de la création de la CEIC. Dans une seconde parution, elle évoque alors sa participation prochaine à la Commission afin d'y évoquer les problèmes touchant l'industrie de la maçonnerie et d'y proposer des solutions.

Mme Bérard a non seulement expliqué que ces éditoriaux avaient été approuvés par le comité exécutif de l'AEMQ, mais que ce dernier lui avait donné son approbation, le 26 juin, pour collaborer avec les enquêteurs de la CEIC. Or, une semaine plus tard, le 4 juillet, le comité a affirmé ne jamais avoir été mis au courant de la collaboration de la DG avec la Commission, ce qui a amené Stéphanie Bérard à parler d'une véritable «amnésie collective».

Un message lui ordonnant de se «fermer [la] gueule» a même été laissé sur son répondeur et on ignore encore à ce jour qui en est l'auteur.

«On venait de me couper les deux bras et les deux jambes. [...] J'étais complètement effondrée», a raconté le témoin qui a été forcé de prendre un congé de maladie pour se remettre.

Congédiement et intimidation

Lors de son retour à la mi-septembre 2012, Stéphanie Bérard a rencontré le président et le vice-président de l'AEMQ et tout, selon elle, son retour s'annonçait prometteur. La DG a quand même spécifié aux deux hommes qu'elle témoignerait devant la CEIC si elle recevait une citation à comparaître.

Mme Bérard a finalement été congédiée sans justification à la suite d'une réunion du comité exécutif. C'est à ce moment qu'aurait commencé le «véritable cauchemar».

«J'ai eu de l'intimidation chez moi. Un véhicule suspect se stationnait en avant de ma résidence. Il y a eu plusieurs épisodes. Le véhicule passait très tranquillement», a-t-elle expliqué. Parfois, le conducteur braquait même les phares du véhicule vers l'intérieur de la résidence. «Je me cachais derrière mon îlot de cuisine», a ajouté le témoin.

Ce manège d'environ cinq minutes s'est produit une dizaine de fois entre octobre 2012 et janvier 2013.

«Je n'ai pas de mots pour décrire cette situation-là. Je ne souhaite ça à personne», a affirmé Stéphanie Bérard. «Il faut dénoncer l'intimidation. Si on ne le fait pas, on ne peut pas améliorer les choses. Ça a été très difficile pour moi», a conclu la femme.

Tournois de golf

Lors de son témoignage, Mme Bérard a par ailleurs confirmé que le Hells Angels Normand «Casper» Ouimet, a participé au tournoi de golf de l'AEMQ en 2006. Ouimet aurait alors joué avec le représentant syndical Guy Dufour, Jocelyn Dupuis et possiblement le président de l'Association.

En 2012, alors que Dufour faisait face à des accusations criminelles dans le cadre du projet Diligence et qu'il était inscrit au tournoi, Stéphanie Bérard s'est opposée à ce que l'homme prenne place à la «table présidentielle».

MISES À JOUR

11h13 - Fin du contre-interrogatoire par Me Laurin. Stéphanie Bérard est remerciée par la présidente qui souligne son «courage». PAUSE.

11h09 - Fin du contre-interrogatoire par Me Houle. Contre-interrogatoire par Me Robert Laurin de la FTQ-Construction.

11h02 - Fin du contre-interrogatoire par Me Hamel. Contre-interrogatoire par Me Denis Houle de l'ACRGTQ.

10h50 - Fin de l'interrogatoire en chef. Contre-interrogatoire par Me Pierre Hamel de l'ACQ.

10h49 - Bérard précise que l'intimidation consistait entre autres en des appels demandant à des entrepreneurs de retirer leur soumission d'un contrat. Menaces se concrétisent en vol de matériel, notamment.

10h46 - Stéphanie Bérard formule ses recommandations à la CEIC.

10h44 - «Il faut dénoncer l'intimidation. Si on ne le fait pas, on ne peut pas améliorer les choses. Ça a été très difficile pour moi», explique Bérard.

10h43 - Fin en janvier 2013. Bérard voit deux causes possibles: Guy Dufour a plaidé coupable à des accusations ce mois-là et l'AEMQ a été reconnue coupable de «harcèlement psychologique».

10h40 - «Je n'ai pas de mots pour décrire cette situation-là. Je ne souhaite ça à personne.» «Je me cachais derrière mon îlot de cuisine.»

10h37 - «Le cauchemar commence par la suite.» On est à la fin septembre 2012. «J'ai eu de l'intimidation chez moi. Un véhicule suspect se stationnait en avant de ma résidence. Il y a eu plusieurs épisodes. Le véhicule passait très tranquillement.» Un Suburban noir et un pick-up blanc, dit Bérard. Parfois phares vers l'intérieur. Une dizaine de fois environ entre le 18 octobre et janvier 2013. Épisodes d'environ cinq minutes. Bérard a fait l'objet de protection de la part des policiers. Gens n'ont jamais pu être identifiés.

10h33 - «J'étais complètement effondrée.» Bérard a pris un congé de maladie. Dit qu'elle n'était «plus fonctionnelle». Retour au travail à la mi-septembre. Rencontre avec le président et le vp, tout semble bien aller. Bérard avise toutefois qu'elle ira témoigner à la CEIC si elle reçoit une citation à comparaître. On lui dit de rester chez elle en attendant une rencontre du comité exécutif. Elle apprend finalement le lendemain de la rencontre qu'elle est congédiée. Aucune explication donnée.

10h29 - À la suite de la rencontre avec les enquêteurs, la pression et l'intimidation commencent, dit Bérard. «On m'a muselée. On m'a empêchée de collaborer avec les enquêteurs. On m'a dit clairement: "Tu vas fermer ta gueule!". J'ai eu cette phrase-là sur mon répondeur.» On n'a jamais été capable d'identifier qui a laissé le message. Numéro bloqué, voix d'homme. «On venait de me couper les deux bras et les deux jambes.»

10h27 - Alors que le 26 juin le comité exécutif donne son approbation à ce que Bérard collabore avec les enquêteurs de la CEIC, le 4 juillet le même comité dit ne jamais avoir été informé de la rencontre avec les enquêteurs. Témoin parle d'une «amnésie collective».

10h24 - Au tournoi de golf de 2012, Guy Dufour, qui faisait face à des accusations dans le projet Diligence, était inscrit pour jouer avec le président. Bérard a refusé que Dufour soit assis à la «table présidentielle». Elle a téléphoné au président. Se dernier a une réponse «farfelue», puis prend finalement l'engagement de rayer le nom de Dufour de son quatuor. Ignore s'il a tenu promesse.

10h22 - Normand «Casper» Ouimet a participé au tournoi de golf de l'AEMQ en 2006. Bérard confirme qu'on savait à ce moment qui était Ouimet. Ignore toutefois qui l'a invité. Ouimet a joué avec Guy Dufour, Jocelyn Dupuis et possiblement le président de l'Association. Une photo le prouve.

10h20 - En juin, le comité exécutif de l'AEMQ a approuvé l'éditorial de Bérard.

10h19 - Dans un autre éditorial en juin 2012, Bérard écrit que l'AEMQ participera à la CEIC pour expliquer des problématiques et y proposer des solutions.

10h16 - «J'ai été l'une des premières victimes d'intimidation assez sévère.» Elle avait écrit un éditorial dans La voie du maçon incitant à dénoncer la corruption et dans lequel elle se réjouissait de la création de l'UPAC.

10h13 - Quelles sont les conséquences du financement illégal? «Selon les exemples dont j'ai été mise au parfum, c'est une mainmise sur l'entreprise et ensuite c'est l'infiltration qui peut se faire au niveau du blanchiment d'argent.»

10h12 - Les moyennes entreprises, d'une dizaine d'employés et moins, sont les plus vulnérables, explique Bérard.

10h10 - Bérard confirme que des entrepreneurs ont confié l'existence de financement «illégitime» parce qu'ils n'ont pas d'autres choix. «Ils sont pris à la gorge. C'est ça ou la faillite...» Ignore toutefois la fréquence. «Plusieurs» entrepreneurs de différentes régions lui en ont parlé.

10h07 - Pratiquement impossible pour un entrepreneur en maçonnerie de faire un prêt à la banque: il n'a rien à mettre en garantie. Doit parfois se tourner vers des «prêts privés». «Les taux d'intérêts sont extrêmement élevés pour eux», dit Bérard. «C'est un engrenage duquel il est difficile de sortir.» Témoin précise qu'il y a des prêts privés légaux et illégaux.

10h04 - Les entrepreneurs en maçonnerie sont «vulnérables», dit Bérard. Un des derniers sur le chantier à faire le travail, donc un des derniers aussi à être payé. Doivent souvent attendre de 60 à 90 jours pour être payés.

10h00 - Témoin était à même de constater des écarts majeurs entre soumissionnaires. Plusieurs entreprises faisaient une soumission trop basse pour des projets.

9h58 - L'AEMQ avait un service anonyme de dénonciation pour le travail au noir, notamment. Plaintes au quotidien. «Très problématique», dit Bérard.

9h56 - Bérard avait établi des liens avec RBQ et Revenu Québec pour combattre le travail au noir dans l'industrie.

9h52 - Témoin confirme que plusieurs entreprises en maçonnerie sont éphémères. Plusieurs faillites.

9h47 - Bérard explique que plusieurs membres de son association (50%) n'étaient pas rentables.

9h40 - On discute du domaine de la maçonnerie.

9h36 - On trace un portrait du témoin qui a été DG jusqu'en septembre 2012.

9h35 - Début des audiences pour la journée. Stéphanie Bérard, ex-DG de l'Association des entrepreneurs en maçonnerie du Québec (AEMQ) est assermentée. Elle sera interrogée par Me Sonia LeBel, procureure en chef.

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