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Le big brother du crédit

Carl Renaud

Le dossier de crédit a une grande influence sur la vie des consommateurs, car il permet aux entreprises financières, aux fournisseurs de services et à bien d'autres entreprises de déterminer si un client est un bon ou un mauvais payeur.

Un mauvais dossier peut pousser une banque à rejeter une demande de prêt ou un fournisseur de téléphonie sans fil à refuser l'activation d'une ligne.

«L'importance du dossier de crédit est devenue trop grande», a souligné Philippe Viel, responsable des communications à l'Union des consommateurs.

M. Viel déplore que les banques ne soient plus les seules à pouvoir consulter les données.

«Les assureurs haussent les primes de ceux qui ont un mauvais dossier de crédit, a-t-il dit. Sont-ils de moins bons conducteurs pour autant?»

Deux firmes privées sont spécialisées dans la gestion des dossiers de crédit au Canada, Équifax et TransUnion. Les deux multinationales compilent des données sur les consommateurs et sur leur historique de crédit.

Un dossier contient des renseignements personnels, comme le nom, les adresses actuelles et antérieures, le numéro d'assurance sociale et la date de naissance. La liste des comptes bancaires et des dettes d'un individu, hypothèque, prêt personnel, marge de crédit, carte de crédit et autres est également détaillé dans le document.

Des renseignements négatifs, comme le détail des chèques sans provision, les habitudes de remboursement, les faillites et les poursuites sont aussi accessibles. Les firmes qui veulent obtenir l'historique d'un consommateur peuvent le faire rapidement, à condition qu'il les autorise au préalable.

Malheureusement, la qualité d'un dossier de crédit peut se détériorer rapidement, en quelques mois à peine. «Un chômeur qui gagnait 100 000 $ par an risque d'avoir de la difficulté à acquitter tous ses paiements avec l'assurance emploi», a souligné Philippe Viel. Six mois de chômage peuvent effacer 25 ans de conduite exemplaire.

La cote de crédit, l'une des mesures utilisées pour évaluer les antécédents en matière de crédit, qui varie de un à neuf, peut passer de un à deux pour un paiement en retard de 30 à 60 jours et grimper à trois si le retard atteint de 60 à 90 jours. La meilleure note est un et la pire est neuf, ce niveau signifie que le consommateur a déclaré faillite.

Possible d'améliorer son sort?

Malgré les prétentions des redresseurs de crédit, des firmes qui proposent aux consommateurs de leur prêter 500 ou 600$ pour améliorer leur note, la conseillère budgétaire Cathy Simard, est d'avis que les consommateurs ne peuvent pas embellir leur dossier de crédit en un coup de baguette magique.

«C'est le temps qui est le meilleur allié des gens qui ont eu des difficultés», a dit la spécialiste, qui travaille pour l'Association coopérative d'économie familiale de l'Île-Jésus. Mme Simard a souligné que les renseignements négatifs, comme une faillite, sont généralement présents pour une période de 6 ans.

Dans l'intervalle, un consommateur peut poser quelques gestes pour attendrir les prêteurs et les compagnies de services. Le premier est d'améliorer sa situation générale, en demeurant plus longtemps à la même adresse, en ayant un emploi stable ou mieux rémunéré et en se montrant plus actif en matière d'épargne.

Mme Simard recommande à ceux qui ont un mauvais dossier de contacter Équifax et TransUnion pour ajouter une explication à leur dossier. «Quelqu'un qui a fait faillite pourrait dire que c'est arrivé à la suite d'une séparation», a-t-elle dit.

Épargner de 500 à 1000$ est une autre option. Un émetteur de carte de crédit pourrait prendre l'argent en garantie en retour d'une nouvelle carte, permettant de reconstruire l'historique de crédit.

Attention aux erreurs

L'Union des consommateurs recommande aux consommateurs québécois de consulter leur dossier de crédit au moins une fois par année pour s'assurer qu'il ne contient pas d'erreurs. Ce qui se produit régulièrement, selon une étude menée aux États-Unis.

La Fédération américaine du commerce a révélé en 2012 que de 10 à 26% des dossiers de crédit contenaient des renseignements erronés. Des prêts attribués au mauvais emprunteur, par exemple. Dans 5% des cas, les erreurs auraient entraîné une hausse des taux d'intérêt exigés aux consommateurs touchés.

Les consommateurs peuvent vérifier l'authenticité des renseignements auprès d'Équifax et de TransUnion. Il est possible de faire des modifications, mais le délai est d'au moins 30 jours.