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Du racisme dans les CHSLD

Une enquête de 24H

Nancy Beaulieu

Nombreux à occuper des postes de préposés aux bénéficiaires ou d'infirmiers auxiliaires dans des CHSLD, les membres des communautés culturelles de Montréal vivent le racisme des patients au quotidien. C'est ce qu'il ressort d'une enquête du journal «24 H».

«Je ne veux pas que vous me laviez. Allez vous regarder dans le miroir, c'est vous qui avez besoin de vous laver», s'est déjà fait dire Roméo (nom fictif), Haïtien d'origine, préposé dans un centre d'hébergement et de soins longue durée (CHSLD) de Montréal.

«Ça fait mal, c'est sûr», a confié l'employé d'une quarantaine d'années. Une patiente l'a même frappé et griffé. «Je me suis fait dire : ne me touche pas, je ne veux pas me salir», a raconté une autre préposée, qui a dit faire souvent face à des comportements racistes.

Le problème est répandu et récurrent. «On se fait appeler "la négresse" ou "la p'tite noire" tous les jours», a affirmé une collègue travaillant dans un hôpital montréalais. «C'est comme ça dans la tête des gens, je pense que ça n'arrêtera jamais. On se ferme les oreilles», a-t-elle déploré.

Des représentants de syndicats ont affirmé être bien au fait de la situation. «Je connais bien le phénomène», a reconnu Alain Croteau, du Syndicat des travailleurs d'un centre de réadaptation pour déficients mentaux de Montréal.

«J'ai reçu des commentaires des familles qui disaient qu'elles étaient contentes que je sois là, dans l'équipe des préposés, parce que ça faisait un blanc de plus avec eux», a-t-il raconté.
«Il y a encore des familles qui demandent que leur proche ne soit pas dans une résidence gérée par des gens "d'ailleurs"», a ajouté M. Croteau.

Présidente d'un syndicat représentant de nombreux préposés et auxiliaires au Centre de santé et de services sociaux du Cœur-de-l'Île, Jennifer Côté a elle aussi confirmé que les commentaires racistes sont fréquents.

« Retourne dans ton pays, c'est fréquent, ça, mais la grosse vague, c'est des patients qui accusent un préposé de maltraitance et qui font des plaintes pour se débarrasser d'un préposé de couleur. C'est arrivé le mois passé », a-t-elle souligné.

Malgré tout, les dénonciations sont plutôt rares. « Les gens ne se plaignent pas de peur de perdre leur travail, a dit Mme Côté. Les gens ravalent de manière générale. »

L'employeur a un rôle à jouer

Dans un milieu de travail, il revient à l'employeur d'agir pour protéger ses employés.« L'employeur a l'obligation d'assurer à ses employés un milieu de travail sécuritaire et exempt de tout harcèlement », selon Gilles Trudeau, professeur en droit du travail à l'Université de Montréal. Par exemple, pour prévenir le harcèlement racial, « l'employeur peut édicter des directives très claires qui font du respect une valeur incontournable. »

Ensuite, si un patient lucide refuse de se faire laver ou soigner par un employé de couleur, l'employeur peut l'aviser qu'il interprète ce refus comme un refus de soins et les cesser, a estimé le professeur.

Si l'employeur n'agit pas face au harcèlement racial, c'est au syndicat de déposer un grief pour l'obliger à le faire, a souligné M. Trudeau.
La situation est plus délicate dans les cas - nombreux - de patients racistes qui ne sont pas lucides.

« L'employeur doit tout de même agir en évaluant l'état de santé mentale du patient. S'il n'est pas lucide, il n'est pas responsable de ses paroles et on ne peut le priver de soins », a précisé Gilles Trudeau.