/finance/finance

Un démantèlement rapide favoriserait Bécancour

Centrale Gentilly-2

Si Hydro-Québec choisissait de recycler le combustible irradié de Gentilly-2 au lieu de le stocker, des centaines d'emplois seraient conservés dans la région de Bécancour, dans le Centre-du-Québec. Et Hydro-Québec en tirerait des revenus substantiels.

C'est avec cette logique économique que Jacques Dagenais, un expert financier à la retraite, a écrit au ministre du Développement durable, de l'Environnement, de la Faune et des Parcs, Yves-François Blanchet, pour lui demander la tenue d'un examen public du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

Une copie de cette lettre a aussi été envoyée à Thierry Vandal, le président d'Hydro-Québec, de même qu'aux ministres Martine Ouellet et Jean-François Lisée. Une dizaine de groupes militants appuient sa démarche.

«Un BAPE permettrait de modifier le plan original pour en réduire les risques et ramener le démantèlement à une durée raisonnable et plus socialement acceptable», a-t-il écrit au ministre le 22 septembre dernier.

La fermeture de Gentilly-2 doit se réaliser en deux temps entre 2012 et 2070, et commandera en argent d'aujourd'hui une dépense de 1,8 milliard $. Quelque 700 millions $ sont réservés pour gérer les 2500 tonnes de déchets hautement radioactifs à entreposer jusqu'au début de 2065.

Ce scénario s'aligne sur le fait que la Société de gestion des déchets nucléaires du Canada ne détient aucun site d'entreposage canadien et qu'au mieux, des travaux d'un futur site ne débuteraient qu'en 2030.

«Si on faisait affaire avec la France dès aujourd'hui, on pourrait se débarrasser du combustible et des matériaux radioactifs en 10 ans, au lieu d'attendre 50 ans», a argumenté l'homme d'affaires, qui a dirigé des divisions européennes et québécoises de multinationales et qui a utilisé ses relations pour confirmer ses analyses économiques.

Des profits substantiels

En mai dernier, Jacques Dagenais a contacté la division Recycling Business Unit de la firme française Areva qui est aussi active en Saskatchewan dans des mines d'uranium.

Son directeur François Mazaré a confirmé par courriel que sa firme sait réaliser de tels travaux de recyclage du combustible usé. Les matières valorisables, soit l'uranium et le plutonium, en seraient extraites et traitées pour fabriquer du combustible neuf, le MOX, revendable sur le marché du nucléaire. Le procédé laisse 4 % de déchets qui sont vitrifiés et retournés au producteur d'origine.

«À 40 $ la livre, Hydro-Québec pourrait en tirer des profits importants», a estimé Jacques Dagenais.

Il existe un port en eau profonde à Bécancour qui pourrait transporter le combustible vers l'usine de La Hague en France, aussi sur le bord de la Manche.

«Notre but, c'est de conserver tous les emplois hautement spécialisés à Bécancour et qui sont encore capables de contrôler le système, au lieu de risquer que cette expertise ait disparu dans 50 ans», a renchéri Jacques Dagenais.

Des 736 employés de Gentilly-2 lors de l'annonce de sa fermeture, uniquement 366 demeurent en poste.

Pour l'instant, Hydro-Québec continue d'encadrer les travaux pour un entreposage de longue durée.

«Le scénario de référence d'Hydro-Québec demeure un déclassement sur une durée approximative de 40 ans», a répliqué Isabelle Thellen, la porte-parole d'Hydro-Québec.

Elle mentionne toutefois que la firme américaine TLG est mandatée pour évaluer la faisabilité d'un déclassement plus rapide. Un rapport est attendu en début de 2014.

Une occasion à ne pas rater

«Areva est actuellement dans un marché d'acheteur et non de vendeur, car elle a perdu de gros clients en Allemagne et au Japon. C'est une opportunité à ne pas échapper», a poursuivi Jacques Dagenais.

De son côté, AREVA nie qu'elle discute avec Hydro-Québec sur l'occasion de participer à un déclassement rapide de Gentilly-2.

«Il n'est pas interdit qu'il y ait des échanges, mais aucune proposition commerciale n'a encore été faite», a déclaré le porte-parole Alexandre Thebault.