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Dupuis, un «fraudeur» et un «es** de bandit»

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin | TVA Nouvelles

Jocelyn Dupuis poussait-il des dossiers au Fonds de solidarité FTQ et à son bras immobilier, la SOLIM, dans le but d'en tirer des avantages personnels? C'est ce que laisse croire la preuve déposée devant la commission Charbonneau aujourd'hui.

L'ancien directeur général de la FTQ-Construction a non seulement séjourné sur le Touch - le luxueux yacht de l'entrepreneur Antonio «Tony» Accurso - à l'hiver 2005, mais il s'est également vu offrir un voyage au Club Med de Columbus Isle, aux Bahamas, en décembre 2008.

Interrogé à ce sujet, Dupuis a longuement refusé de répondre en affirmant que cette affaire ne concernait pas le mandat de la commission, mais la présidente l'a finalement contraint de répondre aux questions du procureur en chef adjoint, Me Denis Gallant.

Le 102e témoin à se présenter devant la Commission a finalement admis avoir poussé le dossier du promoteur Jean-Marc Daigle et avoir accepté un voyage du 5 au 12 décembre 2008 au cours duquel sa conjointe l'a également accompagné.

«Êtes-vous allé en voyage payé par M. Daigle?», a demandé France Charbonneau. «Oui, c'est certain que j'y ai été», a répondu Dupuis, s'empressant toutefois de préciser qu'il était allé sur place pour constater les «travaux à faire».

La Commission a alors fait entendre une conversation téléphonique entre Dupuis et le président de la SOLIM, Guy Gionet, obtenue dans le cadre du projet Diligence pour tenter de prouver qu'il s'agissait bel et bien d'un voyage d'agrément. Dans cet appel du 15 décembre, Dupuis dit: «Après une semaine de vacances semblable, je suis en pleine forme».

«C'est certain que c'était un travail pas dur à faire, mais je travaillais», a persisté à dire l'ancien DG.

Lorsque Me Gallant a fait remarquer au témoin que ce dossier était «à l'extérieur» et qu'il ne concernait «en rien» les travailleurs de la FTQ-Construction, Dupuis a expliqué qu'il y aurait eu «de bonnes retombées» au Québec. Une autre conversation interceptée permet d'ailleurs de comprendre que ce sont ces retombées qui causaient un «problème» aux yeux de Gionet, de la SOLIM.

Du pouvoir même après son départ

La preuve d'écoute électronique permet également de constater que Jocelyn Dupuis a continué à pousser le dossier du Club Med après son départ de la FTQ-Construction.

«Ça t'intéresse-tu de faire le contrat pour la rénovation du Club Med?», demande l'ancien DG à son ami et entrepreneur Giuseppe Borsellino, de Garnier, le 24 décembre 2008 au cours d'une conversation téléphonique. «C'est un contrat de 50 millions», ajoute-t-il.

Le témoin n'a pas nié cette intervention à la Commission. «Je ne suis plus là, mais j'essaie que mes dossiers passent encore», a-t-il expliqué. Le procureur lui a d'ailleurs fait remarquer que cette discussion avait eu lieu deux mois après que Borsellino lui eut payé un voyage d'une dizaine de jours en Italie, sous-entendant ainsi un possible retour d'ascenseur.

Au cours d'une conversation, Borsellino dit aussi à Dupuis que l'entrepreneur Normand Trudel aurait amené les maires de Mascouche et de Terrebonne sur le Touch. Ce dernier a réagi en fin d'après-midi; lisez sa réponse ici.

Fraudeur et bandit

Par ailleurs, la Commission a fait entendre un appel téléphonique du 1er mai 2009 entre le président de la FTQ, Michel Arsenault, et son conseiller, Gilles Audette, au cours duquel Jocelyn Dupuis se fait longuement malmener par les deux hommes qui déblatèrent contre lui.

«J'ai rencontré Jocelyn Dupuis. Y m'a faite toute une crise. Y'a eu le front de me demander de relancer le dossier de Ron Beaulieu. Y m'a donné d'la marde pendant une heure de temps», raconte le syndicaliste qui ajoute avoir reçu des menaces de Dupuis à l'effet «qu'il allait sortir public pis qu'y allait me faire sauter comme président de la FTQ».

«Moi, je pense que, crisse, il est pogné avec les Hells. Il a faite des promesses à ces gars-là, les Hells. Les Hells ou la mafia. [...] Faut que tu passes pour le gars qui l'a câlissé dehors. C'est un esti de bandit, ça», lui répond Audette un peu plus tard, qualifiant aussi l'homme de «fraudeur».

À la suite de cet extrait, Jocelyn Dupuis s'est défendu d'avoir tenté de faire chanter le président de la FTQ. «Je n'ai jamais fait de menaces à personne», a-t-il juré.

«Je regarde votre carnet d'adresses... Si vous n'êtes pas membre de la mafia ou des Hells, vous n'êtes pas loin», a ajouté Me Gallant.

Outre le séjour sur le Touch, le voyage au Club Med Columbus et le voyage en Italie, Jocelyn Dupuis a reconnu avoir reçu d'autres avantages. Joe Borsellino lui a notamment prêté la clé d'une copropriété au célèbre 1000 de la Commune, dans le Vieux-Montréal. Selon le témoignage que l'entrepreneur avait livré à la Commission en février dernier, Dupuis aurait eu la clé en sa possession de 2007 à 2010.

Raynald Desjardins a quant à lui offert des portes à l'ancien DG en plus de refaire la tuile de son véhicule récréatif. Dupuis a toutefois présenté ces cadeaux comme provenant d'un ami et non en guise de contreparties.

Le Barreau se questionne sur Goyette

En contre-interrogatoire, le Barreau du Québec a tenu à questionner le témoin au sujet de ce que savait, à l'époque, Richard Goyette puisque ce dernier est aussi avocat.

Jocelyn Dupuis a affirmé que celui qui a été son adjoint puis son successeur étant au courant des relations d'amitié qu'il entretenait avec le caïd Raynald Desjardins et avec le proche des Hells Angels Ronald Beaulieu. Selon lui, Goyette était aussi au fait de l'influence qu'avait Tony Accurso sur Jean Lavallée.

Finalement, l'ancien DG a reconnu avoir eu des discussions avec Richard Goyette afin de lui offrir un poste chez Carboneutre. Raynald Desjardins était aussi au courant de cette négociation.

Le contre-interrogatoire de Jocelyn Dupuis par d'autres avocats se poursuivra lundi matin.

MISES À JOUR

16h30: Fin du contre-interrogatoire par Me Laurin. Les audiences reprendront lundi matin.

15h56: Fin de l'interrogatoire. Contre-interrogatoire par Me Robert Laurin, de la FTQ-Construction. Il dit vouloir interroger le témoin sur le «niveau d'infiltration» du domaine de la construction.

15h49: Reprise des audiences. Me Gallant désire faire entendre une dernière conversation. Conversation du 22 mars 2009 entre Arsenault et Audette.

15h21: PAUSE

15h19: On commence les contre-interrogatoires après la pause.

15h18: Fin des questions du Barreau.

15h17: Dupuis reconnaît avoir eu des discussions avec Goyette afin de lui offrir un poste chez Carboneutre. Dupuis en avait parlé à Desjardins.

15h12: Goyette était au courant de l'amitié de Dupuis avec Desjardins et Beaulieu, dit-il. Goyette était aussi au courant de l'influence d'Accurso sur Lavallée, dit Dupuis.

15h06: Me Gallant pose quelques questions au nom du Barreau du Québec. On veut connaître les liens entre Richard Goyette, aussi avocat, et Raynald Desjardins.

14h59: Fin de l'écoute. Daigle s'inquiète semble-t-il du dossier Club Med.

14h49: Conversation du 18 février 2009 entre Dupuis et Gionet.

14h48: Dupuis admet que le clan Lavallée a fait «la vie dure» à Goyette.

14h36: Conversation du 13 mai 2009 entre Dupuis et Goyette. «On va régler Ken [Pereira]», dit Goyette. «Je pense que je suis en train de régler le cas de Jean-Marc Daigle. Je pense qu'on va être capable de lui avoir de l'investissement.»

14h28: Conversation du 23 avril 2008 entre Dupuis et Gionet. Dupuis dit avoir rencontré Yvon Bolduc la veille. Dupuis ajoute que Borsellino pourrait aider Beaulieu dans son dossier. Me Gallant lui fait remarquer que Borsellino n'est pas du tout dans le domaine. «Aucune raison particulière» pour laquelle il a pensé à Borsellino. «N'est-il pas exact de dire que vous et Borsellino êtes partenaires d'affaires à ce moment?» Le témoin nie. Dupuis reconnaît que Borsellino lui a prêté les clés d'une copropriété pendant environ deux ans au 1000 de la Commune.

14h26: Fin de l'écoute. Me Gallant demande s'il s'agissait d'un projet commun. Dupuis nie. «Je n'ai jamais eu aucune cenne de Ronnie Beaulieu.» Admet cependant avoir dit à sa femme que le projet de Beaulieu était son fonds de pension s'il avait réussi.

14h14: Conversation du 7 mai 2008 entre Dupuis et Beaulieu. Les deux hommes discutent du financement d'un projet. Beaulieu dit qu'aucune banque ne veut financer.

14h07: Reprise des audiences. Me Gallant revient sur les cadeaux reçus par Dupuis. Dit ne jamais avoir reçu de pourcentage en argent. Dit qu'à sa connaissance, personne de son entourage n'a fait quelque chose du genre. Rien au sujet de Lavallée. Dit avoir entendu quelque chose au sujet de Denis Vincent; un certain Pierre.

12h32: PAUSE DU DÎNER

12h21: Me Gallant soumet qu'Accurso ne s'opposait jamais pour du financement au Fonds dans des projets d'amis de domaines autres que la construction. «Je ne penserais pas que M. Accurso avait ce pouvoir-là au Fonds.»

12h12: Fin de l'écoute. Me Gallant revient sur la réconciliation entre Dupuis et Accurso. Dupuis qu'il a demandé à Accurso et Borsellino de se rencontrer pour qu'ils «arrêtent de se chicaner». Me Gallant soumet qu'Accurso bloquait Borsellino au Fonds. Dupuis ne se souvient pas avoir rencontré Jean Lavallée ou au printemps ou à l'été 2009 pour lui demander de dire Accurso de laisser de la place à Borsellino.

12h00: Conversation du 2 avril 2009 entre Dupuis et Borsellino. Borsellino dit que l'entrepreneur Normand Trudel a amené les maires de Terrebonne et Mascouche sur le Touch. Il est aussi question de la relation orageuse entre Accurso et Dupuis.

11h54: Conversation du 19 février 2009 entre Dupuis et Borsellino. Suivi au sujet du dossier Club Med. Les hommes craignent aussi d'une quelconque histoire qui aurait pu sortir dans les médias. Dupuis dit qu'il ignore de quoi il s'agit.

11h48: Fin de l'écoute. «Je ne suis plus là, mais j'essaie que mes dossiers passent encore.» Dupuis dit que Borsellino est un ami. Borsellino lui a quant à lui offert un voyage en Italie du 15 au 25 octobre 2008. Dupuis confirme que Borsellino a tout payé. «Avez-vous une entente avec M. Borsellino pour faire du démarchage pour lui?», demande Me Gallant. Confirme avoir référé des dossiers de Borsellino à Rénald Grondin.

11h37: Conversation du 24 décembre 2008 entre Dupuis et Borsellino. «Ça t'intéresses-tu de faire le contrat pour la rénovation du Club Med? C'est un contrat de 50 millions», demande Dupuis. Borsellino parle ensuite de Parasuco à savoir si le Fonds pourrait «embarquer». «Peut-être», répond Dupuis. Dupuis dit à Borsellino que c'est lui qui va avoir le contrat du Club Med.

11h35: Reprise des audiences. «Je pense que le dossier a été refusé au Fonds parce que la femme de M. Daigle est une Desjardins et qu'ils ont peut-être vu un lien avec Raynald Desjardins», dit Dupuis. Me Gallant dit que le dossier a été accepté, mais que l'argent n'a jamais été versé.

11h03: PAUSE

11h02: «C'est certain que c'était un travail pas dur à faire, mais je travaillais», persiste à dire Dupuis.

10h56: Dupuis confirme le voyage du 5 au 12 décembre 2008, mais persiste à dire que c'était pour voir le chantier. Conversation du 15 décembre entre Dupuis et Gionet. «Après une semaine de vacances semblable, je suis en pleine forme», dit Dupuis.

10h49: Conversation du 7 juillet 2008 entre Dupuis et Gionet. Dupuis sollicite une rencontre avec Gionet pour le dossier Club Med. «Est-ce que ça regarde pas pire?» «Le problème que je vois, ce sont les retombées...»

10h47: «Ce dossier est à l'extérieur, donc il ne concerne en rien vos travailleurs», dit Me Gallant. Témoin répond qu'il y aurait eu des retombées au Québec.

10h41: Conversation du 25 juin 2008 entre Dupuis et Louis-Pierre Lafortune. Lafortune parle de Daigle à Dupuis. Lafortune dit que quelqu'un voulait présenter Daigle à Jean Lavallée, mais «j'aimerais autant qu'on s'en occupe», dit-il. Dupuis maintient que c'est Goyette qui lui en a parlé en premier.

10h38: Reprise des audiences. «Êtes-vous allé en voyage payé par M. Daigle», demande la présidente. «Oui, c'est certain que j'y ai été», répond Dupuis en précisant que c'était pour aller visiter le site «pour voir les travaux à faire». Il y est toutefois allé avec sa conjointe. Dit être allé avant l'investissement. Dupuis croit que c'est Richard Goyette qui lui a présenté Daigle.

10h25: Dupuis reconnaît que le promoteur Jean-Marc Daigle lui a demandé de pousser un dossier au Fonds. Dupuis et sa conjointe ont reçu, en cadeau, un voyage au Club Med des Bahamas. Témoin refuse de répondre, dit qu'il n'a pas à répondre à ça. On suspend pour 5 minutes, l'avocat de Dupuis veut parler à son client. SUSPENSION.

10h22: Me Gallant soumet au témoin qu'il pousse des dossiers pour son «avantage personnel» et non dans l'intérêt des travailleurs. Le procureur laisse entendre que Dupuis aurait eu en cadeau un voyage de sept jours dans un Club Med des Bahamas pour le remercier d'avoir poussé un dossier. Dupuis refuse de répondre, dit que c'est hors mandat. Desjardins lui a donné des portes et a changé la tuile de son motorisé. Dupuis dit toutefois qu'il s'agit de cadeaux en tant qu'ami et non comme lobbying.

10h17: Me Gallant demande en quoi les dossiers de Ronnie Beaulieu étaient importants pour les travailleurs et la FTQ-Construction. L'avocat de Dupuis s'oppose. «En quoi pousser des dossiers relativement à de l'ameublement ou des bars de danseuses regarde le DG de la FTQ-Construction ne serait-ce que de privilégier des chums?» «En tant que FTQ-Construction, on nous avait demandés et on participait à référer des entreprises au Fonds.» Dupuis dit ne pas avoir agit comme DG, mais comme syndicaliste.

10h08: Fin de l'écoute. «Je ne me suis jamais senti comme un rat dans une cage et mal pris», dit Dupuis. «Je n'ai jamais fait de menaces à personne», dit Dupuis. «Je regarde votre carnet d'adresse... Si vous n'êtes pas membre de la mafia ou des Hells, vous n'êtes pas loin!», dit Me Gallant.

9h54: Conversation du 1er mai 2009 entre Michel Arsenault et son conseiller Gilles Audette. Arsenault raconte que Dupuis lui a piqué une «crise» et qu'il «a eu le front» de le relancer pour le dossier de Ronnie Beaulieu. Arsenault dit aussi que Dupuis l'a fait chanter. Eddy Brandone aurait confié à Audette que la fausse facturation de Dupuis était «récente». «Moi, je pense que y'é pogné avec les Hells. Les Hells ou la mafia», dit Audette au sujet de Dupuis.

9h52: Dupuis admet qu'il était un «boulet» pour Carboneutre. Investissement Québec refusait de financer tant qu'il était dans l'entreprise en raison de son scandale de dépenses de la FTQ-Construction.

9h49: Dans les documents de créance, Carboneutre doit plus de 564 000$ à Dorbec. Me Gallant dit que si l'entreprise avait été financée par le Fonds, Desjardins aurait eu l'argent directement. Dupuis répond que des travaux ont été faits, mais il ignore lesquels. Dupuis ne peut «ni affirmer ni exclure» que Desjardins est derrière Dorbec.

9h46: Conversation du 15 octobre 2008 alors que Dupuis part pour l'Italie avec Robert Marcil et Giuseppe Borsellino. Appel entre Dupuis et Raynald Desjardins. «Ton message est donné», lui dit entre autres Desjardins. «C'est quoi le nom de la compagnie?», demande Dupuis. «Pour toé ou pour euh...?» La conversation révèle que Desjardins est derrière Dorbec.

9h43: Jocelyn Dupuis s'amène à la barre et est assermenté. Me Gallant revient sur les derniers documents déposés hier au sujet des créanciers de Carboneutre. Dupuis dit ignorer les travaux à l'origine des dettes de l'entreprise.

9h40: Début des audiences pour la journée.

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RÉACTION DU MAIRE DE TERREBONNE: En fin d'après-midi, le maire de Terrebonne Jean-Marc Robitaille a réagi aux propos de Giuseppe Borsellino entendus lors d'un extrait d'écoute électronique et a reconnu s'être rendu sur le Touch.

«Je vous confirme que je suis allé sur le bateau de Tony Accurso mais jamais en compagnie de l'ancien maire de Mascouche Richard Marcotte et encore moins dans le cadre de vacances planifiées et payées par Tony Accurso», peut-on lire dans un communiqué.

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