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Lavallée à «cinq ou six» reprises sur le Touch

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin

L'ex-président de la FTQ-Construction Jean Lavallée a séjourné à «cinq ou six» reprises sur le Touch, le luxueux yacht d'Antonio «Tony» Accurso. C'est ce que l'homme de 73 ans a déclaré à sa deuxième journée de témoignage devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion de contrats publics dans l'industrie de la construction (CEIC).

Ne se cachant pas d'avoir profité de ces séjours aux frais de l'entrepreneur, le témoin a invoqué son amitié avec Accurso pour justifier sa présence sous le chaud soleil des Îles vierges.

«Ça fait 32 ans que je connais Tony Accurso, c'est un ami personnel. Qui aurait cru il y a 20 ans que c'était un péché d'aller sur un bateau?», a-t-il lancé en guise de défense, ajoutant que les «mœurs» avaient bien «changé» au cours des années.

«Vous avez des amis, vous... Est-ce que vous leur achetez des billets d'avion?», lui a alors demandé le commissaire Renaud Lachance. «C'est arrivé», a répondu Lavallée.


Joe Lombard, Jean Lavallée et Tony Accurso en voyage (Photo déposée en preuve devant la CEIC)

Le procureur, Me Cainnech Lussiaà-Berdou, a particulièrement abordé le séjour du 24 au 28 février 2005 auquel ont pris part Lavallée, Jocelyn Dupuis, Joe Lombard de l'Aluminerie Alouette et bien entendu Accurso lui-même. Une photo produite par la Commission montre d'ailleurs les hommes ensemble sur le yacht.

«C'est une façon de remercier Joe Lombard, que Tony l'avait invité pour Alouette parce que ça avait bien été et que c'était un projet intéressant. Dans un sens, Joe Lombard a été l'artisan du succès de tout ça», a expliqué le 113e témoin.

La Commission a aussi déposé en preuve une autre photo où on aperçoit Joe Lombard, Jean Lavallée et Tony Accurso qui semblent avoir bien du plaisir dans l'eau. Simples «relations d'affaires», a répondu le témoin au sujet de sa relation avec Lombard.

Les allocations de la discorde

Jean Lavallée a aussi confirmé qu'il a toujours eu une bonne relation avec Jocelyn Dupuis jusqu'au jour où ses allocations de dépenses sont venues semer la «bisbille» au sein du syndicat.

Pour illustrer la crise qu'a traversée la FTQ, la Commission a fait entendre un extrait d'écoute électronique obtenu dans le cadre du projet Diligence. Lors d'un appel entre Jean Lavallée et Michel Arsenault, le 5 mars 2009, les deux hommes sont visiblement en désaccord quant à la version à donner aux journalistes et tentent de protéger leurs arrières.

«Je ne peux pas dire que j'ai eu ces ostis de documents-là pis que j'ai rien fait avec», lance Arsenault en référence aux allocations de dépenses de Dupuis. «On va avoir l'air d'une criss de gang de menteurs», dit quant à lui Lavallée, un peu plus tard, qui avoue d'ailleurs à son interlocuteur se soucier principalement de sa réputation.

Lorsque Jocelyn Dupuis a accepté de se retirer de la FTQ-Construction, il a demandé à Jean Lavallée d'en faire de même. Ce dernier affirme qu'il avait de toute façon l'intention de ne pas solliciter un nouveau mandat en raison de son âge.

En plus des allocations de dépenses supposées frauduleuses qu'il n'a pas remboursées, Dupuis s'est retiré avec un montant de plus de 190 000$ dont 140 000$ comme prime de départ et 50 000$ en salaire.

Le procureur a tout fait pour tenter de faire dire à Lavallée que le «deal» était bien plus qu'une démission commune. Une entente secrète afin que le clan de Dupuis soit élu lors des élections de novembre 2008? «Il n'y avait pas d'entente que son équipe rentrait. Moi, j'espérais que non», a répondu le témoin.

Une importante somme d'argent (jusqu'à un million de dollars) proposée à Dupuis? «Jamais, jamais, jamais, je n'ai proposé un sou noir à Jocelyn Dupuis», a-t-il juré.

Jean Lavallée a par le fait même nié avoir ou reçu ou offert des pots-de-vin.

D'ailleurs, au sujet des élections de 2008 que Kenneth Pereira avait qualifiées de truquées, l'ancien président de la FTQ-Construction a plutôt estimé que tout a été fait dans l'ordre. «Je ne peux pas dire que j'ai des preuves comme quoi ça n'a pas été correct», a-t-il dit.

«Détournement» de rendements

Ce matin, la Commission s'est particulièrement attardée au passage de Jean Lavallée à la FIPOE, la Fraternité interprovinciale des ouvriers en électricité. Il a notamment été question des placements effectués par le syndicat via la SOLIM, le bras immobilier du Fonds de solidarité FTQ.

Renaud Lachance a accusé le témoin d'avoir «détourné» des rendements en faveur des syndiqués au détriment des actionnaires du Fonds, ce que Lavallée a nié, affirmant ne jamais avoir «imposé» la FIPOE.

Par ailleurs, l'ancien président de la FTQ-Construction a eu de la difficulté à répondre à certaines questions, évoquant des «problèmes avec [sa] mémoire» à la suite d'une opération.

Jean Lavallée sera de retour à la barre pour une troisième journée, demain, pour poursuivre son témoignage.

MISES À JOUR

16h41: Fin des audiences pour la journée.

16h39: Fin de l'écoute.

16h33: Écoute électronique du 7 avril 2009 entre Lavallée et Arsenault­. Il est question d'une rencontre entre les deux hommes pour «jeudi».

16h24: Lavallée dit qu'il s'est retiré de la FTQ-Construction après les élections de novembre 2008. On écoute une conversation du 15 mars 2009 entre Lavallée et Arsenault. «Êtes-vous parti ou vous n'êtes pas parti?», demande le procureur. «Je suis toujours à la FTQ-Construction, mais pas comme président, comme gérant d'affaires», dit Lavallée.

16h13: On revient sur une écoute électronique entre Dupuis et Éric Boisjoli.

16h08: On revient sur une écoute électronique entre Dupuis et Léonard Duguay. Lavallée nie avoir offert à Rénald Grondin de payer son hypothèque lors des élections de novembre 2008.

16h08: Lavallée dit que son clan n'a menacé personne et qu'il n'a offert de l'argent à personne dans le cadre des élections.

16h02: Procureur demande si les élections ont été truquées. «Je ne peux pas dire que j'ai des preuves comme quoi ça n'a pas été correct. Pour moi, c'est une élection qui a été faite correcte.»

15h53: On parle des élections de 2008 à la FTQ. Lavallée parle des deux clans. Il dit qu'il ne pouvait pas s'entendre avec Richard Goyette. France Charbonneau soumet qu'ils n'arrivaient pas à s'entendre parce qu'ils ne favorisaient pas les mêmes amis. Témoin nie.

15h51: On revient sur le témoignage de Pereira du 1er octobre. Il est question d'un pot-de-vin de 50 000$ remis à Lavallée. Le principal intéressé nie. «Je n'ai jamais demandé un sou à personne!»

15h45: On revient sur une autre écoute entre Dupuis et Eugène. «Tu t'es entendu avec l'bonhomme pis le bonhomme y crisse son camp pis toi tu t'en vas», dit Eugène à Dupuis. Dupuis plus tard dit qu'il a «accoté» Lavallée «au mur». Lavallée maintient qu'il avait l'intention de partir.

15h42: On revient sur une autre écoute entre Dupuis et Ronnie Beaulieu qui a été présentée lors d'un autre témoignage. Dupuis dit: «c'est toute mon équipe qui passe. Faque moi, c'est pareil comme si je serais là». Procureur demande une fois de plus s'il y avait autre chose dans les négociations. «Il n'y avait pas d'entente que son équipe rentrait. Moi, j'espérais que non.»

15h38: On revient sur une écoute du 1er avril 2009 entre Jocelyn Dupuis et Richard Goyette. L'appel a été entendu dans le cadre d'un autre témoignage. Il est question de plus d'argent pour Dupuis, mais Lavallée dit ne pas se souvenir. Or, lors de son témoignage du 5 novembre dernier, Dupuis a parlé d'un million de dollars. «Je suis content que vous me posiez la question... Jamais, jamais, jamais je n'ai proposé un sou noir à Jocelyn Dupuis.»

15h35: Reprise des audiences. Procureur revient sur les négociations entre Dupuis et Lavallée.

15h03: PAUSE

14h55: Malgré les comptes de dépenses, Dupuis a eu 190 000$ en partant: 140 000$ comme indeminité de départ et 50 000$ en salaire.

14h47: Procureur demande pourquoi Dupuis a exigé le départ de Lavallée en contrepartie du sien. Témoin répond qu'il ne voulait sans doute pas prendre le blâme seul. Lavallée dit qu'il avait l'intention de partir de toute façon.

14h42: Fin de l'écoute.

14h25: Écoute électronique du 5 mars 2009 entre Lavallée et Michel Arsenault au sujet des comptes de dépenses de Dupuis. Les deux hommes semblent en désaccord sur la version à donner aux journalistes. «Je ne peux pas dire que j'ai eu ces ost*** de documents-là pis que j'ai rien fait avec», dit Arsenault. Arsenault et Lavallée tentent de se protéger. «On va avoir l'air d'une criss de gang de menteurs», dit Lavallée à Arsenault.

14h21: Lavallée dit qu'il s'est opposé à ce que Ken Pereira soit expulsé.

14h16: On aborde les dépenses de Jocelyn Dupuis. Lavallée dit que Dupuis présentait ses comptes de dépenses aux deux ou trois mois au lieu de chaque mois. «Ça représentait plusieurs centaines de dollars.» C'est là que la «bisbille» a commencé, explique le témoin.

14h12: On parle de Jocelyn Dupuis. Le connaît depuis 14 ou 15 ans. Qualifie la relation avec Dupuis de «très bonne» sauf quand est arrivée la question de la relève. Relation se détériore fin 2007 au congrès de la FTQ.

14h07: Reprise des audiences. Lavallée dit que Lombard n'est pas un ami personnel. Commission produit une photo où on voit Accurso, Lombard et Lavallée, dans l'eau. Lavallée maintient qu'il s'agit de «relations d'affaires».

12h36: PAUSE DU DÎNER

12h34: «Pour moi, je ne pensais pas que c'était un péché d'aller avec un ami en bateau. Maintenant, je n'y vais plus.» «J'ai contribué au succès d'Alouette», dit Lavallée pour justifier sa présence lors du voyage de février 2005.

12h31: «J'y ai été 5 ou 6 fois, toujours une semaine», dit Lavallée au sujet du Touch. Jamais il n'a payé. «Ça fait 32 ans que je connais Tony Accurso, c'est un ami personnel. Qui aurait cru il y a 20 ans que c'était un péché d'aller sur un bateau?» «Vous avez des amis, vous... Est-ce que vous leur achetez des billets d'avion?», demande Renaud Lachance. «C'est arrivé», répond Lavallée qui explique que les moeurs ont changé.

12h27: Procureur soumet au témoin que le voyage a été organisé lors d'un souper à L'Onyx, restaurant d'Accurso. «Je ne me rappelle pas de ça.» Lavallée dit qu'Accurso les a invités à ce moment parce que le bateau n'était pas loué, de toute façon. «Il ne perdait pas une location de 70 000$ pour nous inviter.»

12h23: Procureur présente une photo au témoin le montrant avec Jocelyn Dupuis, Antonio «Tony» Accurso, Joe Lombard et d'autres personnes masquées. Témoin dit n'avoir jamais vu cette image. «Ça serais-tu moi, ici?» Lavallée dit qu'il ne se souvient pas dans quel contexte cette photo a été prise. Procureur soumet les dates du 24 au 28 février 2005 au témoin. «Ça serait fort probable sur le bateau de M. Accurso...» «C'est une façon de remercier Joe Lombard, que Tony l'avait invité pour Alouette que ça avait bien été et que c'était un projet intéressant.» «Dans un sens, Joe Lombard a été l'artisan du succès de tout ça.»

12h10: Il est question du chantier de l'Aluminerie Alouette.

12h08: On laisse la FIPOE et on aborde le rôle de Lavallée comme président de la FTQ-Construction.

11h59: Procureur dit au témoin qu'il semblait gérer la FIPOE comme une entreprise privée de placement plutôt qu'un local syndical. «Pour avoir des revenus importants, il faut gérer comme une entreprise privée. Les rendements c'est une chose et le local c'en est une autre.»

11h57: Malgré les bons rendements, Lavallée dit que jamais on a songé à réduire les cotisations des membres pour ne pas «prendre de chance». Dit toutefois que les services ont été bonifiés. Plus de représentants, par exemple.

11h51: Écoute électronique du 14 mai 2009 entre Lavallée et «quelqu'un». Procureur veut savoir de qui il s'agit. Il est question des prêts mezzanines et que tout le monde doit «dire la même chose». L'interlocuteur semble avoir un accent gaspésien. Lavallée identifie Gérald Castilloux.

11h50: Reprise des audiences. Renaud Lachance a fait une vérification pendant la pause et dit que le Fonds comprend 250 000 actionnaires qui ne sont pas des syndiqués.

11h19: PAUSE

11h09: Renaud Lachance dit que Lavallée a «détourné» des rendements du Fonds en faveur des syndiqués au détriment des actionnaires.

11h04: Témoin dit ne pas avoir «imposé» la FIPOE au Fonds.

10h53: Lavallée explique que tous les placements sont soumis pour approbation. Il peut cependant y avoir eu des exceptions, reconnaît-il.

10h49: La Commission expose les «statuts et règlements» de la FIPOE.

10h42: Témoin explique que la FIPOE n'a pas de fonds de grève, mais que les millions sont là pour assurer les «services» et pour «les temps durs». France Charbonneau s'intéresse à savoir quels sont les services.

10h33: Les revenus de la FIPOE proviennent des «cotisations syndicales» et de «placements».

10h31: On parle maintenant de la fonction de secrétaire-trésorier à la FIPOE.

10h30: Lettre d'une compagnie qui parle de «menaces» provenant de représentants syndicaux sur le chantier de Péribonka. «Je n'ai jamais été au courant de ça», dit Lavallée.

10h20: Témoin dit que les rencontres avec les entrepreneurs se déroulaient surtout en comité. Parlaient de «formation professionnelle» et des projets à venir.

10h09: Lavallée questionné au sujet de tactiques comme ralentissement de chantier.

10h03: Autre référence au témoignage de Pereira, du 30 septembre. Ce dernier parle du placement comme étant une «force incroyable» qui peut influencer un chantier notamment en envoyant des «fonds de baril». «C'est faux, ça», dit Lavallée. «Je n'ai jamais entendu parler de ça de la part de personne.» En gros, Lavallée nie qu'il ou favorisait ou défavorisait des entrepreneurs via le placement.

9h54: Il est question du placement syndical.

9h46: Procureur fait référence au témoignage de Kenneth Pereira, du 30 septembre dernier. Pereira dit que la FIPOE avait beaucoup de pouvoir. «C'est certain qu'un local qui a 18 000 membres a plus d'influence qu'un autre», reconnaît Lavallée.

9h43: «J'ai de la misère avec ma mémoire», dit Lavallée qui a de la difficulté à répondre à certaines questions.

9h40: Lavallée a été directeur général et secrétaire financier de la FIPOE. Les deux postes vont de pair, explique le témoin.

9h36: Début des audiences pour la journée. Jean Lavallée est assermenté. Me Cainnech Lussiaà-Berdou reprend son interrogatoire et précise qu'il aborde le travail du témoin à la FIPOE.

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