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Des pressions de la FTQ sur le PQ?

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin

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La Fédération des travailleurs du Québec (FTQ) a-t-elle fait pression sur le Parti québécois (PQ) afin qu'il s'oppose à la création d'une commission d'enquête sur l'octroi des contrats publics dans l'industrie de la construction? C'est ce que laisse croire la preuve présentée aujourd'hui devant la commission Charbonneau.

Le procureur Me Cainnech Lussiaà-Berdou aura mis bien du temps, mais a finalement poussé l'ex-président de la FTQ-Construction Jean Lavallée dans les câbles au troisième jour de son témoignage.

Après avoir admis qu'il n'était «pas d'accord» avec l'actuelle commission et nié avoir fait des pressions auprès du PQ afin qu'elle ne soit pas créée, le témoin a été confronté à une preuve d'écoute électronique qui suppose tout le contraire.

Dans conversation du 20 avril 2009 interceptée dans le cadre du projet Diligence, Lavallée et Michel Arsenault discutent de l'éventualité d'une enquête. «Va falloir parler à nos amis du PQ», dit alors le premier. «On va en parler à Pauline», lui répond plus tard le président de la FTQ.

Une semaine plus tard, Jean Lavallée répète son intention lors d'un autre appel avec Arsenault le 28 avril. «Je veux qu'on s'organise pour parler tous les deux au PQ parce qu'il ne faut pas qu'il y ait d'enquête. Y'a rien que de la marde qui va sortir», dit-il alors.

Malgré tout, Lavallée maintient aujourd'hui que ces rencontres ne se sont jamais «concrétisées».

Niant par la suite avoir demandé à quelqu'un d'autre d'effectuer des pressions, Jean Lavallée a une fois de plus été pris au jeu lorsque la Commission a fait entendre un appel survenu le 4 mai 2009 entre lui-même et l'entrepreneur Normand Trudel.

Alors que Trudel lui confie avoir parlé à Pauline Marois à propos d'autre chose, Lavallée lance: «Va falloir qu'on se parle avec le PQ pour pas qu'ils aillent faire en sorte... Je pense pas que le Parti libéral veuille une enquête, là...»

Le témoin a dit ignorer si ou Michel Arsenault ou Normand Trudel ont finalement fait pression sur le PQ. «À ce que je sache, personne n'a poussé.»

«Deal avec Blanchet»

L'appel du 20 avril fait aussi référence à un «deal avec Blanchet». Bien qu'il reconnaisse qu'il s'agit de Claude Blanchet, conjoint de la première ministre Pauline Marois, Jean Lavallée n'a pas été en mesure d'éclairer davantage la Commission à ce sujet, évoquant ses «problèmes» de mémoire à la suite d'une opération.

L'ex-président de la FTQ-Construction est sorti de ses gonds lorsque le procureur lui a fait remarquer que sa mémoire ne lui avait pas fait défaut jusqu'à maintenant.

«Ben oui, vous pouvez lire dans ma tête vous... Moi, je le sais que j'ai de la misère», a-t-il lancé, visiblement irrité.

Pot-de-vin à Arsenault

Par ailleurs, Jean Lavallée a raconté que Michel Arsenault se serait bel et bien fait offrir un pot-de-vin par un entrepreneur «italien» pour favoriser le projet d'Énergie Carboneutre; argent qui aurait été refusé. Le témoin a ainsi confirmé la bombe lâchée par l'ex-représentant syndical Kenneth Pereira lors de son témoignage du 7 octobre dernier.

Questionné à ce sujet, Lavallée a répondu que son «ami très proche» lui avait raconté l'histoire du pot-de-vin qui aurait été proposé pour un projet de «décontamination des sols ou quelque chose comme ça».

Ce fait n'a pas semblé fâcher l'ex-président de la FTQ-Construction, au grand étonnement de la Commission. «Si j'avais été présent, ça m'aurait dérangé... Mais je n'étais pas là», a-t-il affirmé. «Comment je peux porter un jugement là-dessus?»

Dossiers au Fonds et à la SOLIM

La Commission a aussi accordé une importance à la gestion des dossiers autant au Fonds de solidarité qu'à son bras immobilier, la SOLIM.

Alors que Jean Lavallée a admis n'avoir aucune formation en finances, le procureur a cherché à savoir comment il pouvait juger les dossiers qui lui étaient présentés.

«Ce ne sont pas nécessairement des gros diplômes [qui siègent au Fonds et à la SOLIM]. Ça prend des gens compétents. On est capable de prendre des décisions à la suite des explications données par des spécialistes», a expliqué le 113e témoin.

Lavallée a d'ailleurs reconnu avoir «poussé» des dossiers au Fonds et à la SOLIM. «J'en ai poussé quelques-uns, mais je n'ai jamais poussé pour faire accepter un dossier qui n'était pas bon», a-t-il dit.

Pourtant, lors d'un appel entre Jocelyn Dupuis et Lavallée en avril 2008, ce dernier raconte avoir travaillé durement pour «passer» des dossiers de son interlocuteur. «J'ai passé tes deux dossiers. J'ai eu de la misère. J'ai mis ma tête sur la bûche sur un», affirme Lavallée.

Concernant la SOLIM, l'ex-président de la FTQ-Construction a expliqué que ce sont les bilans sociaux, préparés par le Fonds, qui doivent servir à juger le dossier.

Or, le commissaire Renaud Lachance a souligné que les bilans sociaux ne font aucunement référence à la réputation d'un partenaire. Jean Lavallée a du même coup nié avoir empêché Guy Gionet, ex-PDG de la SOLIM, de faire des enquêtes supplémentaires, lui demandant de se fier uniquement aux bilans sociaux. «Je ne me rappelle pas avoir dit ça», a-t-il clamé.

Une conversation téléphonique du 24 février 2009 entre Michel Arsenault et Louis Bolduc permet quant à elle de constater que le président de la FTQ s'inquiète du fait que l'adjointe de Lavallée, Lise Kinkhead, prépare des bilans sociaux.

Congédiement de Gionet

Le témoignage de Jean Lavallée permet aussi d'apprendre que l'homme était véritablement en colère en raison de la façon «cavalière» dont la FTQ a traité le PDG de la SOLIM, Guy Gionet.

Le 10 mai 2009, il laisse coup sur coup un message à Michel Arsenault puis à Henri Massé les menaçant de «dévoiler des choses».

«Je prends pas ce qui arrive, là. On est en train de faire une arnaque à Guy Gionet. [...] Tu sais qu'il n'est pas coupable», dit Lavallée, furieux, à la boîte vocale de Massé.

Le témoin a expliqué à la Commission qu'il souhaitait dénoncer publiquement le traitement réservé à Gionet. Il a finalement abandonné lorsque ce dernier a conclu une entente de départ totalisant 1,3 million.

«Pomme pourrie»

Jean Lavallée a d'ailleurs déversé son fiel, cet avant-midi, étant visiblement mécontent d'avoir été assigné comme témoin devant France Charbonneau.

«Je me sens frustré de passer devant cette commission-là. Je suis condamné d'avance.»

«Ce qui vous inquiète, ce n'est pas tant le sort des travailleurs, c'est votre réputation à vous», lui a alors lancé Me Lussiaà-Berdou.

D'ailleurs, alors qu'il tentait de se disculper un peu plus tard, Lavallée a évoqué une «pomme pourrie» qui fait passer tous les autres pour des «corrompus». Récupérant la balle au bond, le procureur et la présidente ont demandé au témoin d'identifier cette personne, mais il s'est aussitôt rétracté.

«Vous le savez», a-t-il dit, avant de modifier ses propos. «S'il y en avait une [pomme pourrie]...», s'est empressé d'ajouter Lavallée.

L'ancien président de la FTQ-Construction est attendu demain matin pour la suite de son témoignage.

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