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Les Ukrainiens de Montréal s'inquiètent

Violence à Kiev

Emmanuel Delacour

La violence qui sévit en Ukraine inquiète jusqu'à Montréal. Les membres de la communauté ukrainienne craignent pour la sécurité de leurs proches à la suite des combats entre la police et les manifestants, qui ont fait cinq morts cette semaine.

«C'est inquiétant et regrettable, car les manifestations étaient pacifiques au début, a souligné Olena Maciw, dont la fille Christina réside en Ukraine. Le président ukrainien, Vitkor Ianoukovitch, s'accroche au pouvoir, ce qui risque de prolonger les heurts entre les protestataires et les forces de l'ordre.»

Mme Maciw, comme plusieurs de ses comparses, demande la démission du président Ianoukovitch. Elle est d'avis que son pays d'origine a besoin de changement.

«Je crains aussi que ma fille, qui a renoncé à sa citoyenneté ukrainienne afin de conserver sa nationalité canadienne, reste prise là-bas. Si le conflit persiste, il se pourrait bien que Ianoukovitch ferme les aéroports», a insisté Mme Maciw.

Cette dernière s'assure de rester en contact avec sa fille tous les jours grâce à Internet. «Je lui parle sur Skype. Son père et moi lui demandons de rester prudente. Nous savons qu'elle restera à l'écart des affrontements, mais elle vit à Kiev, là où la violence est la plus présente», a dit Mme Maciw.

Un conflit complexe

Les opposants aux politiques du président Ianoukovitch sont mécontents de plusieurs aspects de son mandat, mais le rapprochement de l'Ukraine, pays de l'ancienne Union soviétique, avec la Russie crée de nombreuses frictions.

«Il y a deux pouvoirs qui pourraient prendre leur place en Ukraine, soit l'Union européenne ou la Russie. Malgré ce que plusieurs médias laissent entendre, Ianoukovitch n'est pas pro-Russie, mais il agit surtout dans son propre intérêt», a expliqué Luc Duhamel, professeur de sciences politiques à l'Université de Montréal (UdeM).

Selon ce dernier, depuis la venue au pouvoir d'Ianoukovitch, la qualité de vie des Ukrainiens ne s'est pas vraiment améliorée. Le président fait preuve de bien peu de charisme comparativement à sa concurrente politique Ioulia Tymochenko, présentement emprisonnée pour abus de pouvoir, et son prédécesseur, Viktor Iouchtchenko, figure de la Révolution orange.

Le professeur Duhamel rappelle toutefois que malgré les tensions, les citoyens d'origine ukrainienne s'entendent assez bien avec leurs comparses russes. «Près de 20% de la population est russe et tout le monde parle cette langue.»

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