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Arsenault questionné sur son pouvoir

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin

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Épinglette de la FTQ accrochée à son veston, c'est un Michel Arsenault attendu de pied ferme qui s'est présenté ce matin devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction (CEIC).

Après avoir fait son entrée par l'ascenseur réservé aux témoins hostiles à la Commission [NDLR: les témoins qui collaborent ont accès à une entrée plus discrète à l'abri des caméras], l'ex-président de la FTQ a rapidement eu une idée de ce qui l'attendait.

«Quelle est votre relation avec Tony Accurso en date d'aujourd'hui?» a demandé la procureure en chef Me Sonia LeBel en guise de première question, alors que les interrogatoires commencent pratiquement toujours par un portrait du témoin.

«Je lui parle à l'occasion. Il m'a invité à souper après ma décision de prendre ma retraite. On se rencontre à l'occasion. Ce n'est certainement pas un ennemi, mais pas un ami que je vois chaque semaine», a répondu Michel Arsenault, dépeignant plutôt l'entrepreneur comme une connaissance.

Le ton a ainsi été donné. C'en est suivi une confrontation entre le témoin et la procureure, cette dernière l'accusant de se lancer dans le verbiage plutôt que de répondre véritablement aux questions. «C'est parce que je peux aller prendre un café et revenir tantôt, si vous voulez», lui a même lancé Me LeBel à un certain moment.

Ayant un voyage prévu vendredi, Michel Arsenault a informé la Commission qu'il était disposé à répondre aux questions d'ici là, mais qu'il espérait pouvoir partir comme prévu. «Ça dépend si vous répondez aux questions», lui a alors répondu la présidente France Charbonneau.

Toujours la réhabilitation

Après le témoignage de Jocelyn Dupuis et celui de Guy Gionet, la réhabilitation est revenue à l'ordre du jour, aujourd'hui, alors que Michel Arsenault a confirmé cette valeur visiblement bien ancrée dans la mentalité de la FTQ.

L'ex-président a confirmé à la Commission que la FTQ était bel et bien au courant du passé criminel du proche des Hells Ronald «Ronnie» Beaulieu lorsque celui-ci a présenté des dossiers.

«Je crois en la réhabilitation. Je ne suis pas naïf, je ne crois pas en la réhabilitation de tous les gangsters du Québec. Ce n'est pas tout le monde qui croit en ça et je respecte ça. Moi, j'avais entendu dire que Beaulieu était réhabilité, mais c'est devenu un dossier toxique. Il y a des limites à la réhabilitation», a affirmé Arsenault.

Énergie Carboneutre, un dossier chaud

Lorsque Me LeBel lui a demandé quelle était la différence avec Raynald Desjardins, le témoin s'est empressé de dire qu'il ne connaissait pas, à l'époque, l'identité du caïd aujourd'hui accusé de meurtre.

«La différence avec Raynald Desjardins c'est que Ken Pereira venait me voir à l'occasion et me le décrivait comme un capo, pour employer son terme, qui avait les deux mains dans le crime organisé. Moi, Raynald Desjardins je ne le connaissais pas. J'ai été obligé d'aller voir sur Internet c'était qui. C'est un nom qui m'effrayait», ajoutant qu'il avait été «séduit» par le dossier d'Énergie Carboneutre, mais que Jocelyn Dupuis lui a toujours «caché» la participation de Desjardins dans l'entreprise.

D'ailleurs, la preuve électronique obtenue par la commission Charbonneau permet de constater qu'Arsenault a changé son fusil d'épaule en cours de route et qu'il a tenté, par plusieurs moyens détournés, de faire en sorte afin que le dossier ne «passe» pas.

Malgré tout, le président de la FTQ n'a jamais osé se mouiller et dire à Jocelyn Dupuis que la présence de Desjardins posait problème.

«Je ne voulais pas que le dossier passe, mais je voulais maintenir une relation avec Jocelyn Dupuis. Quand j'ai vu que ça sentait la merde, j'ai pris les moyens pour le refuser», a expliqué le témoin à la Commission, précisant qu'il n'avait pas le pouvoir de rejeter un projet.

Le dossier de Carboneutre a été refusé en avril 2009 notamment parce que l'entreprise «n'envoyait pas les documents requis par le Fonds».

Michel Arsenault a par ailleurs admis que Jocelyn Dupuis lui avait demandé d'amener certains dossiers au Fonds de solidarité, mais a nié leur avoir accordé un quelconque traitement préférentiel.

«À ma connaissance, il n'y a jamais eu de fast track au Fonds de solidarité. Sous ma présidence, tous les dossiers ont passé dans la machine à saucisses», a-t-il juré.

Goyette «surveillé de très près»

Il a aussi été question de la relation entre Richard Goyette, successeur de Jocelyn Dupuis à la FTQ-Construction, et Raynald Desjardins.

Lors d'un appel entre Louis Bolduc et Arsenault, le 17 février 2009, ce dernier explique d'entrée de jeu qu'il va parler «en paraboles» au sujet de Desjardins qu'il surnomme tout au long de la conversation «le moineau».

«Goyette prend ses ordres du moineau», dit notamment Arsenault, l'air sûr de ce qu'il avance.

Appelé à commenter devant la Commission, le témoin a changé sa version. «Je n'avais pas de preuve tangible que Goyette prenait ses ordres de Desjardins et je doute de ça encore aujourd'hui. Je ne pense pas qu'il prenait ses ordres de Desjardins», a-t-il déclaré sous serment.

Malgré tout, Michel Arsenault dit que la FTQ a «surveillé Richard Goyette de très près», notamment en ayant la permission de consulter les livres de la FTQ-Construction dès novembre 2008.

Or, dans la conversation du 17 février, Arsenault explique à Bolduc qu'il vient tout juste d'obtenir une lettre antidatée de novembre lui donnant le droit de vérifier les livres. Confronté à cette contradiction, le témoin a expliqué qu'il croit avoir eu l'autorisation verbale de Goyette trois mois avant de recevoir la lettre.

«Jamais, je vais laisser ma place»

La Commission a aussi voulu avoir l'opinion de Michel Arsenault quant au fait que le président de la FTQ soit de facto président du conseil d'administration du Fonds de solidarité.

Devant l'obstination du témoin qui refusait de répondre en prétendant ne pas vouloir se mêler des affaires de la FTQ et ne pas vouloir jouer la «belle-mère», Me LeBel a fait entendre une conversation du 20 avril 2009 entre Arsenault et son prédécesseur Henri Massé obtenue dans le cadre du projet Diligence.

«Jamais, je vais laisser ma place à quelqu'un d'autre [comme président du C.A. du Fonds]! M'a crisser mon camp à la place pis celui qui va me remplacer y va l'avoir la présidence», peut-on entendre de la bouche du président de la FTQ.

«Pourquoi c'est si important que le président de la FTQ soit le président du C.A. du Fonds?» a une fois de plus demandé la procureure. «Personnellement, je crois que c'est une formule gagnante. [...] C'est ce que je pensais à l'époque, c'est ce que je pense encore aujourd'hui», a fini par dire Arsenault.

Le Fonds, un «joyau»

En matinée, Michel Arsenault s'est  lancé dans la longue apologie de la FTQ et de son Fonds de solidarité.

Le 114e témoin à se présenter devant France Charbonneau a notamment nié toute la puissance que certains ont attribuée au syndicat qui représente 600 000 travailleurs.

«Ce n'est pas vrai que la FTQ dirige le Québec et que les gouvernements ont peur de nous autres. [...] Quand je lis dans les journaux le grand patron de la FTQ, ça me fait rire. Quand tu présides la FTQ, tu ne peux pas donner d'ordre ben, ben. Tu dois convaincre le monde», a-t-il expliqué.

Quant au Fonds, Arsenault l'a décrit comme un «joyau» de l'économie québécoise. «C'est un grand succès financier», a ajouté le témoin malgré l'insistance de Me LeBel qui tentait de lui faire dire que le Fonds actuel n'était plus celui de 1983, année de sa fondation.

Michel Arsenault sera de retour à la barre demain pour la suite de son interrogatoire.

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