/news/homepage

Arsenault, trop passif?

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin

Consultez le «minute par minute» de l'avant-midi

Consultez le «minute par minute» de l'après-midi

Malgré le témoignage de Kenneth Pereira et de Jean Lavallée voulant qu'il se soit fait offrir un pot-de-vin dans le dossier d'Énergie Carboneutre, Michel Arsenault persiste et signe: jamais un entrepreneur «italien» ne lui aurait offert 300 000$ pour favoriser le projet au Fonds de solidarité FTQ.

La procureure en chef de la commission Charbonneau, Me Sonia LeBel, aura finalement attendu la deuxième journée du témoignage de l'ex-président de la FTQ pour lui poser la question que tous souhaitaient entendre.

«Je n'ai jamais, jamais, jamais eu une offre de pot-de-vin dans toutes mes années à la présidence de la FTQ. Ça serait plus facile pour moi de vous dire que j'ai eu une offre et que j'ai refusé. Mais c'est faux», a déclaré haut et fort Arsenault.

Lors de son témoignage, Ken Pereira a raconté que Jocelyn Dupuis et un «Italien» s'étaient rendus dans le bureau d'Arsenault pour offrir un pot-de-vin dans le dossier Carboneutre, mais que ce dernier aurait refusé. Jean Lavallée a quant à lui confirmé que le président de la FTQ lui avait raconté cet épisode.

Confronté à ces deux témoignages, le 114e témoin de la Commission a expliqué qu'il «croit» avoir dit que «même si quelqu'un arrivait avec 300 000$», il ne pourrait arriver à faire passer le dossier.

«Je n'ai rien à foutre avec le crime organisé et quand je l'ai su, j'ai agi. Ken Pereira, il a un problème entre les deux oreilles! Je le soupçonne de vouloir détruire la FTQ et la FTQ-Construction», a enchaîné Arsenault en colère.

La procureure a alors demandé au témoin pourquoi, si cette histoire était fausse, il avait pris la peine de faire signer un affidavit à Bernard Girard qu'on pouvait entendre discuter du présumé pot-de-vin dans un enregistrement de Pereira.

«Je dois avouer qu'un affidavit qui nie un événement qui n'est pas arrivé, c'est assez particulier», a lancé Me LeBel.

On peut notamment y lire: «Je n'ai jamais entendu de la bouche de Michel Arsenault qu'il aurait reçu une offre d'argent comptant pour favoriser l'acceptation d'un dossier d'une compagnie de décontamination par le Fonds de solidarité, ni d'aucun autre dossier.»

Arsenault a raconté avoir agi de la sorte pour se «protéger de Pereira». Jean Lavallée a également reçu un document semblable, mais ne l'a jamais signé.

«Menaces» de Pereira

D'ailleurs, alors que Michel Arsenault se plaignait depuis hier d'avoir été «menacé» par Ken Pereira via des messages vocaux, Me LeBel a tenu à éclaircir la chose et a fait entendre les trois messages en question datant d'avril 2010 et dont le témoin a remis les enregistrements à la Commission.

«Tu vas en entendre des enregistrements de ta part», dit notamment Pereira qui informe aussi Arsenault que ses jours comme président de la FTQ sont «comptés», car il compte faire une sortie médiatique. Lors de ses messages, Pereira multiplie allègrement les insultes, traitant notamment Arsenault «d'ostie de vidange». «Checke la télé la semaine prochaine. Tu as encore deux jours pour me rappeler», conclut-il.

Me LeBel a convenu que ces enregistrements permettaient de bien sentir la «frustration» de Ken Pereira, mais a souligné au témoin que ces propos représentaient des menaces à son poste et non à son intégrité physique.

«Moi, je me sens menacé en écoutant ça. C'est tout ce que j'ai à dire», a simplement répondu Arsenault, qui a reconnu ne pas avoir alerté la police. «C'était du délire nos relations avec Pereira. Je suis déçu de voir que c'est la grande vedette des journaux», a-t-il ajouté.

Des dépenses «indéfendables»

On s'est aussi penché sur les allocations de dépenses de Jocelyn Dupuis que le témoin n'a pas hésité à qualifier d'«indéfendables». Alors que la Commission semblait l'accuser d'inaction, Michel Arsenault a affirmé qu'il avait agi rapidement pour régler le problème.

Selon son témoignage, l'ex-président de la FTQ a été informé vers la fin août 2008 du scandale impliquant Dupuis lorsque Ken Pereira a étalé les factures du DG de la FTQ-Construction dans son bureau.

«Il m'a demandé de faire en sorte que Jocelyn Dupuis n'était plus digne d'être le DG de la FTQ-Construction et j'aimerais ça que tu t'exécutes et que Dupuis quitte son emploi. Je me suis engagé à parler à Jean Lavallée de la situation, qui était président de la FTQ-Construction, parce que c'était à eux à faire le ménage», a expliqué Arsenault, rappelant son «pouvoir moral».

«C'était des reçus faits à la main et toujours signés à la main par la même serveuse, Claudette, dans des restaurants différents matin, midi, soir. J'étais choqué de voir ça. L'argent de nos membres, faut administrer ça avec encore plus de rigueur que notre propre argent. Cent cinquante mille dollars sur six mois, c'est indéfendable», a-t-il ajouté.

Le témoin a par la suite expliqué qu'il avait rencontré Lavallée pour lui dire que c'était «inacceptable», mais aussi Dupuis lui-même pour lui souligner son désir de le voir partir.

«Avec le peu de pouvoir que j'avais, Dupuis est parti dans les deux ou trois semaines après que ça a été mis à ma connaissance. [...] Je pense que j'ai fait mon travail. Il est parti et ce n'est pas sous la pression de l'opinion publique», a affirmé Arsenault.

Questionné par rapport à ce qu'il avait fait par la suite, l'ex-président a expliqué qu'il avait fait «des pressions» pour que Dupuis remette l'argent, mais que cela ne s'est jamais fait. «Je n'ai aucun pouvoir. L'administration appartient à nos affiliés», a-t-il dit pour se justifier.

Lorsqu'on lui a demandé pourquoi il n'avait pas contacté les autorités, Michel Arsenault a eu une réponse qui a semblé étonner la Commission. «Le président de la FTQ n'appellera pas la police pour se plaindre d'un de ses officiers... Voyons donc», a-t-il dit.

«Souvent, on va transformer un congédiement en démission pour que cette personne-là puisse se trouver un nouvel emploi. C'est de même que ça fonctionne dans le vrai monde. Un congédiement, c'est la peine capitale!»

Voie «d'évitement» et passivité

Dans le même ordre d'idée, la Commission s'est intéressée aux «dossiers toxiques» impliquant les proches des Hells Angels Denis Vincent et Ronald «Ronnie» Beaulieu.

Autant France Charbonneau, Renaud Lachance que Me Sonia LeBel ont alors dépeint Michel Arsenault comme un dirigeant passif ayant choisi le chemin de «l'évitement».

«Peu importe le problème, on dirait que votre priorité c'est toujours de mettre ça sous la couverture», a dit la présidente au témoin. «Vous avez soit pas de pouvoir ou vous avez décidé de ne pas l'exercer», a surenchéri la procureure en chef.

C'est que, selon la preuve de la Commission, Arsenault a été mis au courant dès mars 2009 que Jean Lavallée, qui siégeait toujours à la SOLIM, réclamait des pots-de-vin. C'est du moins ce que lui explique le PDG du Fonds, Yvon Bolduc, lors d'un appel le 9 mars.

Lorsque Renaud Lachance lui a demandé s'il avait agi après avoir pris connaissances de ses informations, le témoin a répondu ne jamais avoir eu une preuve concrète de ce fait. Il a toutefois été forcé d'admettre qu'il n'a jamais demandé précisément qu'on lui amène cette preuve. Arsenault n'aurait d'ailleurs jamais relancé Bolduc à ce sujet.

L'ex-président de la FTQ a tenu le même argumentaire lorsqu'est venu le temps de parler de Denis Vincent. Selon Michel Arsenault, les relations de Denis Vincent avec les Hells n'étaient que «rumeurs» à l'époque.

«Si Denis Vincent c'est un bandit, pourquoi on ne l'arrête pas?» a-t-il demandé.

Pourtant, lors d'une autre conversation entre Arsenault et Bolduc, le 24 mars 2009, ce dernier se montre clairement réticent à aller de l'avant dans le projet de Place Telus en raison de la participation de Vincent.

«C'est un bon deal», dit le PDG du Fonds à son interlocuteur en s'empêchant de préciser que la FTQ devra peut-être se retirer en raison de la présence du Groupe BVD de Denis Vincent.

«Pourquoi on sortirait?» demande alors Arsenault. «Ben là, c'est Denis Vincent», lâche Bolduc. «C'est un type de dossier qui peut nous sauter dans la face à cause de Denis Vincent», ajoutera-t-il plus tard, précisant qu'il s'agit d'un ami de Jocelyn Dupuis.

Concernant «Ronnie» Beaulieu, le témoin a juré avoir «tout appris par les médias». Encore une fois, il a affirmé avoir agi lorsqu'il a été mis au courant.

«J'avais besoin de ça comme un trou dans la tête», a même laissé tomber Arsenault au sujet du projet 10/35 impliquant un bar de danseuses.

Relation avec Accurso

Cette deuxième journée de témoignage s'est terminée de façon plutôt abrupte alors que Me LeBel a fait entendre un extrait d'écoute électronique qui pourrait remettre en doute une partie du témoignage de Michel Arsenault.

Plus tôt aujourd'hui, l'ex-président de la FTQ a raconté avoir connu Tony Accurso au début des années 90 alors qu'une entreprise était en difficulté financière et que le Fonds avait sauvé les emplois en confiant le carnet de commandes à une entreprise d'Accurso.

Or, dans un appel du 14 mars 2009 entre Arsenault et son conseiller Gilles Audette, le président raconte qu'il est à construire une histoire pour expliquer son amitié avec Accurso.

«Je suis assis là, je suis train de me broder une histoire comment ça se fait que je suis venu chum avec Tony. C'est à cause d'Hyprescon. C'est le syndicat des Métallos, je vais checker avec Clément, mais je veux être capable de dire sur la place publique nous autres, on perdait 200 membres. La shop s'en allait, les cadenas étaient sur la porte. Puis on est allé le voir avec le Fonds de solidarité pour sauver nos jobs. Pis à partir de là, on a établi une relation correcte», peut-on entendre.

Michel Arsenault sera questionné à ce sujet demain matin.

Incorrect or missing Brightcove Settings

Incorrect or missing Brightcove Settings

Dans la même catégorie