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Boucles d'oreilles de 12 500$ en cadeau d'Accurso

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin | TVA Nouvelles

Antonio «Tony» Accurso semblait être d'une générosité sans bornes lorsque venait le temps d'offrir des cadeaux à ses amis. C'est du moins ce qui ressort du quatrième et dernier jour du témoignage de Michel Arsenault devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction (CEIC).

«Est-ce vous avez eu d'autres cadeaux de M. Accurso?» a demandé la procureure en chef Me Sonia LeBel en faisant référence au séjour sur le Touch, le luxueux yacht d'Accurso. «Personnellement, non», a répondu le témoin.

Lorsqu'on lui a demandé de définir «personnellement», Arsenault a expliqué que l'entrepreneur, qui fait aujourd'hui l'objet d'accusations criminelles, a offert des boucles d'oreilles à sa conjointe, Francine, après que cette dernière eut offert un décanteur à vin et un ouvre-bouteille d'une valeur d'environ 600$ aux Accurso fin 2008, début 2009.

Selon l'ex-président de la FTQ, Accurso aurait fait livrer à Francine des boucles d'oreilles provenant de la prestigieuse bijouterie Birks. En se rendant sur place pour les faire ajuster, la conjointe d'Arsenault a toutefois appris la valeur du cadeau: 12 500$.

«Je lui ai demandé de les rendre à Accurso. J'étais inconfortable avec ça», a clamé le 114e témoin de la CEIC.

Or, la preuve de la Commission permet d'apprendre que les boucles d'oreilles ont bel et bien été ajustées et que Francine les a récupérées chez Birks le 11 mars 2009. Lorsque Me LeBel a soumis au témoin que le cadeau n'avait jamais été remis, ce dernier est sorti de ses gonds. «Ma femme a rendu ces boucles d'oreilles à Tony Accurso», a-t-il affirmé une fois de plus.

«On va payer»

Michel Arsenault a aussi été longuement questionné au sujet des rénovations qu'il a faites à son domicile en 2009.

La Commission a tenté de faire dire au témoin qu'il avait l'intention de faire exécuter les travaux par Accurso au rabais, mais qu'il a changé d'idée lorsqu'il a constaté que la controverse de son séjour sur le Touch éclaterait sous peu au grand jour.

«On a payé les travaux de la première à la dernière cenne», a répété à de nombreuses reprises Arsenault, ce que ne contestait pas la Commission.

En fait, la preuve présentée démontre que la nouvelle du séjour d'Arsenault sur le Touch a commencé à se répandre au sein même de la FTQ dès le début février 2009. Devant la tournure des événements, Francine avoue, le 19 février, s'inquiéter pour son conjoint qui lui répond finalement qu'il va donner une avance de 10 000$ pour les travaux à Accurso et que «tout va bien aller».

La même journée, Arsenault et Accurso se parlent et le président de la FTQ demande à son ami à quelle compagnie il doit faire le chèque.

C'est toutefois la conversation du 23 février entre Arsenault et sa conjointe qui a particulièrement attiré l'attention alors que Francine appelle son conjoint et lui explique que le plancher qui est en train d'être posé est très dispendieux. Même l'ouvrier se serait montré étonné.

«Ben coup donc, c'est Tony qui nous a dit de prendre ça, c'est lui qui va payer ça», dit Francine à Michel. «On va payer», lui répond simplement ce dernier. «Hin?» dit-elle, visiblement étonnée. «On va payer», répète Arsenault.

Finalement, dans une écoute électronique du 7 avril, Arsenault dit: «Il va parler à Annie [la décoratrice] demain. C'est Annie qui va facturer. C'est tout arrangé, mais elle ne le sait pas.» «Je n'ai pas hâte de voir le montant», répond alors Francine.

Malgré tout, le témoin a nié et a expliqué qu'Accurso lui avait remboursé les 10 000$ puisqu'il n'avait fait aucun travail.

Autre PPP, autre intervention

Alors que la Commission laissait entendre, hier, que Michel Arsenault avait fait du lobbying pour le compte de Tony Accurso dans le dossier du PPP du prolongement de l'autoroute 30, le PPP de Turcot a quant à lui été abordé cet avant-midi.

On a notamment pu entendre un message laissé à Arsenault par Bernard Poulin, un ami d'Accurso, qui précise qu'il a rencontré ce dernier et qu'il veut «casser» le PPP du projet Turcot.

Le témoin a reconnu avoir approché des ministres à ce sujet, mais, tout comme il l'a invoqué hier, dans «l'intérêt général du Québec» et non pour favoriser un partenaire du Fonds.

«M. Accurso partageait une opinion que d'autres entrepreneurs partageaient», a dit l'ex-président de la FTQ.

«Faveur» pour Tomassi

Il a aussi été question d'un appel entre Michel Arsenault et l'ex-ministre libéral Tony Tomassi au cours duquel ce dernier demande un coup de main pour aider un entrepreneur.

Après que Tomassi eut expliqué la situation, le président lui répond qu'il va s'«organiser pour que quelqu'un du Fonds l'appelle [l'entrepreneur] tout de suite».

La preuve d'écoute électronique permet de constater que deux jours plus tard, Arsenault laisse un message à Réjean Leblanc, lui demandant de prendre le dossier en main. «Tony m'a demandé ça comme une faveur - tu sais comment ils sont - et moi j'ai souvent besoin de Tony aussi, comprends-tu?» explique-t-il.

En guise de défense, le témoin a affirmé qu'à sa connaissance, le dossier ne s'était jamais concrétisé et que, de toute façon, il n'avait pas «mis de pression».

En après-midi, Michel Arsenault a été contre-interrogé par les avocats du Parti libéral du Québec (PLQ), du Parti québécois (PQ) et de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec.

C'est ce qui met fin au témoignage de l'ex-président de la FTQ qui aura finalement passé quatre journées complètes devant la commission Charbonneau. Les audiences de la CEIC font relâche la semaine prochaine et reprendront le 10 février.

MISES À JOUR

17h45: Fin des audiences pour la semaine. Reprise des audiences le 10 février.

17h44: Arsenault veut faire deux remarques.

17h43: Fin du contre-interrogatoire par Me Tremblay.

17h38: Arsenault dit s'être senti «violé» lorsqu'il a appris qu'il avait été sous écoute électronique.

17h35: Me Tremblay dit vouloir faire une rétrospective de ce qui s'est passé en politique au Québec depuis 2008.

17h31: On revient sur la conversation avec Élaine Zakaïb, aujourd'hui ministre sous Pauline Marois.

17h25: Me Tremblay poursuit toujours son contre-interrogatoire. Cette fois, on discute de Blanchet et Marois.

17h00: Depuis quelques minutes, Arsenault est interrogé au sujet de BLF.

16h50: Il est question du lobbying fait auprès du PLQ concernant la tenue d'une enquête sur l'industrie de la construction.

16h28: Il est question du passage de Claude Blanchet au Fonds.

16h15: Fin du contre-interrogatoire par Me Décary. Dernier contre-interrogatoire, celui de Me Estelle Tremblay, du PQ. Elle commence en parlant de la récession de 1981.

16h10: Reprise des audiences. Me Décary est de retour au lutrin.

15h43: Fin du contre-interrogatoire par Me Décary. PAUSE

15h18: Me Décary enchaîne sur l'histoire d'Élaine Zakaïb.

15h12: Témoin dit ignorer qui sont les «amis» de Lavallée au PQ. Arsenault dit avoir parlé à beaucoup de monde du PLQ pour «empêcher la venue d'une enquête». «Du premier ministre, en descendant», dit-il.

15h04: Arsenault dit qu'il ignorait que le montant dans le dossier BLF était de 2 999 999,70$, soit 0,30$ de moins que le montant à partir duquel les dossiers de la SOLIM doivent aussi passer par le Fonds. «C'est clair qu'on voulait le régler rapidement», dit-il quand même.

14h58: Arsenault admet avoir invité Pauline Marois au 357c le 17 février 2009, le même jour où il a parlé de BLF avec Louis Bolduc. Témoin dit que c'était une rencontre «politique» et qu'il n'a pas été question de la société de son conjoint.

14h55: Me Décary veut faire dire au témoin que l'investissement dans la société de Blanchet a été fait dans l'optique où Marois deviendrait première ministre un jour. Arsenault nie. Dit que personne n'aurait pu dire ça en 2009.

14h44: Contre-interrogatoire par Me Michel Décary, représentant le PLQ. On revient sur le «deal» avec Claude Blanchet.

14h42: Fin du contre-interrogatoire par Me Houle.

14h28: Me Houle aborde une série de points en rafale.

14h08: Il est question des élections de novembre 2008 à la FTQ-Construction.

14h04: Reprise des audiences et du contre-interrogatoire par Me Houle.

12h30: PAUSE DU DÎNER

12h29: Arsenault se fâche en disant qu'il ne refera pas tout son témoignage. France Charbonneau intervient et lui ordonne de répondre aux questions.

12h22: Me Houle questionne Arsenault sur les dossiers toxiques.

12h18: Me LeBel annonce la fin de son interrogatoire en chef. Arsenault demande s'il peut faire ses «remarques». On lui dit d'attendre à la fin. Me Denis Houle, de l'ACRGTQ, amorce son contre-interrogatoire.

12h17: Arsenault refuse de dire qu'il voulait avantager Accurso dans ce dossier.

12h09: Procureure revient sur le mélange des rôles de président de la FTQ et de président du Fonds. Demande l'avis du témoin qui refuse de se prononcer. «Moi, je ne suis plus là.»

12h01: Me LeBel annonce une dernière écoute. Appel du 8 janvier 2009 entre Arsenault et Gilles Audette. Il est question du dossier Cimenterie Chandler. «J'ai soupé avec Tony l'autre soir. Lui, il serait prêt à regarder ça avec les Italiens. Y faudrait pas que ça se sache que le Fonds est là-dedans», dit Arsenault. Témoin dit se souvenir du dossier. «Qui est le cartel des Italiens?» demande Me LeBel. «On parle de cimentiers italiens», répond Arsenault.

11h58: Arsenault dit qu'à sa connaissance le dossier n'a pas été fait. Selon lui, rien de mal là-dedans. Il n'a pas ordonné de faire le dossier. «Je n'ai jamais mis de pression.»

11h52: Me LeBel revient sur le fait qu'Arsenault a dit ne pas avoir de pouvoir au Fonds. Écoute électronique du 23 février 2009 entre Arsenault et Tony Tomassi. «Je ne sais pas si tu peux m'aider, j'ai un entrepreneur qui est à Anjou», annonce Tomassi. «Je vais m'organiser pour que quelqu'un du Fonds l'appelle tout de suite», répond plus tard Arsenault. Écoute électronique du 25 février 2009. Arsenault laisse le message à Réjean Leblanc d'appeler l'homme référé par Tomassi. «Tony m'a demandé ça comme une faveur - tu sais comment ils sont - et moi j'ai souvent besoin de Tony aussi, comprends-tu?»

11h48: Arsenault reconnaît être déjà allé à l'Hôtel Quintessence avec Accurso, mais dit avoir payé sa chambre, environ 400$. Écoute électronique du 24 mars 2009 entre Arsenault et Accurso. «I need to pay my room», dit Arsenault. «C'est faite, c'est faite», répond Accurso. «C'est moé qui paye avec la carte de crédit du Fonds.» «Absolument.» Arsenault dit aujourd'hui qu'il a payé avec sa carte personnelle et s'engage à en fournir la preuve à la Commission.

11h46: Arsenault dit que Poulain et Accurso ne se voient pas régulièrement, à sa connaissance. «Ils étaient partenaires dans certains dossiers.»

11h42: «J'ai fait une erreur ce matin et j'aimerais la corriger.» Procureure décide de faire entendre un appel avant. Écoute électronique du 3 avril 2009 entre Arsenault et Jean Lapierre. Maintenant, Arsenault dit que la conversation confirme ce qu'il a dit ce matin.

11h41: Reprise des audiences. Arsenault pourrait être contre-interrogé dès le début de l'après-midi.

11h03: PAUSE

11h02: Témoin dit que le ski a eu lieu à Tremblant et que le condo en question appartient à la SOLIM. Arsenault prend l'engagement de fournir à la Commission les informations au sujet du condo.

10h59: On parle toujours de la dernière écoute. Bolduc parle de la «pègre» au sein de la FTQ. Ouï-dire, répond Arsenault. Répète que le président de la FTQ n'est pas «un chef de police».

10h50: Fin de l'écoute. Accurso aurait découragé Arsenault d'embarquer dans Carboneutre.

10h41: Écoute électronique du 15 février 2009 entre Arsenault et Louis Bolduc. Arsenault raconte qu'il revient de ski. Il a utilisé un condo gratuit. Louis Bolduc qui y est allé lui aussi. Bolduc évalue la «suite» à «300$».

10h36: Il est question d'un appel entre Arsenault et sa conjointe le 7 avril 2009. «Il va parler à Annie demain, c'est Annie qui va facturer», dit Arsenault. «C'est tout arrangé, mais elle ne le sait pas. Elle va le savoir demain.» «Ok, j'ai pas hâte de voir le montant», lui dit sa femme.

10h35: Commission maintient qu'Arsenault a décidé de payer les rénovations après avoir vu qu'il allait être éclaboussé dans l'histoire du Touch.

10h30: Il est question d'un appel entre Arsenault et sa conjointe le 23 février 2009. Francine explique que le plancher qui est en train d'être posé est très dispendieux. Même le travailleur lui dit qu'il a rarement posé ça. «Ben coup donc, c'est Tony qui nous a dit de prendre ça, c'est lui qui va payer», dit Francine. «On payera», répond Arsenault. «Hin?» «On payera.»

10h22: Écoute électronique du 19 février 2009 entre Arsenault et Accurso. Arsenault demande à Accurso à quelle compagnie il doit faire le chèque. Témoin maintient sa version. «J'ai décidé d'user de prudence», dit-il. Arsenault dit que Construction Louisbourg lui a par la suite renvoyé un chèque.

10h17: L'histoire du bateau a commencé à circuler dans les rangs de la FTQ en février 2009. Entre le 7 et le 20, Arsenault comprend que l'histoire va sortir dans les médias. En date du 19, la conjointe d'Arsenault dit qu'elle s'inquiète pour lui. Ce dernier lui répond qu'il va donner une avance de 10 000$ pour les travaux et que tout va bien aller. Arsenault répond qu'à l'origine Accurso devait faire des travaux, ce qu'il n'a pas fait. Argent lui a été remis.

10h13: «D'autres avantages?» «Non.» Arsenault reconnaît qu'il a fait des travaux à son domicile en 2009. Dit avoir été interrogé par la police à ce sujet. La police croyait qu'Accurso avait payé une partie des travaux. Arsenault dit qu'il a payé les travaux «de la première à la dernière cenne».

10h07: Selon une transcription d'écoute électronique, l'épouse d'Arsenault dit à ce dernier que les boucles d'oreilles ont 4,6 carats et valent 12 500$. Procureure soumet que les boucles d'oreilles n'ont jamais été remises. Les boucles d'oreilles ont été réparées, puis récupérées chez Birks le 11 mars 2009, dit Me Lebel. Arsenault maintient que les bijoux ont été remis. «Ma femme a rendu ces boucles d'oreilles-là à Tony Accurso.»

9h59: «Est-ce que vous avez eu d'autres cadeaux de M. Accurso?» «Personnellement, non!» «Définissez "personnellement".» Arsenault dit que sa conjointe a reçu un cadeau d'Accurso à la suite d'un «échange de cadeaux». Sa conjointe a offert un décanteur à vin et un ouvre-bouteille. Valeur d'environ 600 ou 700$, dit-il. En échange, Accurso a fait livrer des boucles d'oreilles de chez Birks à la conjointe d'Arsenault. Or, lorsqu'elle a fait réparer les boucles d'oreilles, on lui aurait dit que la valeur réelle était entre 8000 et 12 000$. «Je lui ai demandé de les rendre à Accurso. J'étais inconfortable avec ça.» C'était fin 2008, début 2009.

9h57: Me LeBel fait remarquer que dans la conversation il est question d'un futur voyage sur le Touch. Témoin dit qu'il n'a plus jamais refait un voyage avec Accurso.

9h56: «M. Accurso partageait une opinion que d'autres entrepreneurs partageaient», dit Arsenault.

9h53: Encore une fois, Arsenault dit être intervenu dans «l'intérêt général du Québec».

9h50: Fin de l'écoute. Arsenault dit que Poulin n'est pas un partenaire du Fonds, mais un ami d'Accurso.

9h47: Il est aussi question de Lavallée dans l'écoute. Arsenault menace de le sortir de la SOLIM. Accurso dit qu'il va l'«appuyer» parce qu'il l'a vu agir avec quelqu'un dont il ne veut pas dire le nom. «Si tu as une chance, parle-lui. C'est toi le gars qu'il va le plus écouter», dit Arsenault.

9h41: Écoute électronique du 26 février 2009 entre Arsenault et Accurso. Il est question encore du PPP Turcot. Arsenault dit que quand il parle de ça aux ministres, ils répondent que si ça se fait «local», «les extras coûtent les yeux de la tête».

9h39: Écoute électronique du 25 février 2009. Message laissé à Arsenault par Bernard Poulin. Il précise qu'il a rencontré Accurso et qu'il veut «casser» le PPP du projet Turcot.

9h35: Début des audiences pour la journée. Me Sonia LeBel veut revenir sur le sujet de l'autoroute 30 et les PPP. C'est à ce sujet qu'Accurso avait appelé Arsenault. Or, lors d'un appel avec Jean Charest, Arsenault précise que plusieurs «partenaires» l'ont appelé à ce sujet. Aujourd'hui, Arsenault a de la difficulté à dire avec précision de qui il s'agit.

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