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1,2 million en ristournes à Gérard Cyr

Commission Charbonneau

Hugo Bourgoin | TVA Nouvelles

Un million deux cent mille dollars. Voilà la somme que l'entreprise Ganotec aurait versée en ristournes au syndicaliste Gérard Cyr de 1998 à 2006.

C'est la bombe qu'a lâchée le pdg de l'entreprise spécialisée en mécanique industrielle, Serge Larouche, lors de son témoignage devant la Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction (CEIC).

Le 116e témoin de la Commission, visiblement mal à l'aise d'avoir à se prêter à l'exercice, a raconté qu'en janvier 2000, Ganotec était à la recherche d'un nouveau directeur pour son bureau de Montréal en raison d'une baisse de ses contrats. Gérard Cyr, qui dirigeait le local 144 du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (l'International), aurait alors soumis le nom d'Eugène Arsenault au président de Ganotec pour occuper le poste.

Arsenault a été engagé et l'entreprise n'a pas mis de temps à constater les effets bénéfiques de sa nouvelle acquisition, a raconté Larouche. «Nous avons augmenté nos revenus dans la région de Montréal. Eugène a eu un impact rapide», a-t-il expliqué, ajoutant que le contrat de Pétro-Canada avait même suivi Arsenault de son ancien employeur vers Ganotec.

Surprise, toutefois, quelques mois plus tard, Gérard Cyr aurait demandé au président de la compagnie Léopold Gagnon une ristourne de 1% sur les contrats de Ganotec avec Shell et Pétro-Canada. Gagnon et Larouche se seraient tout d'abord entendus pour dire que «ça n'avait pas de sens», mais le président serait revenu quelques mois plus tard en expliquant qu'il n'avait «pas le choix» de verser une ristourne de 0,5% des contrats avec les deux pétrolières à Cyr.

«J'ai compris que Gérard mettait en valeur le fait qu'il avait agi comme un lobbyiste dans la venue d'Eugène chez Ganotec», a alors expliqué le pdg.

Selon des calculs de Serge Larouche, Ganotec aurait ainsi versé 1,2 million de 1998 à 2006.

Fausse facturation

Comment Ganotec a-t-elle pu générer assez d'argent comptant pour verser plusieurs dizaines de milliers de dollars annuellement à Gérard Cyr? Stratagème de fausse facturation, a expliqué le témoin et, selon les dires de ce dernier, c'est Louis-Pierre Lafortune de Fortier Transfert qui orchestrait le tout.

C'est d'ailleurs Eugène Arsenault qui aurait confié à Larouche que Lafortune rendait «ce genre de service». Il semble que Lafortune exigeait une part de 10% de la fausse facturation et qu'il remettait la balance en argent comptant.

La Commission a d'ailleurs déposé en preuve l'une des fausses factures pour corroborer les dires du témoin.

Les versements à Gérard Cyr auraient finalement pris fin en 2006 lors de l'achat de Ganotec par Kiewit, mais Serge Larouche a expliqué à la Commission avoir donné 30 000$ de son argent personnel à l'homme au moment de la vente et dans les mois suivants pour «acheter du temps».

Cyr lui a toutefois remis cet argent en mars 2008, lors d'une rencontre entre les deux hommes. «Il m'a remis l'argent dans un sac de plastique et il m'a dit, en voulant dire, "je suis clean" ou quelque chose du genre.»

Pots-de-vin

Ce ne serait toutefois pas les seuls montants versés à Gérard Cyr au cours des années. Toujours selon le pdg, Ganotec aurait offert des pots-de-vin au syndicaliste. «Les choses allaient mieux quand Gérard avait de l'argent comptant», a-t-il expliqué.

Cyr aurait entre autres touché un pot-de-vin de 40 000$ vers 1997. «J'ai été mis au courant et je ne me souviens pas m'être objecté. Peut-être que j'ai vu ça comme une protection», a raconté Larouche.

Lorsque le procureur Me Cainnech Lussiaà-Berdou a demandé au pdg à quel type de protection il faisait référence, ce dernier n'a pas hésité. «Le fond du baril. Le 144 contrôle la référence syndicale. Tu veux des soudeurs capables de souder ce que tu as à souder», a-t-il expliqué.

C'est que le témoin a aussi parlé d'un projet de Ganotec à Lebel-sur-Quévillon qui avait connu des débuts «difficiles» dans les années 90. Serge Larouche a alors parlé de main-d'œuvre «inexpérimentée» provenant du local 144, ce qu'il a qualifié de «fond de local».

Le pdg a fait état d'un autre pot-de-vin qu'aurait reçu Gérard Cyr, mais dont il a avoué ne pas avoir été témoin, cette histoire lui ayant été racontée. Dans le cadre d'un projet de pipeline en Abitibi en 1994, Ganotec aurait offert un «cadeau de Noël monétaire» à Cyr pour «stimuler les troupes».

Peu de réceptivité

Questionné à savoir s'il avait tenté de dénoncer, Serge Larouche a raconté avoir approché, au cours des années, deux ministres du Travail (Laurent Lessard et David Whissell), ainsi que la Commission de la construction du Québec.

«C'était assez difficile de se faire entendre. On parlait de Gérard et du 144 et la réponse c'était : "On ne peut pas toucher à ça"», a relaté le pdg au sujet de sa rencontre avec Laurent Lessard.

Serge Larouche a complété son témoignage en fin de journée et sera contre-interrogé demain matin. Ce passage devant la Commission est visiblement un exutoire pour le dirigeant de Ganotec.

MISES À JOUR

16h37: Fin des audiences pour la journée.

16h34: Me Lussiaà-Berdou annonce en avoir terminé avec le témoin. Larouche sera contre-interrogé demain matin.

16h30: Larouche dit qu'une situation comme celle qu'il a vécue avec Cyr pourrait se reproduire.

16h26: «À l'Inter, il y a comme une nouvelle génération de leaders. Je sens un vent de renouveau, il y a une nouvelle atmosphère qui règne. Pour moi, c'est positif.»

16h22: Le témoin dit également avoir rencontré Diane Lemieux, de la CCQ, pour lui parler de Cyr.

16h21: «Je n'ai jamais senti le besoin immédiat d'y aller», répond Larouche quand procureur lui demande pourquoi il n'est jamais allé voir les autorités.

16h17: Larouche dit aussi avoir tenté d'avertir le ministre David Whissell. Ce dernier lui aurait dit qu'il n'aimait pas ce qu'il entendait.

16h13: Déjeuner Larouche-Cyr en mars 2008. Cyr remet les 30 000$ versés. «Il m'a remis l'argent dans un sac de plastique et il m'a dit, en voulant dire, "je suis clean" ou quelque chose du genre.» «M. Cyr m'a dit: "on m'a conseillé de te faire passer".»

15h59: En mai, Larouche a appris que Cyr faisait du lobbying chez Suncor et Ultramar pour dénigrer Ganotec. Le pdg dit qu'il a avisé les pétrolières des versements faits à Cyr. «J'ai donné 20 000$ de mon argent à Gérard. Je ne sais pas si j'achetais du temps... Disons que ça n'a pas été ma meilleure idée.» Un relevé de compte vient confirmer le «cadeau de Noël» à Gérard Cyr. Retrait de 20 000$ le 3 décembre 2007.

15h54: Lors de l'achat, Kiewit a signé une lettre comme quoi elle avait été avisée des paiements faits à Cyr, dit le témoin. Lettre déposée en preuve par la Commission.

15h50: «J'ai personnellement versé 10 000$ à Gérard Cyr. Dans ma tête, j'achetais du temps», affirme Larouche. L'événement se serait produit le «jeudi saint avant la Pâques 2007».

15h44: Lorsques les actionnaires se sont prononcés en faveur de l'offre de Kiewit, les tuyauteurs ont cessé de travailler chez Ultramar, raconte le témoin.

15h39: Larouche aurait rencontré Cyr à la demande de ce dernier pour lui dire que Gagnon n'est pas satisfait de l'offre d'achat de Kiewit.

15h36: Reprise des audiences. Témoin dit que c'est à Laurent Lessard qu'il aurait parlé de Gérard Cyr en 2005.

15h02: PAUSE

14h54: Les versements à Cyr ont cessé en 2006. Louisbourg a tenté d'acheter Ganotec, explique Larouche. «Je n'étais pas intéressé du tout. Pour moi, c'est comme si Ganotec allait être acheté par un syndicat.» Finalement, c'est Kiewit qui a acheté Ganotec.

14h50: Larouche dit que le système de Lafortune était «efficace». Léopold Gagnon surnommait Cyr son «consultant».

14h46: «La plupart du temps, Louis-Pierre Lafortune m'amenait ça au bureau de Ganotec», explique le témoin au sujet de l'argent comptant. Parfois, c'était aussi un «commissionnaire».

14h44: Mise en place d'un système de fausse facturation. Larouche dit que Lafortune gardait 10% pour lui et remettait le reste en argent comptant. La Commission dépose une des fausses factures en preuve.

14h41: Procureur demande comment la compagnie a pu amasser autant d'argent comptant. Larouche dit que la compagnie a arrêté de donner des cadeaux aux surintendants. En 2002, arrive Grues inter-provincial. «Autour de ce fournisseur est apparru un autre fournisseur: Fortier Transfert, soit Louis-Pierre Lafortune.» Larouche a questionné Arsenault à savoir comment obtenir de l'argent comptant. Lui répond que Lafortune «rend ce genre de service». Larouche a personnellement approché Lafortune à ce sujet.

14h38: Larouche dit, chiffres à l'appui, que Ganotec a versé 1,2M$ à Cyr de 1998 à 2006.

14h35: On poursuit. «J'ai compris que Gérard mettait en valeur le fait qu'il avait agi comme un lobbyiste dans la venue d'Eugène chez Ganotec.»

14h33: L'avocat de Cyr s'oppose. La présidente lui demande de se taire.

14h32: Au printemps 2000, Cyr a demandé 1% des revenus de Ganotec sur les contrats de Shell et Pétro-Canada. Les dirigeants s'entendent pour dire que «ça n'a pas de sens». Finalement, Léopold Gagnon revient à l'été et dit que 0,5% des revenus seront versés à Cyr. Gagnon dit qu'ils n'ont «pas le choix».

14h29: Arsneault a été engagé. «Nous avons augmenté nos revenus dans la région de Montréal», explique le témoin. «Eugène a eu un impact rapide.» Larouche explique qu'un contrat avec Pétro-Canada a suivi Arsenault chez Ganotec. CNC a entamé une poursuite.

14h25: Le témoin en est à raconter une histoire impliquant Eugène Arsenault, en janvier 2000, alors que Ganotec cherchait à engager un nouveau directeur pour son bureau de Montréal. Lors de son entrevue, Arsenault s'est présenté avec trois autres personnes. C'est Cyr qui avait avisé Ganotec de la disponibilité d'Arsenault.

14h23: Larouche dit se souvenir avoir inséré des billets de 1000$ dans des cartes de Noël pour des surintendants de Ganotec. Dit que la compagnie avait «une petite caisse noire», nommée «Noëla».

14h17: On parle des tirages sur les chantiers. Dit qu'une enveloppe contenant 453$ s'est retrouvée sur son bureau par erreur en 2010. Dit avoir communiqué avec l'escouade Marteau, pis a finalement remis l'enveloppe à l'avocate de Ganotec. L'argent est finalement arrivé entre les mains de la Commission, hier.

14h14: «C'est assez difficile de se faire entendre», dit le témoin qui dit notamment avoir approché le ministre du Travail en 2005. «On parlait de Gérard du 144 et la réponse c'était: "On ne peut pas toucher à ça."»

14h11: «Ce n'est pas seulement de la référence syndicale. C'est fortement conseillé de travailler avec eux», explique Larouche.

14h09: Reprise des audiences.

12h26: PAUSE DU DÎNER

12h24: «Le 144 se mêle même du choix des contremaîtres généraux», ajoute Larouche.

12h19: Témoin parle d'un pot-de-vin de 40 000$ qu'aurait remis l'ancien dirigeant de Ganotec, Léopold Gagnon, à Cyr. «J'ai été mis au courant et je ne me souviens pas m'être objecté. Peut-être que j'ai vu ça comme une protection», dit Larouche. Procureur demande quelle sorte de protection. «Le fond du baril. Le 144 contrôle la référence syndicale. Tu veux des soudeurs capables de souder ce que tu as à souder», explique-t-il­.

12h15: Larouche parle d'un cadeau qui aurait été donné à Gérard Cyr pour «stimuler les troupes» lors d'un contrat à Val-d'Or en 1994. Le témoin s'est fait dire que les choses allaient mieux quand Cyr recevait de l'argent.

12h11: Larouche parle d'un projet à Lebel-sur-Quévillon qui a connu des débuts «difficiles». Il parle notamment de «main-d'oeuvre inexpérimentée» provenant du local 144, de «fond de local».

12h08: C'est avec le local 144, de l'International, que Ganotec fait le plus affaires. Larouche connaît Gérard Cyr, qui dirigeait le 144, devient 1997, estime-t-il.

12h04: Larouche explique que Ganotec emploie des travailleurs de syndicats provenant du milieu de la construction.

11h59: À partir de 1993, Ganotec a commencé à travailler pour des raffineries de Montréal. Il est question de travaux de maintenance.

11h57: Larouche travaille pour Ganotec depuis 1992. Il a été dg de 1996 à 2007. Il est maintenant pdg. Ganotec est spécialisée dans la mécanique industrielle.

11h56: Reprise des audiences. M. Larouche est assermenté et on dresse son portrait. Il sera interrogé par Me Cainnech Lussiaà-Berdou.

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