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Qui gagnera la bataille du 2.0?

Québec 2014 sur le web

Hugo Bourgoin

Le temps où les partis politiques devaient se livrer une bataille uniquement sur le terrain est révolu depuis déjà quelques années; la campagne se déroulant aussi sur Internet et plus particulièrement sur les médias sociaux.

Pour gagner cette lutte du 2.0, tous les moyens sont bons: site web, Facebook, Twitter, YouTube, Instagram... Tant d'outils qu'utilisent les principaux partis politiques québécois et qui leur procurent de nombreux avantages.

Autres outils, autre clientèle

L'un des bénéfices de la campagne en ligne est bien entendu le fait d'atteindre une clientèle que les partis ne toucheraient peut-être pas autrement.

«On utilise le web pour rejoindre une clientèle qu'on rejoint parfois moins bien par la tournée, par la couverture médiatique conventionnelle. On sait qu'il y a des électeurs qui s'informent ailleurs et qui suivent davantage la campagne en ligne; ce sont habituellement des gens qui sont plus politisés», explique Thierry Giasson, professeur au Département d'information et de communication de l'Université Laval que tvanouvelles.ca a joint à Londres.

Loin d'être une action parallèle, la campagne web est partie intégrante de tout l'effort mis en place par les partis pour livrer leurs messages aux électeurs. Ces messages doivent toutefois être adaptés aux outils du 2.0.

«On va visualiser les messages, on va faire beaucoup d'infographies. Le web 2.0 est un espace qui est très visuel et axé sur la vidéo, sur l'image. Il y a énormément de partage de photos qui se fait sur Facebook, sur Instagram, sur Pinterest... Les internautes aiment avoir un contenu qui résume visuellement un argument, un enjeu, et ils le relaient très facilement», ajoute M. Giasson qui est aussi initiateur du projet enpolitique.com.


Exemples d'infographies produites par les partis politiques québécois (Montage TVA Nouvelles)

C'est ce qui explique les dizaines d'infographies que voient défiler les utilisateurs de Facebook et de Twitter depuis le début de la campagne. Des messages courts, clairs, superposés ou à une photo ou à un simple fond coloré que vous être nombreux à partager à votre réseau.

Collecte de données

Autre avantage non négligeable: la collecte de données. Internet étant reconnu comme étant une espèce de «big brother» qui surveille vos moindres actions, les partis politiques n'échappent pas à la règle et sont en mesure de recueillir une mine d'informations qui leur sera par la suite d'une grande utilité.

«Quand quelqu'un décide «d'aimer» une page, Facebook envoie de l'information aux administrateurs de la page sur les tendances sociodémographiques des gens qui les suivent», rapporte Thierry Giasson, qui a notamment étudié la campagne électorale québécoise de 2012.

Le chercheur ajoute que les partis peuvent aussi être en mesure de savoir où sont les militants, comment les joindre et même créer des listes qui pourraient s'avérer utiles lorsque viendra le temps de recruter des bénévoles, par exemple.

Le PQ en avance

Quel parti se démarque le plus dans le cadre de cette nouvelle campagne électorale 2.0 au Québec? Même s'il estime qu'il n'y a pas eu de «révolution» depuis le scrutin de 2012, Thierry Giasson demeure partagé.

Selon lui, le site web du Parti libéral du Québec (PLQ) est «très bien fait au niveau de la conception visuelle», mais il semble que ce soit le Parti québécois (PQ) qui se démarque en raison de sa plateforme de mobilisation mon.pq.org.

«Je pense que ça leur donne un léger avantage sur les autres partis pour ce qui est de la campagne en ligne. Est-ce que ça va se transposer [sur le terrain]? Ça reste à voir.»

Campagnes «fermées»

Le professeur déplore toutefois que les partis ne donnent pas vraiment la chance aux militants de donner leur opinion.

«Ce que je perçois jusqu'à maintenant, ce sont des campagnes assez fermées où les militants ont assez peu d'espace pour se prononcer et des campagnes où on donne assez peu d'outils aux militants pour faire campagne en ligne comparativement à ce qui se fait ailleurs», affirme M. Giasson.

Chaque parti adopte sa stratégie non seulement en fonction de ses objectifs, mais aussi de sa base électorale. «La clientèle du PLQ n'est pas sur internet. Il y a peu de jeunes qui sont militants du PLQ. Toutes proportions gardées, les jeunes votent habituellement davantage pour les partis souverainistes, les partis de gauche. Donc les partis comme le PQ et Québec solidaire sont très présents en ligne.»

Thierry Giasson est toutefois formel: «On n'est plus du tout dans l'improvisation. La campagne en ligne est mise en place en même temps que la campagne régulière, elle est intégrée, et elle n'est plus une campagne en appui.»

De là l'importance de se battre sur le terrain... et dans le monde virtuel.