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Les applications menacent-elles les clients?

Exclusif J.E. -Le comité de l'industrie du taxi inquiet

Richard Olivier | TVA Nouvelles

Le comité provincial de l'industrie du taxi du Québec craint pour la sécurité des passagers qui utilisent les nouvelles applications disponibles depuis l'automne dernier dans la métropole. L'équipe de J.E. a pu en faire une démonstration qui laisse songeur.

Les applications en question, Uber ou Hailo, permettent à l'utilisateur de trouver le taxi le plus rapproché grâce à la géolocalisation. L'application estime le temps qu'il faudra pour se rendre au client et envoie dans le téléphone la photo du chauffeur et le modèle de voiture qu'il conduit.

À la fin de la course, le chauffeur facturera le montant de la course indiqué par le taximètre. C'est l'application qui gérera la transaction grâce aux informations de la carte de crédit que le client a laissées en s'inscrivant au service.

(Photo Agence QMI)

Un téléphone Uber ou Hailo peut-il tomber dans de mauvaises mains?

Les chauffeurs qui veulent recevoir les appels des utilisateurs d'Uber ou Hailo doivent se rendre dans les bureaux montréalais de ces entreprises ouverts en novembre dernier.

Uber va remettre un iPhone configuré pour recevoir les appels uniquement aux chauffeurs licenciés tandis qu'Hailo téléchargera dans le téléphone personnel du chauffeur licencié une application conçue pour lui.

Le président du comité provincial de l'industrie du taxi du Québec, Dori Saliba, croit que ces téléphones pourraient tomber dans les mains d'individus peu scrupuleux qui leur permettraient de faire du taxi dans la voiture d'un particulier.

«Quand le Bureau du taxi de Montréal donne un permis, il est rattaché à un véhicule assuré qui a sa mécanique inspectée tous les six mois, a dit M. Saliba. On va se retrouver avec des accidents, des vols, des viols et ce ne sera pas le bon chauffeur.»

L'équipe de J.E. a pu mettre la main sur un de ces téléphones récepteurs d'appels. À bord de l'automobile d'un particulier sans taximètre, nous avons répondu à deux appels en moins de 45 minutes. Nous avons expliqué à la première passagère que si notre voiture ne correspondait pas au modèle que l'application lui avait indiqué, c'est parce que le véhicule était au garage. Rassurée, la femme dans la vingtaine n'a pas hésité une seconde à monter à bord. Quand nous lui avons dit qui nous étions, elle s'est exclamée : «Quand tu es pressée, tu es pressée!»

Deuxième appel, deuxième jeune femme dans la vingtaine. Cette fois nos explications l'ont laissée perplexe. Elle a pris une photo de la plaque d'immatriculation et est montée quand même à bord. «J'ai pris la plaque et je l'ai envoyée à mon ami en lui disant d'appeler la police si je ne revenais pas...J'ai un peu honte de moi!»

Pour Jean-Nicolas Guillemette l'expérience de J.E. est purement hypothétique. «Aucun cas semblable n'a été rapporté dans les 90 villes où Uber est établi, a-t-il dit. Vous auriez pu aussi vous faire passer pour un faux chauffeur dans une vraie voiture de taxi.»

Une industrie inquiète

Si l'industrie du taxi s'interroge tant sur les applications étrangères Uber (États-Unis) et Hailo (Grande-Bretagne) c'est parce qu'elles menacent directement selon elle, les 14 compagnies de taxis qui font de la répartition d'appel à Montréal. Les applications leur enlèvent de la clientèle.

Les intermédiaires exigent des mensualités de 300 à 400$ aux chauffeurs qui leur sont affiliés. Uber ou Hailo prélèvent de leur côté 15% de commission par course. C'est plus avantageux selon Joseph (nom fictif), un chauffeur de chez Pontiac qui risque d'être mis à l'amende par la compagnie s'il se fait pincer avec des passagers d'Uber. «Ce matin, pas un appel encore de Pontiac tandis qu'avec Uber j'ai déjà fait neuf appels», a dit le chauffeur.

Taxi Diamond a investi 3 millions $ dans un nouveau système de répartition avec GPS qu'il a installé dans toutes ses voitures il y a deux ans. Entre 15 et 20 chauffeurs ont choisi de devenir chauffeurs indépendants quand le répartiteur les a surpris avec un téléphone Uber.
Le président de l'entreprise, Dominique Roy estime qu'ils font un mauvais calcul. «Si les applications facturent 15% par course, nous c'est 8% si on compte le nombre de courses données aux chauffeurs», a dit M. Roy.

Uber sous enquête

Hailo a obtenu du Bureau du taxi de Montréal une licence pour mener des opérations d'intermédiaire, mais pas Uber. Uber est né il y a 3 ans à San Francisco avant de déferler sur tous les continents. L'entreprise vaudrait autour de 4 milliards $. Selon son porte-parole montréalais, Jean-Nicolas Guillemette, Uber n'a pas besoin de licence. «Uber est une compagnie technologique, pas une compagnie de taxi, a-t-il dit. Les lois actuelles datent de 2001. En 2001, il n'y avait pas de iPhone, de Blackberry. Internet était peu utilisé.»

Ce n'est pas l'avis du Bureau du taxi qui mène actuellement une enquête, nous a indiqué Benoit Jugan, directeur du Bureau du taxi de Montréal. «Une amende de 125 dollars s'applique, a dit M. Jugan. C'est peu, mais on est en train d'analyser la possibilité d'imposer une amende pour chaque demande de transport.»

Ce qui est clair c'est que l'arrivée de ces nouveaux joueurs à Montréal risque de bouleverser le marché actuel. Le gagnant qui terminera premier dans cette course risque de faire beaucoup d'argent.