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Les Belles-soeurs chanteront avec l'OSM

La comédie musicale à la Maison symphonique

Judith Plamondon

Qu'aurait pensé Germaine Lauzon, la belle-sœur de Michel Tremblay, si elle avait su qu'elle installerait un jour ses pénates dans la Maison symphonique de Montréal?

C'est le metteur en scène René Richard Cyr qui a eu cette idée pour le moins audacieuse de proposer à l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) d'adapter la comédie musicale  Belles-sœurs en version symphonique.

«J'ai eu ce flash il y a deux ans lorsque nous avons présenté une version concert de la pièce dans le parc Lafontaine. Le parc débordait, les gens faisaient la file pour assister au concert, a dit René Richard Cyr. Je me suis dit que ça valait la peine de le refaire, mais avec un orchestre en toile de fond.»

C'est ainsi que les 16 et 17 avril, ses 14 comédiennes-chanteuses présenteront «Coup de chapeau aux Belles-Sœurs», un concert symphonique adapté de cette pièce qui a connu un succès monstre ces dernières années.

C'est le compositeur Daniel Bélanger qui avait originalement mis en musique les textes des  Belles-sœurs. Le chef Simon Leclerc a eu la délicate tâche d'adapter les chansons de Bélanger pour un orchestre de quelque 90 musiciens classiques.

«J'avais vu le spectacle et je l'avais adoré, a dit Simon Leclerc. Le défi, c'était d'amener ça à l'OSM et de rendre ça plausible. Il y a une dichotomie très grande entre l'univers populiste des Belles-sœurs et le côté flamboyant de la musique classique. Il fallait trouver le moyen de faire le pont entre ces deux univers.»

Comme dans un film

La distribution est la même que pour la pièce chantée qui a voyagé aux quatre coins du Québec et même à Paris, soit Marie Thérèse Fortin, Maude Guérin, Sonia Vachon, Sylvie Ferlatte, Kathleen Fortin, Michelle Labonté, Suzanne Lemoine, Hélène Major, Christiane Proulx, Milène Leclerc, Monique Richard, Édith Arvisais, Marie-Évelyne Baribeau et Maude Laperrière.

Rencontrées jeudi au terme d'une répétition, les comédiennes-chanteuses se réjouissaient d'avoir le privilège de joindre leur voix à un orchestre. «Avec les arrangements de Simon Leclerc, c'est comme si on n'était plus au théâtre, mais dans un film, s'est exclamée la comédienne Marie-Thérèse Fortin. C'est comme si le décor s'ouvrait sur un nouvel horizon...

Les personnages de Tremblay sont encore plus grands que nature! Le défi comme interprète, c'est de ne pas se laisser trop avaler par ça et de garder le personnage et la couleur des chansons.»

Sa collègue Maude Guérin abonde dans le même sens et parle «d'un grand travail d'adaptation» pour faire sa place parmi un orchestre. «À notre première répétition, c'était comme du chinois pour nous, on ne savait pas où rentrer. En version symphonique, ce n'est pas la batterie qui nous donne le signal, mais la harpe par exemple», a souligné la comédienne.

«On était habituées à la même chose depuis plus de 200 spectacles, a renchéri Maude Guérin.

Mais un moment donné, Simon Leclerc nous a dit de faire confiance à la musique, de faire confiance à l'orchestre. On s'est laissées aller et ça a fonctionné.»

Si René Richard Cyr admet que cette adaptation n'était pas une mince affaire, il se réjouit surtout de pouvoir faire avec ce spectacle «un pied de nez à l'histoire».

«Quand on pense que les Belles-sœurs étaient snobées par l'intelligentsia de l'époque lorsque la pièce est sortie, en 1968. On dénigrait leur joual et on les trouvait vulgaires. Et là, elles rentrent à la Maison symphonique!»