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60 jours de prison pour une gifle mortelle à sa fille

Nouténé Sidimé

TVA Nouvelles

Un père qui a tué sa fille de 13 ans en la giflant au visage a écopé de 60 jours de prison, mercredi, au palais de justice de Longueuil. Une sentence que le juge Richard Marleau a lui-même qualifiée de «clémente».

Le juge de la Cour du Québec a été catégorique dans son jugement: le geste posé par Moussa Sidimé sur sa fille Nouténé n'est pas qu'une «simple gifle».

Selon lui, la correction d'un père qui utilise des gifles ou des coups à la tête est «déraisonnable», même «illégale». Malgré tout, il a conclu que la sentence que mérite l'accusé de 74 ans «ne peut être que clémente».

Le père de la victime, Moussa Sidimé (Photo archives Agence QMI)

En effet, même si le geste commis par le père de famille s'est avéré fatal, il ne s'agit pas d'une infraction qui visait au départ à laisser des séquelles à l'enfant.

«On ne peut prétendre que ces gestes, aussi répréhensibles soient-ils, sont susceptibles de mettre la vie de l'enfant en danger à première vue», a expliqué le juge. Surtout qu'en Guinée, pays d'origine de l'accusé, la gifle est tolérée comme mesure disciplinaire, a-t-il aussi noté.

«Chose certaine, l'accusé est déjà dissuadé de répéter son geste. De manière plus générale, il semble aussi que le message de dissuasion se soit propagé dans sa communauté», a ajouté le magistrat.

«Si j'avais su qu'une seule gifle allait la tuer...», avait laissé tomber l'homme de 74 ans, lors des représentations sur sentence en février.

Le drame remonte au 6 octobre 2010. Au retour de l'école de sa fille, Moussa Sidimé lui a demandé de nettoyer la cuisine. Insatisfait de son travail, il a dû insister à deux reprises pour qu'elle reprenne sa corvée. En quittant la cuisine, il dit avoir entendu sa fille murmurer «ce qu'il a cru être des insultes».

Cela a donc valu à son ado une gifle sur chaque joue, ainsi qu'une tape sur les fesses. Mais quelques minutes après, sa fille s'est effondrée au sol, inconsciente. Elle est décédée d'une rupture de l'artère vertébrale, vraisemblablement causée par un mauvais mouvement de rotation du cou, en recevant la gifle ou en voulant l'éviter. Après avoir appelé les services d'urgence, Moussa Sidimé a été arrêté, puis accusé d'homicide involontaire.

Peine ajustée au plus bas

Même si la gifle mortelle peut être passible d'une peine d'emprisonnement à perpétuité, le juge Richard Marleau a imposé à l'accusé une sentence de 60 jours, à purger de façon discontinue les lundis et mardis, notamment «compte tenu de son âge».

«La peine doit donc être ajustée en bas de l'échelle de peines compte tenu de l'ensemble de tous les facteurs mis en balance», a argumenté le juge.

La défense proposait une sentence suspendue, ce que le juge n'a pas retenu.
«Une telle peine ferait abstraction du geste illégal commis et que les actes de l'accusé ont mis en cause la sécurité et l'intégrité d'une jeune enfant amorçant son adolescence. Cet agir doit être dénoncé et dissuadé», a ajouté le juge.

La Couronne proposait pour sa part une peine de deux ans.

«La violence n'est jamais une réponse à un comportement d'un enfant. C'est un message qui a été reçu par l'accusé et sa communauté, selon le juge. Maintenant, on souhaite que l'ensemble du public l'entende de la même façon», a dit Me Julie Laborde à la sortie de la salle d'audience.

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