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Marie-Josée Saint-Pierre séduit avec son film Jutra

Quinzaine des réalisateurs

Faire revivre le mythique Claude Jutra à travers son œuvre: c'est la mission que s'était donnée Marie-Josée Saint-Pierre lorsqu'elle a entrepris la réalisation d'un court-métrage d'animation sur le regretté cinéaste. Son film Jutra a été présenté vendredi à la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes.

Rencontrée sous le chaud soleil cannois, la cinéaste se disait ravie de sa première expérience sur la Croisette.

«C'est au-delà de toutes mes espérances! J'ai rencontré beaucoup de programmateurs au cours des derniers jours et d'importants festivals se sont montrés intéressés à présenter le film», a mentionné la réalisatrice, qui signe avec Jutra son septième court-métrage d'animation.

Huit ans se sont écoulés entre l'idée originale de ce documentaire animé et l'aboutissement de cette œuvre unique sur le réalisateur de Kamouraska.

«Au départ, je voulais comprendre pourquoi, à l'âge de 56 ans, Claude Jutra avait décidé de mettre fin à ses jours, a dit Marie-Josée Saint-Pierre. Je savais qu'il avait la maladie d'Alzheimer, mais j'ai découvert qu'il avait une formation de médecin. Il savait donc plus que quiconque ce qui l'attendait. Je vois plus ça comme une euthanasie que comme un suicide, parce qu'il a choisi de partir dans les conditions qu'il voulait.»

C'est à travers des entrevues qu'avait accordées Claude Jutra que se dévoile le défunt géant du cinéma québécois. Très vite, le spectateur est dérouté de constater que c'est le réalisateur lui-même qui s'interviewe.

En effet, le principal intéressé dialogue avec son double cinématographique sur sa vie et son œuvre, devenant ainsi le narrateur de ce portrait posthume. «L'objectif, c'était de s'approcher le plus possible de l'autobiographie», a noté la cinéaste, qui a effectué un colossal travail de recherche d'archives pour réaliser cet audacieux projet.

Ces portions d'entrevue sont harmonieusement entrecoupées par des extraits de quelques œuvres de Jutra. «Je voulais mettre en lumière son legs et donner envie aux gens de voir ou revoir ses films en entier», a-t-elle souligné, rappelant que des longs métrages comme «À tout prendre» et «Mon oncle Antoine» ont sans aucun doute marqué la cinématographie québécoise.

La singularité de «Jutra» réside dans ce juste équilibre entre séquences animées et archives. On est ici à mi-chemin entre le documentaire et le film d'animation. «J'aime faire des portraits d'artistes et cette hybridation des genres me plaît.»

Coproduit par l'ONF et la boîte de production de Marie-Josée Saint-Pierre, MJSTP Films, «Jutra» poursuit la démarche amorcée en 2006 avec Les négatifs de McLaren, un portrait animé de Norman McLaren, maître canadien du cinéma d'animation.

Mme Saint-Pierre travaille actuellement sur Oscar, un film d'animation sur la vie et l'œuvre du pianiste jazz Oscar Peterson, qui devrait voir le jour en 2016. «Je vais utiliser une technique d'animation complètement différente, car c'est important pour moi de me renouveler visuellement à chaque film.»

En attendant, elle compte bien savourer chaque seconde de son expérience cannoise et profiter des répercussions positives de cette «incroyable vitrine».

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