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Financement politique: «aussi plaisant qu'une balle dans la tête»

Commission Charbonneau

Mélanie Colleu

Témoignant devant la commission Charbonneau mardi, Bruno Lortie, l'ancien chef de cabinet de la ministre Nathalie Normandeau, a assuré qu'il n'aimait pas les activités de financement politique qui ne servaient, selon lui, qu'à «fraterniser» entre élus et représentants de firmes du secteur privé.

«Pour moi, le financement, c'est aussi plaisant qu'une balle dans la tête», a lâché Bruno Lortie, au premier jour de son témoignage devant la commission.

Le témoin a raconté qu'il a décroché le poste de chef de cabinet de Nathalie Normandeau en 2003 lorsqu'elle a été nommée ministre du Tourisme, et qu'il l'a suivie deux ans plus tard lorsqu'elle a migré aux Affaires municipales.

Il a expliqué s'être occupé de l'organisation de ses activités à Montréal et à Québec, mais a assuré n'avoir jamais sollicité de donateurs. «J'ai trouvé des solliciteurs», a-t-il précisé.

Il a également pris soin de minimiser l'importance de ces cocktails de financement, qui regroupaient autour de la ministre des maires, des avocats, des comptables, des ingénieurs et quelques entrepreneurs à l'occasion.

«C'était fait pour fraterniser», le démarchage n'avait pas sa place, selon lui. Il a tout de même fini par nuancer : «Je ne vous dis pas que ça n'est pas arrivé que quelqu'un nous parle de son projet. En règle générale, on ne parlait pas de dossier (...). Mais c'est sûr, quand les maires étaient là, ils essayaient de pousser quelque chose», a-t-il indiqué.

Traitement de faveur

Parmi les donateurs sollicités par l'ancien chef de cabinet, on retrouvait l'ancien ministre libéral Marc-Yvan Côté - devenu vice-président puis consultant chez Roche - le grand ami de M. Lortie.

L'ex-chef de cabinet de Nathalie Normandeau a confirmé qu'il entretenait une relation très étroite avec M. Côté, qu'il considérait comme un «grand frère». «Il est arrivé beaucoup de choses qui font en sorte qu'on est très proches (...). Les familles Lortie et Côté sont tissées serrées.»

Lorsque Marc-Yvan Côté l'appelait pour avoir des nouvelles d'une demande de subvention dans laquelle Roche était impliquée, Bruno Lortie a admis à demi-mot qu'il lui accordait une attention particulière

«C'est sûr qu'on est des chums, des amis (...) Est-ce qu'il y a pu avoir un suivi plus serré parce que c'est lui qui m'appelait? C'est sûr que oui», a-t-il dit.

Il a également précisé que M. Côté l'appelait principalement pour connaître l'état d'avancement d'un dossier, tout en ajoutant : «Je ne peux pas affirmer sous serment n'avoir jamais rencontré personne à sa demande».

Lortie le «patron»

Deux anciens attachés politiques de Mme Normandeau ont déjà abondamment parlé de M. Lortie lors de leur passage devant la commission. D'après leurs témoignages, l'ex-chef de cabinet agissait en véritable «patron» au sein du ministère des Affaires municipales et faisait du favoritisme dans l'octroi de subventions.

«Je pense que Bruno Lortie en menait très large [...]. Nathalie Normandeau, qui est une charmante personne, lui a voué une confiance peut-être à la limite du raisonnable [...]. À certains égards, au-delà de la limite», a confié Michel -Binette, attaché politique de l'ex-ministre des Affaires municipales en 2008.

«M. Lortie s'occupait notamment du financement de Mme Normandeau, a-t-il poursuivi. Il s'assurait qu'elle respecte l'objectif des 100 000 $ par an fixé pour chaque ministre libéral sous le gouvernement Charest.»

L'ex-chef de cabinet entretenait notamment une relation étroite avec Marc-Yvan Côté, consultant en développement des affaires pour la firme de génie Roche, qui l'aidait à organiser des cocktails de financement pour la ministre.

Roche avait ses entrées

En retour, «je pense que Roche avait ses entrées particulières auprès de M. Lortie», a déclaré Vincent Lehouillier, qui a précédé Michel Binette au poste d'attaché politique au ministère des Affaires municipales.

Selon lui, il était «clair» que Bruno Lortie était «le patron». Il avait notamment le dernier mot lorsqu'il s'agissait d'octroyer des subventions aux municipalités pour financer des projets d'infrastructures. Les grandes firmes de génies (Roche, BPR, Dessau) bénéficiaient directement de ces subventions.

«Il mettait de la pression. S'il y avait un dossier qu'il voulait voir avancer, il venait dans mon bureau.», a rapporté Binette.

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