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Colère internationale; débris et corps éparpillés

Écrasement du vol MH17 en Ukraine

Erreur des rebelles qui pensaient viser un avion ukrainien ? Bavure inexplicable des Ukrainiens ou des Russes ? Le crash de l'avion malaisien, probablement abattu par un missile dans l'Est de l'Ukraine, suscitait vendredi colère et interrogations dans le monde.

Si l'enquête, qui ne fait que commencer, parvient à identifier avec certitude les auteurs du tir - qu'il s'agisse des rebelles prorusses, des forces loyalistes ukrainiennes ou l'armée russe - son résultat risque d'avoir un impact décisif sur le conflit qui déchire l'Ukraine depuis trois mois, opposant Kiev aux séparatistes prorusses appuyés par Moscou.

En attendant l'arrivée d'experts malaisiens et internationaux, les pompiers et les secouristes s'affairaient vendredi sur le lieu de la catastrophe pour préparer l'évacuation des corps.

Lentement, les pompiers avançaient dans les blés, marquant d'un bâton surmonté d'un petit chiffon blanc les emplacements des restes humains.

Les débris du Boeing, qui s'est disloqué en vol selon des témoins, sont éparpillés sur des kilomètres carrés dans une zone de campagne autour du village de Grabove, non loin de la ligne de front entre rebelles et loyalistes.

Sous une pluie fine, les secouristes préparent la récupération des restes des 298 personnes qui se trouvaient à bord de l'appareil.

Une douzaine de camions de pompiers étaient garés autour de deux tentes dressées pour abriter le QG des secours.

(Crédit photo: AFP)

Mais plus de 12 heures après la catastrophe, des dizaines de corps et restes humains restaient toujours en l'état, éparpillés. Les opérations de récupération des corps - dont 182 ont été rassemblés jusqu'à présent, selon les autorités ukrainiennes - risquent d'être ralenties d'une part par des problèmes techniques - il n'y aurait pas assez de chambres froides à Donetsk pour les y stocker - et surtout par la nécessité de coordonner les travaux entre rebelles et loyalistes qui s'affrontent toujours à coups de canon.

Un chef séparatiste, le «premier ministre» de la «république autoproclamée» de Donetsk Alexandre Borodaï a exclu vendredi un cessez-le-feu ponctuel, mais a dit au cours d'une conférence de presse que les insurgés prorusses laisseraient les enquêteurs accéder au lieu du drame.

Des tirs ont d'ailleurs fait vendredi vingt morts dans la population civile à Lougansk, a annoncé l'administration régionale. Ces tirs ont touché tous les quartiers de cette ville, y compris le centre, a-t-on précisé, sans en mentionner l'origine.

Russes et rebelles prorusses d'une part, Ukrainiens d'autre part, ont continué vendredi à se rejeter la responsabilité du tir fatal sur l'avion malaisien.

Des messages affichés - et parfois rapidement enlevés - sur des sites internet rebelles et des conversations interceptées par les services de sécurité ukrainiens laissent penser que l'appareil a pu être abattu par erreur par les rebelles, qui l'auraient pris pour un avion militaire ukrainien.

Si jamais cette hypothèse, à traiter avec prudence dans le contexte d'une virulente guerre de propagande et de désinformation, se confirmait, la position des séparatistes et de leur allié présumé Vladimir Poutine s'en trouverait considérablement affaiblie face à la communauté internationale.

À moins que les experts américains, qui ont attribué la tragédie à un missile sol-air, parviennent à en identifier la source à l'aide de leurs systèmes de surveillance électronique, les enquêteurs devront tenter de déterminer l'appartenance de cet engin performant, probablement un missile de fabrication russe Bouk.

Selon Kiev, un tel missile a été «offert» aux rebelles par les Russes, tandis que les insurgés avaient affirmé il y a quelque temps en avoir pris aux forces de Kiev, ce que ces dernières ont démenti. Vendredi matin, M. Borodaï a déclaré que les insurgés ne disposaient pas de Bouk.

(Crédit photo: AFP)

Moscou a affirmé que le système de missiles ukrainien était actif jeudi, laissant entendre que Kiev pourrait être responsable de la destruction en vol du Boeing de la Malaysia.

Mais pour les autorités ukrainiennes, la culpabilité de la Russie - qu'ils accusent depuis des mois de fournir des combattants et du matériel militaire lourd aux rebelles - ne fait pas de doute.

«Les Russes sont allés trop loin. C'est un crime international dont les responsables doivent être jugés à La Haye», a déclaré vendredi matin le premier ministre Arseni Iatseniouk. Il faisait allusion à la Cour pénale internationale chargée de juger les crimes de guerre. La veille, le président Petro Porochenko a lui aussi accusé indirectement Moscou, révélant, dans son discours à la nation au sujet de cette affaire, que Kiev disposait de l'interception d'un entretien téléphonique dans lequel un chef rebelle «se vante d'avoir abattu un avion de ligne» devant «son officier traitant, un colonel du renseignement militaire russe, Vassili Gueranine».

Sur les lieux de la chute du Boeing, des secouristes ont indiqué à l'AFP qu'une des boîtes noires avait été retrouvée. Mais ces boîtes ne pourront probablement pas aider à déterminer l'origine du tir de missile.

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (l'OSCE) discute avec les séparatistes de la création d'un couloir d'accès pour que les enquêteurs internationaux puissent se rendre sur place, a annoncé le président de l'OSCE Didier Burkhalter.

Et si l'hypothèse d'un tir de missile était fortement privilégiée vendredi par l'Union européenne, celle-ci restait prudente en attendant les résultats des investigations, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a appelé à un cessez-le-feu immédiat pour permettre une enquête indépendante.

(Crédit photo: AFP)

Pour le président russe Vladimir Poutine, c'est l'Ukraine qui «porte la responsabilité de cette terrible tragédie», parce qu'elle n'arrive pas à régler le conflit avec les rebelles et poursuit des opérations militaires.

«Nous sommes en contact avec le président ukrainien Petro Porochenko et j'espère qu'il va réussir à proposer à tout le peuple ukrainien, à tous les gens où qu'ils vivent, un moyen (...) qui permettrait d'aboutir à une paix définitive, entière et durable sur cette terre», a cependant déclaré vendredi M. Poutine.

Outre les 189 Néerlandais à son bord, l'avion transportait 29 Malaisiens (dont 15 étaient des membres de l'équipage), 27 Australiens, 12 Indonésiens, neuf Britanniques, quatre Allemands, cinq Belges, trois Philippins, un Canadien, selon le dernier comptage fourni par Malaysia Airlines, qui assure par ailleurs que le «carnet d'entretien» de l'appareil était «en ordre».

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