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Magnotta, non criminellement responsable?

L'état d'esprit de l'accusé au coeur du procès

Au premier jour du procès pour meurtre d'Eric Clinton Newman, alias Luka Rocco Magnotta, la défense a reconnu qu'il était l'auteur des crimes qui lui sont reprochés, mais a plaidé la non-culpabilité. La raison: schizophrène, Magnotta aurait été diagnostiqué avec des troubles mentaux deux mois avant le meurtre, soutient son avocat.

Ces troubles mentaux seront-ils suffisants pour déclarer l'accusé non criminellement responsable de la mort de l'étudiant chinois Jun Lin? La tâche pour le démontrer ou le réfuter sera lourde, selon le psychiatre à l'Institut Philippe-Pinel, Paul-André Lafleur.

«Les critères concernant la folie ou la maladie mentale peuvent être très larges, explique le spécialiste. Dans la plupart des cas, ça ne prive pas les gens de leur jugement, de leur capacité à décider. [...] En règle générale, pour ne pas être responsable de ses gestes, il faut qu'une personne soit considérée comme psychotique, hors de la réalité, qui ne réalise pas ce qu'il se passe [au moment de commettre son crime].»

Luka Rocco Magnotta a tué et dépecé Jun Lin, s'est filmé pendant qu'il posait des gestes à caractère sexuel sur la dépouille, a posté les pieds et mains de sa victime à quatre destinataires différents avant de s'envoler pour l'Europe, a confirmé la défense ce matin.

«Selon les critères psychiatriques [la non-responsabilité criminelle] demande quelqu'un qui est très désorganisé, qui normalement est très malade», fait valoir le Dr Lafleur.

«Plus une personne est malade, plus elle est désorganisée et plus vous avez de chances de l'arrêter sur les lieux du crime ou peu de temps après», ajoute-t-il.

Remonter le temps

Autre difficulté à laquelle feront face les psychiatres qui devront intervenir dans ce procès, les faits reprochés à Luka Rocco Magnotta ont eu lieu il y a plus de deux ans. Difficile donc de savoir dans quel était d'esprit il se trouvait à ces moments précis.

Pour le Dr Lafleur, il s'agit là de l'étape la plus complexe «parce qu'il faut se reporter dans le passé. Plus on s'éloigne du moment présent, plus c'est difficile à évaluer».

Dans ces cas, les spécialistes doivent se fier aux dires des témoins ayant été en contact direct avec la personne, «aux rapports policiers, à tous les dossiers hospitaliers qui peuvent être vérifiés, à toute documentation pertinente», à défaut de s'en remettre uniquement à la version du patient.

«Une autre chose importante, ce sont les antécédents psychiatriques. Et si quelqu'un a commis un crime en raison d'un problème psychiatrique grave, normalement, il y a des traces [de ce problème], sinon avant, après ou au moment des faits», soutient-il.

Quant à l'exhibitionnisme et le sadisme qu'a démontré Luka Rocco Magnotta à travers son crime, le psychiatre est clair. Ces comportements ne sont «pas du tout une maladie mentale qui exclut la responsabilité de l'individu».

Selon lui, il s'agit plutôt de troubles de la personnalité qui ne font pas perdre la perception du bien et du mal à celui qui en souffre, malgré qu'il est toutefois possible que ce même individu vive des «microépisodes psychotiques».

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