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Les accompagnateurs du séminaire témoignent

Procès de la séance de sudation extrême

Au procès des trois accusés en lien avec la mort de Chantal Lavigne en juillet 2011 lors d'une séance de sudation, c'est au tour de Ginette Duclos de livrer son témoignage.

Elle agissait à titre d'accompagnatrice lors du séminaire «Mourir en conscience».

Ginette Duclos, accusée de négligence criminelle causant la mort et des lésions (TVA Nouvelles)

Mme Duclos a précisé que c'est la veille de l'activité, au cours d'une rencontre préparatoire avec Gérald Fontaine et Gabrielle Fréchette, que les principales règles de fonctionnement ont été établies. C'est l'esprit pur de Melkisédeck, personnage de l'Ancien Testament, qui s'exprimait au travers Gabrielle Fréchette en état de transe, qui a décidé de l'heure du début de la hutte de sudation et que les personnes seraient allongées sur le dos plutôt qu'assises. C'est aussi cet être suprême qui a déterminé que les participants allaient être enveloppés de boue et d'une pellicule plastique. Ginette Duclos ne se souvient pas qu'il ait parlé de leur recouvrir la tête d'une boîte de carton, que la décision a probablement été prise après, de consensus entre les trois accusés qui supervisaient le déroulement de l'activité.

Pendant la hutte de sudation qui débute vers 17 h, il y aura toujours au moins deux des trois accusés présents dans la salle pour s'assurer de leur bien-être: «Pendant les exercices de respirations comme au cours des périodes de silence et d'introspection, je me promenais entre les participants pour écouter leurs respirations, observer s'ils bougeaient où s'ils ressentaient de l'inconfort», a indiqué Mme Duclos.

C'est vers la fin de la deuxième guidance qu'une première participante, Paule, retire ses couvertures et quitte la salle: «C'est à ce moment que d'autres personnes commencent à bouger. Je suis alors allée dire à Gabrielle, qui se trouvait à l'extérieur de la salle, que les gens commençaient à être fatigués. Elle est venue parler à Claudette, une participante, puis nous avons commencé la troisième et dernière partie. Peu de temps après, Melkisédeck par l'intermédiaire de Séréna (Gabrielle), m'a demandé de commencer à retirer les couvertures et les boîtes de carton. Tout le monde était calme, semblait dans un état de béatitude et respirait normalement», a-t-elle ajouté.

C'est à partir de ce moment, il devait être entre 23 h et 23 h 30, que des participants ressentiront des malaises selon Ginette Duclos: «Julie a des nausées, Gérald s'en occupe. Moi, je suis demeurée près de Chantal pour l'aider à se réveiller en lui chuchotant dans l'oreille. Elle avait des sécrétions, elle reniflait. J'ai donc pris un mouchoir et elle a soufflé dedans. À ce moment-là, elle avait les yeux fermés. Puis Gabrielle est descendue en bas pour appeler une ambulance pour Julie. J'ai demandé qu'on m'apporte des compresses froides pour appliquer sur Chantal afin de l'aider à revenir à elle-même, mais ça n'a pas fonctionné; elle ne répondait plus aux stimuli. J'ai demandé à Gérald de la descendre en bas où on l'a allongée sur un matelas. C'est à ce moment que Gabrielle va appeler une deuxième fois au 911. Voyant que les ambulances prenaient du temps à arriver, je me suis rendu au bout de l'entrée pour leur indiquer l'endroit.»

Ginette Duclos, Gérald Fontaine et Gabrielle Fréchette, accusés de négligence criminelle causant la mort et des lésions (TVA Nouvelles)

Gabrielle et Gérald ont accompagné Julie Théberge et Chantal Lavigne à l'hôpital. Ginette Duclos est demeurée dans la maison du 10e rang à Durham-Sud pour y entreprendre le nettoyage des lieux en vue des activités du lendemain. Après un certain temps, un policier va se présenter sur les places et lui demander d'arrêter le ménage afin de protéger la scène.

Gabrielle Fréchette, Ginette Duclos et Gérald Fontaine sont accusés de négligence criminelle dans le cadre de la hutte de sudation tenue en juillet 2011 et à la suite de laquelle Chantal Lavigne est décédée.

Hier, Gabrielle Fréchette a dit être habitée par l'esprit pur de Melkisédeck lors des huttes de sudation, mais que son état de transe ne l'empêchait pas d'observer et surveiller la condition des participants.

La femme de 56 ans, qui se faisait appeler Séréna, a dû toutefois admettre à la procureure aux poursuites criminelles, lors de son contre-interrogatoire, que d'enduire les participants de terre humide et de plastique, de les allonger au sol, de leur recouvrir la tête d'une boîte de carton et de les couvrir au complet de douillettes ne faisaient pas partie des enseignements de son maître à penser, le chaman Patrick Dacquay.

Elle a conclu son témoignage en indiquant que depuis les tragiques événements, elle n'a plus refait de huttes de sudation; il est important de préciser que depuis son arrestation en juillet 2011, cette pratique lui est strictement interdite.

Contre-interrogatoire

En contre-interrogatoire, la procureure aux poursuites criminelles, Magali Bernier, est revenue sur les moments où Ginette Duclos circulait entre les participants afin de s'assurer de leur état de bien-être: «Comment faisiez-vous pour voir et entendre si tout allait bien alors qu'ils sont recouverts de terre, de plastique, d'un drap et de deux douillettes ainsi que d'une boîte de carton sur la tête», lui a-t-elle demandé.

«C'est une question de ressenti, à partir de l'état de vibration dégagé par la personne», lui a répondu Mme Duclos qui avait admis à un enquêteur, dans une déclaration en décembre 2011, ne jamais avoir mis à l'essai cette technique auparavant.

Elle s'est empressée d'ajouter qu'en se promenant, elle pouvait remarquer si quelqu'un lui signifiait d'une manière quelconque (geste ou parole), vouloir sortir des couvertures.

«Donc si une personne ne bougeait pas, c'est qu'elle était dans un état de confort», lui a demandé la procureure.

Ginette Duclos a répondu timidement par l'affirmative.

Me Bernier a ensuite réussi à lui faire dire qu'il faisait chaud dans la salle du deuxième étage de la maison en cette soirée du 28 juillet 2011 et que l'un des principaux objectifs de la hutte de sudation est justement de transpirer et faire monter la température corporelle des participants.

Ginette Duclos a dû admettre également qu'elle n'avait aucune notion de secourisme à part une formation de base qui remonte à plusieurs dizaines d'années et qu'elle n'avait reçu aucune consigne quant aux symptômes d'un coup de chaleur.

Témoignage de Gérald Fontaine

Le dernier des accusés à témoigner a été Gérald Fontaine.

L'homme de 41 ans, qui travaille comme pâtissier et massothérapeute, agissait comme directeur de transe lors du séminaire de deux semaines sur les terrains de la ferme Reine de la Paix.

Gérald Fontaine, accusé de négligence criminelle causant la mort et des lésions (TVA Nouvelles)

Parmi ses fonctions, il y avait l'aspect organisationnel de l'environnement pour les différentes activités. Lors des différentes séances de méditation, il prenait place, assis à la droite de Gabrielle Fréchette; son rôle était de protéger la médium des énergies négatives et d'amplifier celles de Melkisédeck, l'être et la conscience suprême.

La suite des procédures se poursuivra mercredi le 29 octobre.

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