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Des adieux chaleureux pour Pink Floyd

The Endless River

Bernard Barbeau

On savait que The Endless River serait surtout instrumental, axé sur les ambiances et les claviers de Rick Wright, décédé en 2008 des suites d'un cancer. Pas de surprise là, mais le dernier album de Pink Floyd, plein de chaleur et de dignité, déçoit tout de même un peu par son manque de mélodies.

Il y en a, bien sûr, mais on dirait par moments une succession d'intros qui auraient toutes pu mener à des chansons, et elles ne le font pas. On a l'impression de n'avoir parfois droit qu'à des fragments de musique, souvent excellents, mais pas toujours satisfaisants.

Les amateurs déjà conquis du groupe britannique trouveront sans doute leur compte dans The Endless River, au moins à certains égards. C'est un album - qu'on n'espérait même plus jusqu'à son annonce toute récente - qui permet de dire au revoir, de refermer le livre.

Comme peut-être personne ne l'avait fait auparavant. En ce sens, Pink Floyd a trouvé le moyen d'innover une dernière fois.

On se permet plusieurs clins d'œil au passé. Quelques-unes des pièces en rappellent d'autres plus anciennes.

On reconnaîtra dans l'élégante It's What We Do la guitare de Welcome To The Machine et les claviers de Shine On, Shine On You Crazy Diamond (de l'album Wish You Were Here dans les deux cas) et Allons-Y emprunte plusieurs éléments à Run Like Hell (de The Wall). Comme ce disque provient des sessions d'enregistrement de The Division Bell, c'est aussi beaucoup aux pièces instrumentales Cluster One et Marooned qu'on pense.

La somme des parties

La dernière pièce, Louder Than Words - seule chanson dotée de paroles -, est particulièrement appropriée. Elle évoque la dernière étreinte que se font des proches avant de se quitter, vraisemblablement pour toujours. Elle pourrait autant avoir pour décor un aéroport qu'une chambre d'hôpital.

David Gilmour, dont la voix et la guitare caractéristiques prennent une couleur réconfortante, y revient sur la difficulté qu'avaient les membres de Pink Floyd à s'entendre tout en constatant à quel point la mise en commun de leurs talents avait ce je-ne-sais-quoi de magique. «Le tout est plus grand que la somme des parties», dit-on en philosophie.

The sum of our parts, the beat of our hearts, it's louder than words, chante Gilmour. Le texte est de Polly Samson, l'épouse de Gilmour, et n'a pas la résonnance qu'avaient ceux de Roger Waters à une autre époque. Il est légèrement sirupeux, même.

Mais quand on fait ses adieux, n'est-il pas de mise de faire tomber les masques et de laisser parler son cœur?