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Une ancienne réalisatrice raconte avoir été harcelée

TVA Nouvelles

L'ancienne réalisatrice de l'émission «Q» de la radio de CBC a raconté mardi le harcèlement dont elle dit avoir été victime de la part de l'ancien animateur, Jian Ghomeshi, tout en accusant le syndicat et la direction d'avoir fermé les yeux pour protéger l'ancienne vedette de la radio.

Kathryne Borel était réalisatrice depuis quelques mois en 2007 lorsque lors d'une réunion de l'équipe, elle a laissé échapper un bâillement. Ghomeshi lui a alors dit: «Je veux violemment te baiser, pour te réveiller», a raconté Mme Borel dans un texte publié au quotidien d'information britannique The Guardian.

Elle était alors âgée de 27 ans et, dit-elle, s'est assurée par la suite de ne plus jamais bâiller devant Jian Ghomeshi. Il ne s'agissait pourtant que du début. Elle a relaté qu'il y a eu ensuite des messages insistants, des commentaires désobligeants se transformant en harcèlement psychologique, des mains un peu trop baladeuses, même parfois devant ses collègues.

Elle dit avoir rencontré en 2010 son représentant syndical pour trouver une manière de mettre fin au harcèlement. Elle ne voulait pas poursuivre ou faire congédier Jian Ghomeshi, a-t-elle écrit, même pas une réprimande à son endroit. Elle voulait simplement que tout cela cesse. Ni son représentant syndical ni le réalisateur coordonnateur à «Q», n'ont levé le petit doigt, a déploré Mme Borel. Pire, ils ont même nié plus tard, par écrit, avoir reçu une plainte de harcèlement sexuel au travail.

Le réalisateur coordonnateur lui aurait même dit un jour que Jian Ghomeshi était ce qu'il était et qu'elle devait apprendre à vivre avec son comportement.

En rétrospective, elle s'estime chanceuse, puisque Jian Ghomeshi ne l'a jamais agressée sexuellement ou frappée au cours de ses trois ans à l'émission «Q».

Selon Mme Borel, le pire dans toute cette histoire demeure que Jian Ghomeshi est une création de la CBC, un radiodiffuseur public canadien, et qu'il a été présenté comme un exemple à suivre pour tous.

«Nous avons besoin d'une véritable obligation de rendre compte, et d'une réelle introspection», a conclu Mme Borel au sujet de CBC. «Sinon, plus de monstres seront créés et plus de gens seront blessés».

Ghomeshi fait face à quatre chefs d'accusation d'agression sexuelle et d'un autre pour tentative d'étranglement, dans le cadre de pratiques sexuelles violentes.
Au moins 15 femmes auraient été agressées par Jian Ghomeshi, selon le dernier décompte du Toronto Star.

Dans une déclaration publiée mardi, la présidente de la Guilde canadienne des médias, Carmel Smyth, s'est dite désolée que le syndicat n'ait pas pu «combattre ces problèmes de façon plus efficace». «L'expérience qu'elle décrit est inacceptable, a souligné la présidente du syndicat. Nous admirons le courage dont elle fait preuve en s'exprimant et nous sommes désolés pour la souffrance qu'elle a subie.»

La Guilde est entrée en contact avec Mme Borel, et lui a offert de l'aide. Mme Smyth dit que le syndicat a négocié un processus de plainte en matière de harcèlement avec Radio-Canada/CBC. «Il semble que cela n'ait pas fonctionné. Si c'est le cas, nous devons faire mieux et nous avons déjà commencé à passer en revue nos processus afin de les améliorer», a indiqué Carmel Smyth.