/news/law

Magnotta condamné à la prison à vie

Michaël Nguyen | Agence QMI

Luka Rocco Magnotta voulait mettre son sort entre les mains du jury, et il se préparait depuis quelque temps déjà, a fait savoir son avocat, Me Luc Leclair. Reconnu coupable du meurtre prémédité de Jun Lin, il «accepte le verdict».

Le meurtrier de 32 ans a été condamné à la prison à vie, sans possibilité de libération avant au moins 25 ans.

 

(Gracieuseté)

 

«Coupable», a lancé à cinq reprises le juré numéro 9, d'un ton assuré.

Après 12 semaines de procès, 66 témoins et 43 jours d'audience et huit jours de délibérations, le jury a finalement retenu la thèse de la Couronne voulant que Magnotta eût planifié et délibérément tué l'étudiant chinois le 25 mai 2012.

Le jury a également rendu des verdicts de culpabilité sur les quatre autres chefs. Magnotta a donc été déclaré coupable d'outrages à un cadavre, de production et de distribution de matériel obscène, d'utilisation illégale de la poste et de harcèlement envers le premier ministre canadien, Stephen Harper, et des membres du Parlement.

 

(TVA Nouvelles)

 

«Je demande la peine maximum pour chacun de ces chefs», a lancé Me Louis Bouthillier de la Couronne.

Impassible

Compte tenu des circonstances particulièrement horribles de l'affaire Magnotta, le juge a suivi la suggestion de la poursuite. Me Luc Leclair de la défense ne s'y est pas opposé.

Le jury n'a donc pas cru à la thèse de non-responsabilité criminelle proposée par la défense.
Magnotta n'a pas réagi à l'annonce du verdict. Il est resté impassible quand les jurés l'ont déclaré coupable des cinq chefs auxquels il faisait face.

«Il se prépare pour le futur, a déclaré Me Leclair. D'ailleurs, il a affirmé qu'il ne veut plus recevoir de lettre en prison, car il ne répondra pas.»

Avant de libérer le jury qui en était à sa huitième journée de délibérations, le juge Guy Cournoyer a tenu à remercier tous ceux qui ont travaillé sur ce procès «très demandant», dont les autorités françaises et allemandes.

«Votre patience, votre sérieux ont été exemplaires», a ajouté le magistrat aux jurés.

Le père de Jun Lin soulagé

Le verdict n'a pas manqué de soulager le père de Jun Lin, Diran Lin, car depuis le meurtre, il a perdu toute sa joie de vivre.

«[Magnotta] passera le reste de sa vie en prison... d'une certaine façon, son futur ressemble au mien», a-t-il dit dans une lettre lue à la cour par son avocat.

Diran Lin espérait aussi voir des remords dans les yeux de Magnotta, mais il n'a rien vu.

«J'étais venu pour voir des remords, pour avoir des excuses, a-t-il déclaré. Je repars les mains vides.»

 

(Facebook)

 

Le père a aussi eu une pensée pour son fils, dont la mort restera à jamais associée à Magnotta.

«Sa mémoire sera à jamais humiliée, associée à ce crime horrible», a-t-il déploré.

Il gardera à jamais le souvenir de son fils dans son cœur.

«Tu me manqueras pour toujours, a-t-il dit. Le jour de ta mort, plusieurs personnes sont mortes aussi.»

Diran Lin a aussi tenu à remercier tous ceux qui ont participé au processus judiciaire, ainsi qu'aux témoins. Il a même remercié le père de Magnotta.

«Je ne te blâme pas, tu n'es pas responsable des horreurs commises par ton fils», a-t-il dit par le biais de son avocat.

Malgré tout, il ne pense pas pouvoir tourner la page, car même la sentence de Magnotta ne ramènera pas son fils à la vie.

Avec un verdict de culpabilité sur toute la ligne, un ami proche de Jun Lin peut enfin lui aussi pousser un soupir de soulagement.

«On peut enfin tourner la page, c'est un sentiment de satisfaction et de plénitude, a déclaré Dong Dong Xu. Mais bon, ça ne ramènera jamais Jun Lin parmi nous.»

Dès l'annonce du verdict, il a appelé le petit ami de Jun Lin, en Chine, afin de le prévenir que Magnotta passera le reste de sa vie en prison.

«Il était très satisfait du verdict», a affirmé Dong Dong Xu.

Prison à vie

En prononçant un seul mot, les huit femmes et quatre hommes composant le jury ont envoyé l'accusé de 32 ans en prison pour le reste de ses jours.

Il pourra toutefois faire une demande de libération conditionnelle dans 25 ans, mais, même si elle est acceptée, Magnotta restera toute sa vie sous le joug des services correctionnels.

Si le jury avait rendu un verdict de non-responsabilité criminelle, Magnotta aurait été interné à l'Institut Philippe-Pinel jusqu'à ce qu'il ne représente plus un danger pour la société.

Son cas aurait été évalué chaque année.

Pas surpris du verdict

Me Louis Bouthillier de la Couronne n'est pas surpris d'un tel verdict.

«Il n'y a jamais eu de doute dans mon esprit», a-t-il déclaré en conférence de presse.

La preuve était solide. Six mois avant le meurtre, Magnotta avait même envoyé un courriel indiquant qu'il allait commettre son crime.

«C'était clair qu'il allait passer de la parole aux actes», a-t-il ajouté.

Me Bouthillier a aussi tenu à souligner le travail du jury.

«Il y avait plus de 150 éléments de preuve, les jurés avaient un travail très difficile», a-t-il dit.

Deux thèses

Lors du procès, deux thèses se sont affrontées.

D'un côté, Me Luc Leclair de la défense a plaidé la folie de son client. Selon lui, les dossiers médicaux de Magnotta parlent d'eux-mêmes, puisqu'il a été diagnostiqué schizophrène dès 2001.

Deux psychiatres experts avaient soutenu la thèse de la défense. Le juge avait toutefois souligné que leurs avis étaient basés sur la version de Magnotta, qui n'avait pas été prouvée en cour puisque l'accusé n'avait pas témoigné.

Me Louis Bouthillier de la Couronne avait de son côté plaidé que Magnotta s'était donné comme mission de commettre le meurtre parfait et d'échapper à la justice.

Magnotta était ultra-organisé et il avait même envoyé six mois plus tôt un courriel à un journaliste anglais, indiquant qu'il allait filmer un meurtre.

«C'est vous qui devrez décider de la valeur que vous accordez à chaque élément de preuve», avait rappelé le juge au jury.

Notons que les délibérations des jurés resteront secrètes. Personne ne saura jamais comment ils en sont arrivés à ce verdict.

Quant aux autres chefs, le juge Cournoyer a condamné Magnotta aux peines maximales «compte tenu des circonstances de l'affaire».

Magnotta, qui n'a pas témoigné du procès, a gardé le silence. Le magistrat lui a proposé de s'adresser à la cour, mais l'accusé a décliné l'invitation.

«S'il doit dire quelque chose au père de Jun Lin, ce ne sera pas en public», a fait savoir son avocat.

Incorrect or missing Brightcove Settings

Incorrect or missing Brightcove Settings

Incorrect or missing Brightcove Settings

Dans la même catégorie