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Les copies s'envolent partout au Canada

TVA Nouvelles


De Montréal à Québec, en passant par Halifax, Ottawa, Toronto et Calgary, toutes les copies du premier numéro publié de Charlie Hebdo après l'attaque qui a décimé une partie de sa rédaction se sont envolées comme de petits pains chauds, vendredi matin.

Au Québec, Charlie Hebdo est habituellement distribué à raison d'une centaine d'exemplaires chaque semaine, 40 à 50 trouvant preneurs.

Au total, 1500 copies - vendues au coût de 6,50 $ - arrivaient au Canada vendredi matin et, de ce nombre, 1200 étaient réservées pour la Belle Province.

C'est bien peu, considérant qu'à terme, les presses françaises auront imprimé de trois à cinq millions d'exemplaires pour répondre à la forte demande. Il s'agit d'un tirage 100 fois supérieur à l'habitude.

De nombreux Québécois sont repartis bredouilles parce qu'ils n'ont pu obtenir le fameux numéro des «survivants» de «Charlie Hebdo».

Dès 5h, certains patientaient pour s'assurer d'avoir en main leur propre copie. C'était le cas à la Maison de la presse internationale, au centre-ville de Montréal.

«Je trouve cela bizarre. Vous avez accepté de prendre des réservations de certaines personnes. J'ai entendu qu'il n'y avait pas de réservation. C'est deux poids, deux mesures», s'est indignée une dame qui a fait le trajet depuis Laval jusqu'au centre-ville de Montréal pour se procurer son exemplaire.

«J'avais une vingtaine de copies dans mon présentoir», a mentionné Sory Chum, superviseur de la Maison de la presse internationale.

De son côté, Presse Commerce, qui exploite 450 magasins au Canada, a précisé que l'une de ses succursales à Montréal a obtenu à elle seule 300 exemplaires de Charlie Hebdo, alors que seulement 200 autres lui permettaient de couvrir ses besoins dans le reste du Canada, soit à Halifax, Ottawa, Toronto et Calgary.

«Les gens veulent avoir leur copie du magazine. Je suppose que c'est pour partager quelque chose, pour participer... c'est un geste de soutien», a dit Romain Fleury, de Presse Commerce.

Le gestionnaire n'a pas observé pareille demande depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001.

«Cela fait partie de l'Histoire», a dit Tim Goulet, un résident de Gatineau qui était le premier dans la file, vendredi matin, devant une succursale du magasin Mags and Fags d'Ottawa. «Je veux être en mesure de lire le numéro, de le faire sceller et de l'encadrer», a-t-il poursuivi.

Rappel des faits

Deux frères - Cherif and Said Kouachi - ont ouvert le feu le 7 janvier dernier dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo à Paris.

Au total, 12 personnes ont péri ce jour-là, dont le directeur de la publication et quatre autres dessinateurs vedettes. Les tueurs ont par la suite été abattus par la police au terme de deux jours de cavale, alors que la planète retenait son souffle.

Charlie Hebdo aurait irrité les terroristes en publiant des caricatures du prophète Mahomet.

L'édition des «survivants», portée par le personnel qui a échappé à la mort, a une fois de plus reproduit le prophète Mahomet, en pleine page couverture.

Romain Fleury, de Presse Commerce, a indiqué à l'Agence QMI que son entreprise n'a pas renforcé la sécurité autour de ses magasins, malgré le contenu sensible du dernier numéro en kiosque.

«Même si le Canada a été la cible [d'attaques terroristes] l'automne dernier, nous ne nous sentons pas concernés», a-t-il dit.

Elle connaissait une des victimes

C'est avec beaucoup d'émotion que Janine Matte de Québec est venue chercher sa copie du Charlie Hebdo vendredi, alors qu'elle se rappelait avoir donné une conférence en compagnie de Bernard Maris, économiste qui a perdu la vie dans l'attentat du 7 janvier.

«J'avais été invitée pour parler du coût des médicaments et il était venu», a mentionné la propriétaire d'une pharmacie de Sainte-Foy. L'économiste, professeur et écrivain Bernard Maris, âgé de 68 ans, signait ses articles "Oncle Bernard" dans le Charlie Hebdo. Il a par ailleurs été directeur adjoint de la rédaction, jusqu'en 2008.

Dès l'ouverture de la librairie Un Coin du Monde sur la rue Cartier à Québec, Mme Matte était impatiente de pouvoir enfin tenir sa copie dans ses mains. Elle a pris la peine de la réserver jeudi dernier et son nom était 40e sur la liste des 50 chanceux, qui ont pu mettre la main sur le désormais célèbre hebdo. «Je suis très heureuse de l'avoir, j'ai hâte de lire ce qu'ils ont écrit sur la tragédie» a-t-elle affirmé, en retenant ses larmes.

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