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Un film pour en finir avec l’évasion fiscale

Agence QMI

Des milliards de dollars impayés en impôts cachés dans des paradis fiscaux.  Le détournement fiscal  ne sert pas que les Apple, Google, Amazon de ce monde qui utilisent des cohortes de fiscalistes pour éviter de payer leurs dus aux pays qui les ont vu naître, croître et s’enrichir. La fiscaliste et auteure québécoise Brigitte Alepin, qui dénonçait l’évasion fiscale dans un ouvrage, en 2004, relance le débat avec la diffusion, dès vendredi, du documentaire « Le prix à payer », dont elle est la co-scénariste.

 Inspiré par son livre  «La crise fiscale qui vient », le réalisateur Harold Crooks propose, exemples à l’appui, de comprendre comment et pourquoi des milliardaires et multinationales ne paient aucun impôt en pratiquant l’exportation de leurs revenus dans des pays où on pratique la défiscalisation.

« Il faut que le sujet soit connu des gens. Cette évasion fiscale représente de 10% à 15% de nos budgets qui nous échappent à chaque année. Il faut aborder la question au nom de la justice fiscale », déclare Brigitte Alepin.

Une indignation grandissante

L’indignation de Madame Alepin trouve écho chez plusieurs politiciens. En France, le film a été visionné en privé par des ministres du cabinet Hollande et a reçu un accueil médiatique élargi.  Il a soutenu le discours français qui réclame des directives européennes pour contrecarrer la facilité déconcertante de l’évasion fiscale. Récemment, le président Barack Obama a adopté le « Rapatriation Tax Holiday », destiné à freiner le transfert fiscal de multinationales américaines.

« Les multinationales veulent optimiser leurs revenus et s’appuient sur les obligations de performance exigées par leurs actionnaires pour agir de la sorte. Par la force des choses, au nom de la concurrence, ça oblige les autres sociétés à faire de même», poursuit la fiscaliste.

Elle ajoute que les nouvelles technologies facilitent la pratique des affaires dans le cyberespace. Cette dématérialisation est souvent motivée par les régimes d’imposition de plusieurs pays, comme le Canada, basé sur la résidence physique des contribuables et des sociétés.

« Le problème, c’est que tout est légal, même si c’est immoral. Tous les pays de la planète doivent agir en concertation pour qu’au moins l’entreprise paie les impôts dans le pays où elle est en production », martèle Brigitte Alepin.

Nos gouvernements passifs

 Les gouvernements affrontent parfois le problème de manière inadéquate. Le Canada en est l’illustration selon Brigitte Alepin. Elle critique les accords passés par le gouvernement Harper avec différents paradis fiscaux ces dernières années.

Brigitte Alepin explique cette attitude par un contexte historique où les citoyens ont moins été exposés aux abus de la part des riches. Elle n’en pense pas moins que le pays devrait faire plus d’efforts pour stopper l’évasion fiscale.

« Nos gouvernements devraient cesser d’autoriser les multinationales canadiennes à transférer leurs bénéfices dans des abris fiscaux. Le gouvernement du Québec doit aussi participer à cette réflexion  », enchaîne-t-elle.

Après le film, Brigitte Alepin travaille maintenant à la tenue d’une première conférence internationale  sur les enjeux des politiques fiscales, qui se tiendra à Montréal les 2 et 3 novembre 2015.