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La police américaine accusée d'avoir la gâchette facile

Ferguson, Charleston, New York

Agence France-Presse

Les derniers instants de la vie de Walter Scott ont été fixés sur vidéo: l'homme noir court. Un policier lui tire dans le dos. Walter Scott s'écroule. L'incident de North Charleston pose de nouveau la question de la violence excessive de la police américaine.

Michael Slager, le policier, blanc, a tiré à huit reprises sur Walter Scott et l'a touché cinq fois.

L'agent a été inculpé pour meurtre et renvoyé de la police de cette ville du sud-est des États-Unis.

Selon Human Rights Watch, sur les 2700 décès dans lesquels la police a usé de la force de façon «justifiée» entre 2005 et 2011, seuls 41 agents ont été inculpés.

Si l'on s'en tient à la loi, l'usage de la force létale est justifié lorsqu'un risque existe pour les policiers ou la population, ou, dans certains cas, lorsque le suspect a pris la fuite après avoir commis un délit ou un crime.

Dans le cas de North Charleston, l'agent a assuré après coup qu'il se sentait menacé par Walter Scott, mais après la diffusion de la vidéo mardi, Michael Slager a été inculpé pour meurtre, puis renvoyé de la police.

«C'est une exécution, purement et simplement. (Le policier) a tiré sur cet homme dans le dos, il lui a tiré dessus à huit reprises», explique à l'AFP Randolph McLaughlin, professeur de droit à l'université Pace à New York.

Pour lui, la formation des agents de police est cruciale et doit inclure un chapitre consacré aux relations entre les communautés, d'autant qu'ils sont amenés à prendre des décisions en une fraction de seconde dans des situations ultra-stressantes.

«Si les policiers n'agissent pas correctement, des innocents seront tués. Aujourd'hui, les policiers dégainent et tirent de plus en plus», juge M. McLaughlin.

Or, lorsque les préjugés raciaux s'ajoutent à une formation inadéquate, le résultat est alarmant, poursuit-il.

D'autant, ajoute Michael Haddad, avocat spécialiste des droits civiques, que les policiers sont incités à faire usage de leur arme bien plus souvent que par le passé.

«Les agents de police sont entraînés à tirer le plus vite possible pour éviter de courir le moindre risque, au mépris du danger qu'ils risquent de faire courir eux-mêmes à la population», assène M. Haddad, qui est également directeur du National Police Accountability Project, une association qui entend faire rendre des comptes à la police.

La mort de Walter Scott s'inscrit dans une série d'incidents impliquant la police et son usage immodéré de la force contre des Noirs, à l'instar de la mort de Michael Brown, ce Noir de 18 ans, tué l'été dernier à Ferguson et dont le décès avait provoqué de violentes émeutes.

En juillet, un autre Noir, Eric Garner, 43 ans, est mort étouffé lors d'une interpellation musclée à New York. Dans une vidéo amateur qui a fait le tour du monde, on le voit plaqué au sol répétant: «Je ne peux pas respirer.»

Mais la police se défend de tout préjugé racial et assure se cantonner, dans la plupart des cas, au cadre légal.

«Malheureusement, on nous scrute de très près. Dès que quelque chose se passe et que la question raciale est soulevée, le bon sens est jeté par-dessus bord», estime Delroy Burton, président du syndicat de police de Washington.

Selon un rapport du FBI, la police fédérale, en 2013, la police américaine a été à l'origine de 461 décès «justifiés», contre 426 en 2012 et 404 en 2011.

A titre de comparaison, l'ONG Inquest avance le chiffre de 26 personnes tuées par la police en Grande-Bretagne l'an dernier, contre 31 en 2013 et 24 en 2012.

«Nous avons une culture des armes. C'est une des données du problème», conclut le professeur de droit Randolph McLaughlin.