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L’éolien, payant pour le Québec?

Les experts sont divisés sur l’apport de la filière éolienne pour le développement économique du Québec.

«Le développement des énergies renouvelables doit être fait avec une vision sur le long terme, en sachant quels seront les progrès technologiques, la demande et l’offre dans les 10 à 20 prochaines années. Il faut une volonté politique forte, une planification réfléchie et des incitatifs pour le développement énergétique réalisé ici, au Québec », a estimé Christian Laprise, directeur d’Hydro-Sherbrooke.

Dans le même esprit, Pierre Arcand, ministre de l'Énergie et des Ressources naturelles, a donné un signal fort pour la place de l’énergie renouvelable dans le développement économique du Québec au sein de sa politique énergétique de 2016-2025.

Les deux hommes se sont exprimés le 12 mars dernier, lors d'un colloque sur les énergies renouvelables organisé à Montréal par l’Association québécoise de la production d’énergie renouvelable (AQPER). Exception faite de l’auteur de ces lignes, aucun autre journaliste n’était sur place.

Les subventions éoliennes

Certes, aujourd’hui, le prix de l'éolien est plus cher que l’hydroélectrique et le Québec est en situation de surplus. D’importantes subventions sont accordées aux multinationales de l’éolien et le consommateur québécois doit en payer la facture.

«Hydro-Québec subventionne indirectement la filière éolienne à hauteur de 695 millions $ annuellement», selon Youri Chassin, économiste et directeur de la recherche à l'Institut économique de Montréal.

Le coût moyen actualisé de l’électricité du Québec est le plus bas du Canada avec 67 $/MWh, comparativement à la Colombie-Britannique avec 77 $/MWh, selon «Bloomberg New Energy Finance». Par contre, Bloomberg affirme que le prix de l’éolien va être aussi compétitif que l’hydroélectrique dans une dizaine d’années, grâce au progrès technologique et à la recherche.

Le Québec est un importateur massif d’énergie, ce secteur, où le pétrole domine, représente 55 % de ses importations totales. En 2014, il provenait principalement des États-Unis (54 %), de l’Algérie (12 %) et de l’Angola (8 %). La balance commerciale de la province est affectée négativement par sa dépendance énergétique depuis des années. Rien que pour l'énergie, cela représentait un déficit de 16 milliards $ en 2012.

Dans l'éolien, les subventions sont accordées en quasi-majorité à des multinationales afin de stimuler le développement économique au Québec. «Personnellement, je préfère cela à acheter du pétrole à l’étranger, car il y a un impact positif pour nous, Québécois», a estimé Jean-François Samray, président-directeur général de l'AQPER.

Un surplus

«Mettez une aluminerie ou une mine importante additionnelle au Québec et il n’y a plus de surplus», lançait le Premier ministre Philippe Couillard à l'Assemblée nationale, le 11 novembre 2014. Selon Jean Francois Blain, analyste de l’énergie, il faudrait plutôt trois alumineries majeures de 500 MWh chacune pour résorber ce fameux surplus.

Experts, analystes et gouvernements se sont engagés dans un interminable débat pour déterminer le surplus et comment le résorber.

Pendant ce temps, Jonathan Lapierre, maire des Îles-de-la-Madeleine, Ann-Renée Larouche, spécialiste en énergie de l’État du Massachusetts, ainsi que des représentants de l’industrie minière, étaient à la recherche d’entreprises éoliennes lors du colloque de l'AQPER. C’est que la demande est présente pour l’éolien en Ontario, aux États-Unis et, notamment, dans le nord du Québec, comme en témoigne l'imposante éolienne de la mine Raglan, à l'extrême Nord québécois, mise en service récemment.

«Le couplage éolien et diesel de nos mines permet la réduction des coûts de production augmentant ainsi la compétitivité sur le marché mondial», a affirmé Jean-Pierre Lessard, directeur principal, SECOR.

Certains se rappelleront que, dans les années 1970, le débat faisait rage autour du développement de la baie James. Aujourd’hui, plus personne ne remet en question ce projet faramineux initié par feu Robert Bourassa, qui compte pour près de 36 % de l’équipement de production d'Hydro-Québec.

Mathieu Jourjon participe à l'initiative Projet Québecor - HEC Montréal, un partenariat destiné à former la relève en journalisme économique.