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CBC présente ses excuses

Scandale Jian Ghomeshi

Charles-Antoine Gagnon

La direction de la CBC n'a pas réagi de façon adéquate pour s'assurer que ses employés soient à l'abri de comportements abusifs et irrespectueux, a conclu un rapport indépendant publié jeudi en lien avec l'affaire Jian Ghomeshi, l'ancien animateur vedette de la radio de langue anglaise.

Le rapport de 52 pages a été rédigé par l'avocate Janice Rubin, embauchée par le diffuseur public pour mener une enquête indépendante sur les allégations d'inconduite sexuelle, de harcèlement et d'agression sexuelle concernant l'ancien animateur de l'émission «Q» sur des collègues de travail féminines.

Dans le cadre de son enquête, Mme Rubin a rencontré 99 personnes à la CBC et à l'extérieur de l'entreprise.

«La preuve indique que plusieurs personnes qui ont travaillé avec M. Ghomeshi ont déployé beaucoup d'énergie pour composer avec ce comportement et cette conduite, et cela était une expérience très douloureuse pour elles. Il est de notre avis que la conduite de M. Ghomeshi, comme hurler après des collègues, le dénigrement et l'humiliation de personnes avec qui il travaillait, ne respectait pas les normes acceptables», a précisé Mme Rubin dans son rapport.

À la lumière des témoignages, le document indique aussi que Jian Ghomeshi était constamment en retard, qu'il ignorait des collègues pendant de courtes ou de longues périodes s'ils avaient fait quelque chose qu'il n'aimait pas, qu'il faisait des commentaires désobligeants sur l'apparence de certains employés, qu'il a courtisé des collègues et des invités à son émission, qu'il partageait des détails de sa vie sexuelle et qu'il a également fait du harcèlement sexuel.

Le rapport Rubin précise d'ailleurs que les supérieurs de M. Ghomeshi ont eu au moins trois occasions de mener une enquête sur les allégations et les préoccupations à l'endroit de M. Ghomeshi, mais qu'ils n'ont pas fait de suivi.

Janice Rubin indique en outre qu'une plainte pour harcèlement sexuel faite par une employée en 2010 a été partagée avec le syndicat, la Guilde canadienne des médias, mais que celui-ci n'a pas réagi de manière adéquate.

Dans un communiqué, la Guilde a dit s'être employée «à revoir son approche en ce qui a trait à la représentation des membres faisant face au harcèlement au travail» et qu'elle «a développé un protocole plus complet pour veiller à ce que les membres aient le soutien dont ils ont besoin».

Excuses

Selon le rapport, c'est la culture de l'animateur vedette à la CBC qui a contribué au fait que le comportement de M. Ghomeshi a été toléré.

«Je tiens à présenter nos excuses les plus sincères et sans réserve à nos employés ainsi qu'aux Canadiens qui sont en droit de s'attendre à mieux de la part de leur radiodiffuseur public», a indiqué le président de Radio-Canada/CBC, Hubert Lacroix, lors d'une conférence téléphonique, jeudi.

«Nous accueillons ce rapport avec humilité. Les conclusions de ce rapport sont décourageantes et décevantes. Elles font ressortir des lacunes dans nos systèmes et soulèvent des inquiétudes à propos de notre culture», a-t-il ajouté.

«Nous devons tout faire pour créer un milieu de travail fort, sécuritaire et respectueux. Nous le devons à nos employés et aux Canadiens pour qui nous travaillons. Je suis convaincu que c'est exactement ce que nous arriverons à faire», a continué M. Lacroix.

Deux cadres de la CBC, qui étaient en congé forcé, ont d'ailleurs été remerciés en lien avec le scandale. Todd Spencer, directeur général aux ressources humaines, et Chris Boyce, directeur général de la radio de la CBC, ne travaillent plus à la CBC, a annoncé la société d'État, jeudi.

Jian Ghomeshi fait face à sept chefs d'accusation d'agression sexuelle et un chef d'accusation d'étranglement. Les accusations ont été déposées en cour à l'automne 2014. Ses avocats ont indiqué qu'il plaidera non coupable. Il doit revenir devant le tribunal le 28 avril.

Ghomeshi avait été libéré moyennant une caution de 100 000$. Il doit aussi vivre chez sa mère qui demeure dans la région de Toronto.

Les allégations impliquent six femmes pour des événements qui sont survenus entre le 17 août 2002 et le 7 février 2008.

Ghomeshi a été congédié par la CBC en octobre 2014.

Mme Rubin fait neuf recommandations, dont la création d'un groupe de travail pour réfléchir sur le cas des jeunes employés afin de déterminer comment répondre à leurs vulnérabilités et à leurs préoccupations.

Des passages du rapport ont été caviardés pour protéger l'identité des personnes qui ont témoigné, et pour des questions légales.

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