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Acheter de l'alcool par Internet sans la SAQ?

Winecious

Richard Olivier

Un site internet propose depuis cet automne d'acheter de l'alcool au Québec sans passer par la Société des alcools du Québec (SAQ).

Winecious, c'est le nom du site, n'a toutefois pas le droit de facturer des commandes sur son site.

Winecious propose des produits de toutes sortes à des prix doux pour accompagner votre homard ou vos grillades, mais la saison risque de s'achever sans avoir pu goûter au vin blanc convoité.

Plusieurs clients ont fait connaître leurs déboires sur la page Facebook de Winecious.
La sommelière Geneviève Boucher a voulu tester le site en commandant deux bouteilles.

«Je n'ai jamais reçu de vin. C'était au mois d'avril et nous sommes en juin», a affirmé Mme Boucher, qui travaille pour Rézin, une agence de promotion en vins bières et spiritueux.

Les responsables «ne m'ont pas dit quand j'allais recevoir le vin, poursuit Mme Boucher. On a plutôt tenté de me convaincre comment le système était révolutionnaire et comment on allait se faufiler entre les règlements de la SAQ pour me vendre du vin.» Mme Boucher attend toujours le remboursement demandé.


John-Karl Robin
(crédit photo: gracieuseté)

La situation n'étonne pas David Pelletier, chroniqueur en vin et blogueur pour Le sommelier fou. Dans une entrevue obtenue après beaucoup de démarches, «on m'a confirmé qu'aucune caisse n'a été livrée jusqu'à maintenant», a-t-il dit.

Winecious écrit sur sa page Facebook que «tout est rentré dans l'ordre» et que «la livraison aura lieu une fois les produits libérés par les autorités gouvernementales».

L'affirmation est fausse. La SAQ confirme que Winicious n'a pas le droit de tenir un site transactionnel et que l'entreprise n'a pas obtenu non plus le statut d'agent promotionnel.

«Ce n'est pas permis aux agences et ni même aux vignerons québécois de prélever de l'argent par carte de crédit ou avec un compte Paypal», a ajouté David Pelletier.

Winecious chercherait encore une brèche dans les lois pour fonctionner, mais M. Pelletier doute qu'elle y parvienne.

«La compagnie est arrivée ici comme un chien dans un jeu de quilles. Elle a brassé beaucoup d'affaires. Elle ne s'est pas fait d'ami dans la manière dont elle s'y est prise pour approcher le marché québécois. Elle a brûlé plusieurs ponts», opine-t-il.

L'homme qui se cache dernière Winecious s'appelle John-Karl Robin. Il se spécialise surtout dans le marketing et le référencement sur Internet. Sa page a déjà plus de 11 000 contacts. Selon Geneviève Boucher, il semble peu s'y connaître en vin: «ce sont souvent des vins sans grande notoriété et il n'y pas de cohérence dans l'offre proposée.»

John-Karl Robin n'a pas répondu à nos questions. Et il n'habite plus à l'adresse laissée au Registre des entreprises du Québec.

La SAQ a reçu des appels de consommateurs mécontents redirigés vers la Sûreté du Québec pour qu'ils portent plainte.

En attendant le client déçu du Winecious peut toujours exiger une rétro facturation auprès de son émetteur de carte de crédit et, le cas échéant, obtenir de l'aide auprès de l'Office de la protection du consommateur.